La porte, c’est un art

All That Is Thirst by Pati Yang on Grooveshark

 

Ma belle-mère voudrait que nous soyons amies. De grandes amies, qu’on parle beaucoup d’un peu de rien et de beaucoup de tout. Elle ne comprend pas pourquoi nous n’y arrivons pas.

Elle m’a téléphoné hier, pour savoir comment s’était passé la rentrée de Prince. Ce que je n’avais pas compris parce que jamais je n’arrive à anticiper nos conversations (elle ne sait pas la chance que nous avons ainsi, que chacune soit libre d’exister en douceur), c’est qu’elle attendait une réponse positive, qu’un « cela s’est mal passé » n’aurait pas été entendable.

Cela s’est effectivement bien passé, à un détail prêt. Comme notre conversation, finalement. J’ai osé dire que c’était dure pour Lutine (la cousine de Prince, même âge, pour ceux qui ne savent plus), et je me suis pris une fin de non recevoir. Cela c’était bien passé pour Lutine, évidence. Il est vrai qu’à part les crises, les larmes, son envie d’avoir une mauvaise maitresse, les « non » et sa volonté de rester chez elle, ça c’était bien passé. Une rentrée vraiment dans l’émotion, des choses à parler, des mots mélangés passés et présents, un besoin de jouer avant l’école et la chance d’avoir des parents à l’écoute qui entendent ce qui n’appartenait pas à l’enfant et ce qui lui est propre.. Oui cela s’est bien passé ensuite.

Je me suis donc pas gentiment faite envoyer promener. Un peu sonnée, elle m’a demandé en coupant court à une conversation qui ne lui convenait donc pas comment j’allais, à moi encore sous le choc de ma crise de panique, de mon angoisse, sous l’influence des douleurs et avec une certaine envie de briser mon corps pour que tout cesse.
Je le sais, pourtant.
J’ai simplement répondu pas très bien j’ai mal.
Si je puis me permettre, ne répondez jamais ça aux gens. Ce n’est pas entendable, ils ont leurs propres problèmes/douleur.
Je me suis pris ma deuxième porte dans la tête quand j’aurais eu besoin de dire ma peur alors j’ai coupé très vite parce que je ne pouvais pas me sentir encore plus seule que je ne l’étais (il y a des limites à mes capacités) ; LeChat devait partir travailler de nuit, on couchait les enfants, je n’avais pas mangé, j’entendais Hibou pleurer, demain y’a école, j’ai tout sorti en une seule phrase. C’était vrai mais un peu trop sans doute, tout à la fois..

La vérité, c’est que ma belle-mère me laisse régulièrement seule avec moi-même et la vaisselle qu’elle casse à mes pieds.

Elle travaille beaucoup sur elle, les six dernières années nous avons progressé l’une et l’autre : je ne me sens plus attaquée quand elle critique quelque chose, et comme on se voit moins elle critique moins l’éducation qu’on donne à nos enfants (nous sommes laxistes, elle supporterait pas, elle me trouve d’une patience incroyable quand je me sens lamentable de m’énerver si vite elle aurait envoyé tout le monde dans sa chambre depuis longtemps, etc etc). C’est malgré tout la personne qui m’a empêché, par téléphone, d’embrasser mon fils en vacances chez elle cet été, « parce que là ça se passe bien et que je voudrais pas que vous lui manquiez d’un coup tu comprends.« . Deux fois. Pardon, moi je voudrais que mon fils ne croit pas qu’on l’a abandonné chez toi (et de cela il me faudra parler, je tourne autour depuis quelque semaines.. mais elle a frappé là où ça blessait..)

Il y a des jours où j’aime vraiment beaucoup ma belle-mère, et des jours où c’est très difficile de ne pas l’envoyer promener.
Je suis dans une période, sans doute plus fragile, où sa simple évocation me procure du stress.
Pour l’amitié, il faudra attendre quelques années.
Qu’elle sache écouter, ou que je sache me taire.

 

tassethe2

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