Splinter by Sneaker Pimps on Grooveshark

 

Nous sommes les deux pieds dans le mois de septembre, celui des (petites) montagnes avec ses nuits si fraîches que trois pulls ne suffisent pas. Deux couettes et deux couvertures non plus. Je suis si frileuse que je voudrais la chaleur du soleil la nuit mais sans sa lumière. J’ai ramassé des marrons tout petits pour le plaisir des enfants, j’ai humé l’automne dans toute la ville, entre les pots d’échappements et les arbres. J’ai la sensation qu’il y a plus de voitures, comme si le froid enfermaient les gens dedans.
Ils courent, les gens. Après la chaleur, peut-être.

Prince, petit bonhomme aux cheveux mi-longs-mi-courts, se retourne pour me dire à plus tard et dans mon estomac il y a le même vide que sur ses épaules. Le cartable cent fois rappelé fut finalement oublié sur le rockingchair. La maison semble loin savez-vous quand on court avec un petit de plein de kilos dans les bras et qu’il glisse des doigts tranquillement le long de la hanche jusqu’à atteindre pratiquement le sol, pliée en deux, son petit ventre découvert par un pull remonté involontairement. La maison est loin. Trois minutes, c’est inhumain.
J’ai attrapé le coupable, balancé sur mes épaules dans un geste un peu regretté et Hibou que la course avait bien amusé, a couru cette fois-ci à mes côtés. C’était l’une des courses les plus amusantes qu’on ai pu faire. Mais elle fait mal.
Je me suis bien moins amusée à voir Prince, que j’avais vu rentrer dans l’école, m’attendre dehors, sur le trottoir. Dehors. La peur de le voir là a fait monter ma colère, la double, cumulée à l’oubli du cartable. Je me suis retrouvée à gronder mon enfant, pas trop fort mais juste avant qu’il rentre en classe et je n’étais pas fière une seconde.

Le soir en rentrant de l’école, le cartable sur les épaules parce que Prince s’est tordu le dessus du pied (si si), avec mes genoux douloureux et mes mains qui hurlent, je me suis mise à courir ; Hibou a filé loin de ma vue, loin derrière une foule de parents attendant leur rejeton en retard, loin sur le trottoir qui tourne et me le cache. J’ai couru et j’ai crié. Fort. La peur, la colère encore elle, le ras-le bol, la douleur, tout et pas assez et le regard des parents ils pensent quoi bordel, j’ai rattrapé mon gamin qui ne voulait rien savoir, qui voulait juste vivre sa vie, son indépendance, et je l’ai porté contre son gré. Oh je l’ai regretté croyez bien, mes mains ne serrent plus rien je fais tout tomber. Je l’ai reposé, et malgré la promesse de ne plus courir, il est reparti dans la seconde, courant le long d’un petit trottoir en bord de route, et toutes ces voitures qui passent.

Je ne veux pas crier.
Je ne veux pas courir.
Je ne veux pas avoir mal.

Laissez-moi prendre des vacances, plonger mes cheveux dans un livre et ne plus rien voir du monde maternel.

 

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