Il suffit d'un mot

Le poids des promesses

Il aimait Wagner, AC/DC, 666, Louise Attaque, les Monty python, les peluches.
Dans sa chambre d’adolescent, des armes à feux ornaient les murs. Cadeau de sa maman.

Bientôt dix ans.
J’ai ouvert le carton.
Il y avait des photos, sa faluche, sa bouteille de parfum, deux avions, des dessins, des carnets de mots, un agenda, les tickets de notre dernier cinéma, les tickets de notre dernière sortie dans un parc zen, son porte-feuille, sa carte d’identité, son permis, deux pendentifs sorcière.
Et il ne restera que quelques photos dans une boite pour prouver qu’il a traversé ma vie.

J’ai ouvert le carton.
J’ai tout jeté.

Je me suis retrouvée bloquée sur trois carnets qui n’avaient pas mon écriture.
Un peu avant sa mort, il m’a nommée Gardienne de ses mots, de ses poèmes, de ses carnets.
Comment emprisonner quelqu’un sur une promesse.

J’ai tout relu.

J’ai lu et jeté son carnet pour une fille qu’il a aimée et qui est morte dans un accident de voiture. 16, 17, 18 ans ? Je ne me souviens plus.
Pascale, j’ai donc lu les poèmes qui t’avaient un jour été destiné. Pardon.
Et puis j’ai jeté parce que j’avais été la garante que sa mère ne les lise pas, l’idée même lui étant insupportable. J’ai jeté parce que le carnet n’était rien pour moi. J’ai jeté parce que j’avance.

J’ai lu et jeté le deuxième carnet, brouillon du troisième carnet.

J’ai ouvert le troisième carnet.

[su_note note_color= »#fbfdd7″ text_color= »#844343″ radius= »16″]La mort dans l’âme

La nuit. Une ombre dans la nuit. Une ombre sur les murs de la ville qui se faufile. Un homme qui porte cette ombre… la porte en lui. Un homme, une ombre. Un homme qui erre la mort dans l’âme dans le gris de la ville… Une ombre qui projette l’âme d’un mort.[/su_note]

Obsédé par Edgard Poe, il est partout. C’est sinistre à lire, et pourtant éclaire le chemin sombre qu’il a pris. Aucune surprise dans sa mort.

[su_note note_color= »#fbfdd7″ text_color= »#844343″ radius= »16″](..) Je la rejoins cette obscurité redoutée refusée. Mais je ne suis pas seul je l’entends « Jamais plus », sinistre croassement..[/su_note]

Et puis.
Je jette ?

Je ne peux être la gardienne des morts. Je ne peux conserver. Je me noie encore dans la décision, pourtant. Je me noie et je ne sais pas si je jette.
Je me noie je me noie je me noie.

[su_note note_color= »#fbfdd7″ text_color= »#844343″ radius= »16″]Ils n’ont pas vu ton merveilleux regard quand tu ris.[/su_note]

Pourquoi a-t-il fallu qu’il me nomme gardienne ?
Quelque chose me retient encore, je suppose ne pas être prête..
Je pensais, en écrivant ses mots, dépasser la promesse faite de conserver.. je me sens particulièrement prise dans les émotions, je ne sais pas l’écrire.

Je ne sais pas l’écrire.

6 Comments:

    1. Je me suis retrouvée écrasée par cette promesse..
      Et puis quelqu’un m’a aidé sans le vouloir.. je n’ai pas à être enfermée par une promesse, je n’aurais pas du l’être.
      Je l’ai mis de côté (en véritable choix cette fois), je vais tenter de recopier certains textes, les partager. Et puis le jeter 🙂

      1. Keira

        Oui tout va très bien merci, je profite encore des quelques jours de vacances qu’il me reste ! Bisous doux a tous ! 🙂

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