Pensine

J’ai le rire de ceux qui se taisent

Experience by Ludovico Einaudi on Grooveshark

 

Je me suis assoupie, la fatigue au bord du lit. La tête sous mon drap-couette-couverture-couverture, les voix chantantes de mes deux enfants me sont parvenues et m’ont tiré de ma somnolence. Ils chantaient, tout et n’importe quoi, rien de connu, rien de précis. Leurs deux voix se mêlaient, s’écoutaient, se répondaient. Ils chantaient ensemble.
C’était un ravissement.

Et puis LeChat est revenu de sa nuit, il a fermé ma porte et je me suis laissée glisser, rendormie, avec une épaisseur de couette supplémentaire. L’absence froide dans le lit avait gagné mon corps.

J‘ai un profond désir de silence. En moi.
Ne plus parler.
M’intérioriser. Où est mon silence.. ? Le monde.. se noie.. de bruits.. Comment m’entendre ?
Fermer les yeux et m’écouter.
Des jours, des semaines. Des mois.
Un silence qui confère à l’immobilité.
Le silence, m’écouter, écouter, écouter le silence, écouter derrière les pensées, écouter le corps, écouter avec le corps.. Laisser flotter les émotions. Se taire, taire le monde et se rencontrer. Une première fois.
Qu’entends-tu les yeux fermés la bouche fermée les pensées posées le corps ouvert, qu’es-tu dans le silence ton silence ce silence, qui viendrait de l’enfant de l’être de l’âme, qui viendrait de moi ? Lâcher les mots connus, lâcher ce qu’on croit. Tisser le silence. En créer la trame, un fil tendu qui jouerait sa note, une note délicieuse, une note silencieuse, une note assourdissante.

Je voyage quand je suis silence. Je regarde le vent, j’écoute les feuilles ivres se détacher des arbres malmenés, j’entends la terre se couvrir d’un tapis d’or et de rouge, j’observe dans une infernale agitation l’Automne indécent virer un Été qui ne s’est jamais présenté, j’anticipe le crissement des feuilles sèches et craquelées sous mes chaussures quand j’irai marcher. Je voyage quand je suis silence, je ne sais pas ce que j’y cherche mais j’y saute à pied joint comme dans une flaque d’eau et c’est le monde qui se fait éclabousser.

Le silence ne s’écrit pas. Je me perds à écrire, je couvre le silence de mots.

Je ne suis. que. Bruit.

Le silence.

Une nécessité pour ne pas se laisser en arrière, réapprivoiser l’âme sauvage délaissée pour l’être civilisé, se regarder dans chaque souvenir, renouer à son essence.

J’ai le rire de ceux qui apprennent à se taire pour mieux se dire.

L'Ambre des arbres coulent dans les veines des forêts, ils regardent les fées s'activer autour des humains et le monde meurt de son aveuglement. (Jamais les mots ne disent ce qu'ils pensent.)

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