Nous avons vécu neuf jours hors du temps habituel de notre petite famille, Prince étant parti chez ses grands-parents, et j’ai mis une semaine à décrocher comprendre accepter voir ce que je vivais réellement. Il ne restait que trois jours quand je me suis posée. Et j’ai pu prendre mon petit par la main.

Hibou s’est retrouvé sans son grand-frère, et ce fut la fin du monde. Heureusement les fins du monde, ça se gère quand on cherche pas à tout contrôler. Mais à sa manière de bouger dans la maison il a mis du temps lui aussi. Hasard de nos corps, hasard de nos cœurs, hasard d’un rien, nous avons chacun mis sept jours.

Et je me suis découverte jeune maman, de nouveau cette maman qui emmène dans un parc son tout jeune enfant, qui n’a pas d’expérience d’un plus grand, qui n’a pas son regard qui en surveille plusieurs. Nous étions, LeChat et moi, jeunes parents. Jeune couple. Trois jours d’une parenthèse toute en rondeur, douceur et volupté. Nous avons créé un lien unique avec Hibou, soudain enfant unique de ses parents, enfant de ses parents. Sur ces trois journées, il a vécu dans notre famille avec une place particulière, précieuse, qui lui était propre. Sa place.
Nous sommes sortis de nos trois journées avec la sensation de les avoir pleinement vécues, d’avoir été présents. A nous-mêmes.
J’ai acquis auprès de Hibou une véritable place de maman, il a acquis auprès de moi une véritable place d’enfant.

Nous sommes arrivés chez mes beaux-parents à minuit trente, et Hibou qui me répétait depuis une semaine « suis grand moi, grand école, grand papé et mamé », Hibou qui m’a suppliée jours après jours de le laisser lui aussi chez ses grands-parents, Hibou a paniqué à notre arrivée. Incapable de fermer les yeux, de me laisser quitter la chambre et ses bras. Quinze minutes avant de comprendre que mon tout petit avait peur de ce qu’il avait tant demandé. A une heure du matin, le corps fatigué par tant d’immobilité, j’ai parlé à mon enfant : « on reste ensemble on repart ensemble », et son corps est tombé d’épuisement sur le matelas. Et j’étais fière de moi, d’avoir vu ce qui lui faisait peur.

Le lendemain soir, samedi, quand Prince est allé se coucher, j’ai manqué de patience. Mes nuits hachées, détruites par une insomnie que la maladie dicte et des aléas qu’on ne maitrise jamais, les nerfs en pelote de ma belle-maman pour qui chaque soir s’était bien passés avant notre arrivée et mes nerfs à moi de ses nerfs à elle, je me suis agacée et je n’ai pas géré correctement. Je n’étais pas fière de moi, de n’avoir pas vu ce qui lui faisait peur.
Je n’ai pas su voir, je ne l’ai vu qu’ensuite, que Prince a flotté entre deux allégeances, sa grand-mère et ses parents, une (re)prise de contrôle invisible mais tangible, une inquiétude, un risque de perte, une place à retrouver dans notre famille de nouveau réunie, un besoin de retrouvailles.
Ce ne seront pas mes dernières excuses auprès de cet enfant.

Nous avons récupéré Prince ce we, et dans la voiture sur le retour Hibou gazouillait dans son siège à l’adresse de son frère : ses mots chantaient. Tout à son bonheur de retrouver son frère, il s’est endormi un peu tardivement, brutalement, dans un virage dont il n’a pas vu la fin de la route. L’oiseau a fermé les yeux et les mots.

Depuis notre retour, la maison est plongée dans la tranquillité et la douceur.
Même si je sais que ce que j’ai perçu ce weekend sur le lâcher-prise a forcément eu un impact également sur mes enfants, j’ai également la sensation qu’avec ce séjour, qu’avec cette séparation, chacun a trouvé une juste place.

Cette juste place, elle nous permet de vivre l’instant.
Un frisson d’instant qui n’en finit pas même quand on ferme les yeux.
 

bulles de café

 

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