Il suffit d'un mot

Le lointain bourdon des objets

Le mec hamac by -M- on Grooveshark

Nous sommes rentrés. Et les mains enfouies, nous avons remué les pierres.
Je craignais fortement la pause, les vacances qui éloignent du geste pris seulement quelques jours avant. Mais nous continuons à trier, jeter, donner. J’avais enlevé la moitié de ma garde-robe, pourtant pas imposante non plus, et hier j’en ai retiré de nouveau la moitié. J’ai soufflé sur les tissus et l’armoire s’est tenu droite.
LeChat a conservé de quoi tourner 7 jours. J’ai à peu près réussi, sauf les robes j’en ai encore un peu trop conservé. Il est très intéressant d’observer les étagères à peine remplies, et justement le contraste avec mon étagère de robes est frappant.
Quand je me sentirai de le faire de nouveau, cela s’ajustera.

Nous avons essentiellement viré les vêtements fatigués, boulochés, tachés. Et mis de côté deux tee-shirts et un pull appartenant à LeChat, pour plus tard quand les siens seront fatigués d’avoir été portés et lavés. Jeter/donner des vêtements impeccables (pour racheter un jour) ne m’était pas possible ^^

J’ai également jeté deux poubelles pleines de papiers et une poubelle classique. Et puis encore. Et puis pas assez.

Prince s’est lancé pour la première fois dans son propre tri (sans qu’on lui en fasse la demande bien sûr), ce qui jusqu’à présent avait été complètement impossible pour lui. Il gardait tout, absolument tout, jusqu’aux pots colorés des petits yaourts, jusqu’aux opercules.
Il nous a demandé sa boite à papiers (des jouets fabriqués par LeChat, des prospectus qu’il conservait), puis son tiroir à animaux en papiers (courriers de Blanche). Il en a jeté plus de la moitié, pendant 3 ou 4 heures, inventant une histoire pour chaque passage en poubelle. Il s’est énormément amusé.
C’était beau à entendre.

Ce matin, Prince est venu nous voir, un peu embêté. Il voulait faire du tri, mais ne savait pas par quoi commencer.
Nous sommes contagieux, on dirait ^^
Cela reste un peu difficile et parfaitement normal que ça le soit. Il a la volonté, mais il aime ses affaires, ce petit papier de bonbon coloré parce qu’il brille, ce bout de plastique, cette paille, ce..
Il se confronte au tri, et ce n’est pas forcément de son âge. On ne bouscule pas, cela ne nous appartient pas.

Je crois que j’apprends le lâcher-prise sur le « ça peut servir un jour ». Cela ne sert jamais, en réalité. Le tri se fait tranquillement, nous sommes dans la lente transformation de l’habitat. Mes perceptions s’affinent, c’est un voyage au plus prêt de nos sens.

Nous sommes rentrés de vacances et il y avait de l’écho dans le frigo et des vestiges de vie à enfourner tel ce yaourt égaré. Et même si j’ai appris à ne plus trembler face au néant alimentaire, même si maintenant je suis capable de faire les courses en étant en rade d’aliments sans angoisser, je me suis tout de même étonnée : nous avons mis deux jours à faire les courses. Nous étions fatigués, on a mangé des pâtes (sans gruyère c’est pas terrible) avec la sauce, et les enfants ont mangé les nuggets qu’il restait (donnés par Krinos et LN, merci uh uh).
Deux jours avec un frigo vide, sans stress, je progresse.

Je crois qu’en jetant, paradoxalement, je me débarrasse de ma peur de manquer, de ce sentiment d’insécurité permanente qui était mienne. Je suis fière de moi, je viens de très loin.

J’accepte enfin, je crois, que j’ai fourni à mes enfants des jouets et qu’ils n’en ressortiront pas en pouvant les compter sur leurs doigts.
J’accepte que nous leur avons fourni un toit, qu’il ne fuit pas, qu’il n’y a pas des casseroles tous les trois pas. Qu’ils ont une chambre chacun, qu’on ne dort pas tous ensemble dans la même pièce et sans intimité. Que nous leur avons fourni le chauffage.
J’accepte que mon frigo peut être vide, quelques minutes, heures, jours. On va manger. On mange. J’ai le droit d’avoir faim. Ils ont le droit d’avoir faim.
J’accepte que je peux jeter, on ne manquera pas.

J’accepte, enfin, je crois, que je leur ai fourni une vie différente de la mienne.
Les alarmes que j’avais intégré, qui faisaient trembler mes bases, ont disparu. Apaisées.

Ce matin je rêvais que je marchais sur le chemin de Compostelle, que le chemin était parfois caillouteux, compliqué, détourné. Une grille me séparait de ma route et me protégeait d’un danger en même temps, et je la contournais je ne sais trop comment mais j’atteignais le chemin, le but, j’avançais et même si je sentais des tensions à cause d’un danger (que je ne voyais pas), il ne se passait rien.
Des heures que je suis levée, je suis encore sur ce chemin.

Je continue de me sentir envahie.
C’est ce qui me perturbe le plus.
Trop trop trop de choses.

Mais comment est-ce possible ?

Et le savez-vous ? J’aime LeChat chaque jour davantage. Cet homme qui me permet d’être moi, qui est lui, qui apprend à être lui.
Nous progressons différemment, ensemble, en même temps.
Tous les couples n’ont pas cette chance.

Je me suis assise à ma table, la tasse de thé fumante et le sourire léger. J’écoute les objets retrouver une existence, les stylos me raconter les lignes et les courbes, le rideau de la fenêtre me dire les vents qui le traverse, la tasse me dire ses heurts, le clavier râler sur une miette prête à sombrer dans son intimité.
Les objets reprennent vie autour de mon ordinateur. Respirent.

Vous le saviez-vous, qu’un stylo étouffe dans son pot et cherche à s’auto-détruire, quand il a trop de voisin ?

une tasse de thé

Une tasse de thé ?

Leave a Reply:

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *