Je suis devenue végétarienne à tiers-temps, suite à des viandes que mon palais a trouvé de moins en moins à son goût, des finances compliquées et des reportages sur les conditions animales.
A tiers-temps parce que.
* Tous les trois ou six mois, mon estomac demandait à manger de la viande malgré tout, et je cédais pour ne pas vivre une frustration malvenue.
* Mes beaux-parents ont une ferme, ils y élèvent poules, coqs, lapins, chèvres,.. avec respect et tranquillité, pour les manger ensuite. Leur viande a un goût perdu depuis longtemps dans les commerces, quel que soit le lieu de l’achat, et toujours j’ai mangé avec délectation ce qu’ils nous mettaient sur la table.
* Lorsque je suis invitée, je n’embête pas les gens avec mon envie de ne plus consommer de viande (elle a été achetée, c’est trop tard).

Vendredi, dans l’urgence des besoins d’un enfant de deux années cinq lunées et quelques bagages à préparer, je nous ai fait des sandwichs. Il y avait des tranches de jambon achetées pour un enfant qui l’a grignoté, que j’ai donc déposé entre deux tranches de pain pour ne pas le perdre. Avec une tension inexpliquée, alors j’en ai fait un seul pour moi et trois pour LeChat.

Samedi chez les parents, je me suis régalée avec le poulet.
Il y a dans chaque assiette, la viande, les légumes et le poids de mots silencieux et violents. Nous nous devons d’être à table, ensemble, en même temps, à l’heure dite, et de manger de tout. Je me permets désormais de ne pas me servir de ce que je n’aime pas, et de donner à LeChat ce que je ne mange pas pour ne pas le laisser dans mon assiette. Parce qu’on se doit de finir son assiette. Alors je ne me suis pas servie de courgettes grillées, mais j’ai mangé le poulet et la ratatouille. Et je me suis régalée.

Dimanche, ils ont posé un canard sur la table. Un magnifique canard dont l’odeur cuite et grillée a empli la maison avec bonheur. J’ai choisi mon morceau avec la même joie que la veille. Je n’ai pas pris de haricots. Parce qu’elle m’a fait une remarque sur les haricots et mes gouts alimentaires et qu’ils avaient le poids de cette remarque. Je me refuse de manger les mots lourds. Le canard découpé dans mon assiette m’a paru étrange. Je l’ai mangé, sans vraiment de plaisir, et c’était la première fois que cela m’arrivait. Je ne me suis pas resservie.

L’heure du départ a approché, et la question du repas dans son sillage. On m’a donné entre les mains, une boite avec de la viande en morceaux. Je sais que je l’ai regardée de travers, cette viande. Avec mes doigts, je l’ai disposée sur mes tranches de pain et quelque part en moi quelque chose proche de mon estomac a protesté. Et j’ai redéposé la viande dans sa boite. Avec toute la honte collée à moi, pour l’avoir touchée et remise dans le plat.

Que l’on ne me parle plus de viande ou je vais être malade.

La grande question qui se pose désormais à la suite de ce dégout improbable et inexpliqué pour la carnivore que j’ai pu être : comment j’explique ça à mes beaux-parents ?
Je vais devoir affronter regards et remarques.
Je m’en serais bien passé.

Dame Ambre

L'Ambre des arbres coulent dans les veines des forêts, ils regardent les fées s'activer autour des humains et le monde meurt de son aveuglement.

(Jamais les mots ne disent ce qu'ils pensent.)

D'autres mots d'hier et d'avant avant-hier

6 Comments

    1. Mon beau-frère (mari de Blanche) ne mange pas de viande, il a aplani le chemin. Cela lui a pris une dizaine d’années pour que ce soit entendu et accepté, au prix d’actuelles remarques moqueuses et régulières.
      Au moins les dix années ne seront pas dans mon assiette..
      Mais j’appréhende les mots qu’on mange.

  1. Tu n’es pas obligée de manger leurs mots, ce sont les leurs… <3
    Tant que tu es en accord et en Amour avec toi et que tu lâche ton espoir de passer au travers des remarques, tout se fera en douceur.

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