Enfants - école à la maison

La naissance de tout, la grossesse

Prince et Hibou se disputent. Beaucoup. Depuis longtemps, depuis que Hibou marche exactement. Un conflit de territoire monstrueux qui mange chaque habitant de la maison, et qui s’aggrave le temps passant. Qui m’achève, jour après jour.

Nous sommes, tous les quatre, au bout de nos possibilités.

Je me suis remise à crier. Beaucoup. A pleurer, aussi.

J’expliquais ce matin à une amie, toute la difficulté. La volonté de contrôle de Prince sur tout ce qui respire et ne respire pas. L’emprise infernale sur tous, le petit frère qui suit son frère sur le terrain, le lâcher-prise que personne n’arrive plus à faire.

O. m’explique le livre qu’elle lit, le rapport qu’il peut y avoir à la grossesse, ce qu’il s’y passe, l’impact. Et cela me fait écho. Nous avons déjà parlé à Prince de sa jaunisse, des UV, de ce qui en a découlé. A mots couverts, parce qu’il était petit. Peut-être à tort, ces mots couverts, parce que depuis qu’il est enfant il nous parle de la mort, presque obsédé par moments.
Mais de la grossesse, je ne crois pas en avoir parlé.

Alors je me suis installée avec Prince, et j’ai parlé.
Des gynécos qui ont pris le contrôle sur lui, sur moi, sur mon ventre, sur l’interdiction et incapacité de bouger du canapé, la peur de le perdre. Le fait qu’ils avaient tort. Que les mêmes symptômes pour Hibou, j’ai interdit aux gynécos leur contrôle, j’ai interdit à un gynéco de m’approcher de toute la grossesse, que j’ai bougé malgré les contractions, que j’ai vécu ma grossesse en la vivant.
Que pour Prince, pour lui, je l’avais vécue allongée et stressée, triste de ne pas marcher.

Je n’ai pas parlé de la destruction psychologique des différents gynécos. De la blessure qu’ils ont créé. J’ai évoqué, et puis j’ai oublié sur l’instant. Acte manqué terrible, j’en reparlerai avec lui, en douceur. J’ai évoqué la pression, le stress, leur méchanceté par volonté de tout contrôler.

J’ai parlé du magnifique accouchement que ce fut. Une parenthèse dans l’enfer. J’ai parlé de l’après.

Du contrôle qu’ils ont continué à exercer, de leur volonté, de leurs mots, de leur pression. De l’horreur de m’entendre dire que je faisais mal les choses, que je ne pouvais pas nourrir mon enfant, que je n’avais pas la bonne forme de seins, mon obstination. Mes larmes.
Leur acharnement à le réveiller toutes les 4h, notre acharnement à faire barrage et le laisser dormir à son rythme de 6h qui lui appartenait.
La guerre à l’hôpital.

Notre bataille, pour pouvoir écouter notre enfant.

Est-ce pour cela que nous avons été lâché ?

Il a eu la jaunisse. Banal, la jaunisse.
Ils nous ont emmené dans une pièce pour les UV. Et sans préparation, sans mots, ils ont plongé Prince dans le noir complet. Les lunettes sur les yeux, il s’est mis à hurler de terreur, alors ils m’ont dit calmez-le.
Oh, je l’ai calmé mon petit, mon tout petit.
Il s’est endormi sur mon sein qui n’avait pas la bonne forme.
Ils me l’ont repris et l’ont déshabillé, ce qui a provoqué d’autres hurlements, une autre angoisse. Dans le noir et nu. J’ai ressenti je crois, ma première bouffée de haine pour cette maltraitance incomprise. Les bébés ne ressentent pas, oublient la douleur, ne vous inquiétez pas.

J’ai tant pleuré ce jour là..
LeChat est resté auprès de Prince durant 4h. A remis en place les lunettes quand elles bougeaient. Appelait une infirmière quand l’appareil sonnait et que personne ne venait voir, que la température montait trop.
Il a fait leur travail.
Il ne nous manquait qu’une seule donnée. Une toute petite. Détail.
Au bout de 2h, on réhydrate l’enfant.

Prince est resté 4h dans la machine bleue, et quand ils ont éteint l’appareil il ne bougeait plus depuis longtemps. Il dormait. Profondément. Quand ils me l’ont donné dans les bras j’ai paniqué. Je lui ai demandé à la blonde demoiselle, il a quoi mon enfant ? Sa tête tournait jusqu’à regarder dans son dos. Un angle impossible, pourtant sa tête tournait jusque là. Complètement. On aurait même pu aller plus loin mais on l’aurait blessé.
Et elle a haussé les épaules.
Haussé les épaules. Il doit avoir un torticolis, elle a dit.

Il était mou. Complètement mou.

Elle m’a rendu un enfant sans vie, et n’a pas été capable de le voir. Et je n’avais plus confiance, j’étais au-delà de la panique, je ne respirais plus.

On est rentrés dans la chambre avec notre petit inconscient et le temps n’a plus existé.
On s’est allongés tous les trois dans le lit, j’ai tenté de le mettre au sein mais il ne réagissait pas. Il était mou.
Alors j’ai appuyé sur mes seins et avec le doigt, je mouillais sa bouche. LeChat avait sa main sur son ventre.
On a fait ça longtemps.
Jusqu’à ce que son petit doigt à lui, un tout petit doigt, tressaute.

On a continué avec mon doigt le lait sa bouche, on a continué et je pleurais de le voir à peine bouger.

Le lendemain, on a quitté l’hôpital.

Un ami infirmier m’a expliqué que Prince avait lâché-prise. Il s’était laissé mourir.

J’ai expliqué tout ça à mon enfant de 6 ans. Qu’on avait refusé les mots de l’infirmière, nous savions nous qu’il allait mal, qu’il se laissait partir, qu’il avait été trop angoissé et trop déshydraté. Que nous avions écouté son corps et notre ressenti. Pas les autres. Juste nous à l’écoute de lui.

Ça l’a passionné, il a posé plein de questions.

Au-delà du contrôle qu’il tente d’exercer, ce que j’ai ressenti en lui, c’est l’assurance qu’on l’aimait. Il a déposé les armes, il ne se sent plus abandonné, son frère préféré à lui, il existe et on a été là pour lui.
Il vient d’enregistrer qu’on l’aimait.

Non, dire « je t’aime » à un enfant ne suffit pas. Il lui faut aussi son histoire.
Là, il a enregistré. On l’aime.

J’ai ensuite expliqué aux deux enfants, la grossesse et la naissance de Hibou. Ma souffrance ce jour-là, aussi. Hibou a été passionné lui aussi.

La prise de contrôle de Prince a continué. Les jouets toujours une source de conflit.

Et puis 1h après. Hibou a hurlé NON parce que son frère voulait prendre un bol dinette.. et Prince l’a pris dans ses bras.
Ils ont fait le câlin le plus long et le plus beau que j’ai jamais vu chez eux.
 
 

L'Ambre des arbres coulent dans les veines des forêts, ils regardent les fées s'activer autour des humains et le monde meurt de son aveuglement. (Jamais les mots ne disent ce qu'ils pensent.)

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