My Boat by Mélissa Laveaux on Grooveshark

J’ai rencontré un Jardin. Entouré d’un muret de pierres et d’un petit portail vert en accordéon, une pancarte en terre cuite préparait au voyage, mêlant déjà fleurs et mots. Un petit mot épinglé rapidement, invitait les curieux à entrer.
Je suis curieuse, je suis entrée. Et j’ai regretté d’avoir oublié mon appareil photo.

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J’ai emprunté le téléphone de LeChat, j’ai tenté de retoucher un peu.. mais je ne peux rien contre un appareil qui n’est pas prévu pour faire des photos, ne supporte pas la lumière et soyons précis, a peur de photographier. Dans le doute, il brûle l’image.

Je partage avec vous, plus que des photos ratées, les jolis mots disséminés amoureusement par le ou la jardinier(e) au gré des légumes et des fleurs.

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L’après-midi j’ai eu l’idée de faire un autre vide-grenier et c’est à partir de ce moment là que les choses peu à peu n’ont plus été à leur place.
Le matin, j’avais préparé les vêtements de rechange pour les enfants, pour palier aux jeux dans les flaques d’eau (mais le monde fut sans flaques et les vêtements sont retournés dans la maison). Je les ai laissé sur le canapé.
Aucune intuition ne fut suivie d’effet, et je n’ai rien vu venir de ce que j’aurais du sentir.
Je me suis dit qu’il nous faudrait retirer de l’argent au cas où, et LeChat m’a dit « on devrait retirer non ? » et une intuition se doit d’être écoutée alors on a retiré de l’argent sur la route. Nous n’avons pas eu besoin d’un centime.
Le vide-grenier en question s’est avéré inintéressant, nous étions quatre déçus. Hibou, fidèle à lui-même ces temps-ci, nous a échappé. Refusant la main il a filé d’un coup au milieu des gens, au milieu de voitures, au milieu d’une ville inconnue, au milieu de nos émotions. Il s’est réfugié dans LaP*ste, LeChat sur ses talons et une engueulade émotionnelle sur la langue.
Ce fut intense. Hibou, en colère d’être bridé dans une liberté trop importante pour son âge (non, perdre son enfant dans une ville inconnue ne fait pas partie de mes projets), a hurlé sa frustration, m’a jeté son biberon de lait à la figure ce qui a mis fin à sa frustration et à mis à jour ma propre colère et frustration. Intense, vous disais-je.

C’est dans le plus grand calme que nous sommes partis au Lac, à cinq minutes de la ville-inconnue-au-vide-grenier-inintéressant, nos émotions apaisées, discutées, câlinées.
C’est avec une pointe de stress que j’ai suivi le déroulement des évènements qui ont suivi, et j’ai fini par me reculer quelques deux minutes. Les enfants ont enlevé leurs chaussures et mis un pied dans l’eau, retroussé leur pantalon et trempé leur cheville, retiré un pantalon mouillé et mouillé les genoux, se sont mis nus et ont trempé leurs cuisses.

A les voir courir dans l’eau, j’ai commencé à être sur leur dos attention doucement pas-si-loin mon mari a fini par me demander de m’apaiser. Je lui ai alors demandé de se rapprocher sur la plage, je le trouvais trop loin d’eux. Et je me suis éloignée, j’ai emporté mon stress et je n’ai plus regardé mes enfants. Pour ne pas être sur leur dos.
J’ai vu un pissenlit, j’ai appuyé CLAC et mon enfant s’est noyé.
J’ai appuyé CLAC CLAC CLAC CLAC et quatre photos ratées plus loin je relevais la tête sur un maman ! et ma petite famille au complet venait vers moi tranquillement. Une minute à peine avait passé, un drame avait eu lieu, je n’avais rien vu, et tout s’est plus ou moins arrêté là.

Je n’ai rien de plus à dire comprenez-vous. Je n’ai aucune émotion à associer. Je pourrais vous laisser sur mon enfant s’est noyé. Parce que j’en suis restée là. Quelques mots sans gout, sans larmes, sans rien.

L’enfant sous l’eau quelques trop longues secondes, le corps qu’on ne voyait pas et LeChat qui court l’attrape le récupère et la vie qui reprend ses droits.

J’ai écouté et j’ai proposé d’aller au parc parce que je ne ressentais rien.
J’ai écouté LeChat s’effondrer. J’ai écouté Prince dire sa peur de voir son frère se noyer sous ses yeux. J’ai écouté Hibou m’expliquer qu’il avait eu peur sous l’eau, j’ai écouté qu’il avait eu des larmes sous l’eau, j’ai écouté qu’il ne pouvait pas sortir, j’ai écouté qu’il avait étouffé sous l’eau et j’ai pensé que je ne savais pas qu’il connaissait ce mot.
J’ai écouté mais je n’ai rien ressenti.

Je ne le savais pas encore. J’ai fini en pleine insomnie, par comprendre certaines choses.
Comme la mort de S. un dimanche à 17h. Et la noyade de Hibou un dimanche à 17h.

*

Après avoir été au tel avec Blanche, j’ai retrouvé tous mes fils, toutes mes connections, tous les morceaux.
J’ai pensé à faire rencontrer mes enfants et mon ex-belle-maman, elle aurait aimé Prince profondément, Prince qui ressemble tant à Lechat, qui me ressemble tant, qui ressemble tant à S. Si perturbante, cette ressemblance. Alors j’ai cherché cette dame sur internet.

La date dimanche-17h, la mort de S., mon ex-belle-maman. Je ne suis pas capable de vous écrire tous les liens que j’ai fait, tout ce que j’ai compris, tout ce que les enfants ont joué de leur côté, tout ce qui s’est joué sans moi et dont je ne recolle les morceaux qu’aujourd’hui que je sais. Cela fait trop mal.
Elle est morte à la date anniversaire de son fils, il y a 4 ans, au moment de la surdité quasi totale de Prince. Je l’ai accueillie, je lui ai envoyé tout mon amour, je viens de l’aider à partir.
Elle est morte.
Elle est morte. Et je suis dévastée.
Elle est morte le dimanche 17 octobre 2010, le même jour que S. le dimanche 17 octobre 2004 à 17h. Je ne sais pas l’heure à laquelle elle est morte, mais j’avoue j’en tremble.
La date étant la même, je soupçonne un suicide. Par noyade. Parce qu’elle ne savait pas vivre sans la mer, et que je me souviens soudain qu’elle me l’avait dit, elle se suiciderai dans la mer si elle devait en arriver là.
J’ai toute la souffrance de sa mort à gérer, toute la souffrance de la mort de S., toute la souffrance de la noyade d’hier. Je voulais retrouver mes émotions, j’y suis peut-être allée un peu fort..

J’ai retrouvé les émotions, mais les mot sont embrouillés. J’ai mal. J’ai pleuré en allant à l’école, j’ai pleuré à l’école, j’ai pleuré en revenant de l’école.. je pleure en écrivant.. Mon petit garçon a failli mourir pour une histoire qui ne le concernait pas, et dont j’avais pourtant parlé.
Tout se joue sans nous.

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3 Comments:

  1. Squalide

    Le problème est que justement, tout se joue avec nous et de nous.
    Et je trouve que tu ne fais pas assez les gros yeux à tes enfants. 😉

  2. ddc

    J’espère que toute le monde s’est, au moins un peu, remis de ses émotions depuis <3

    Je suis née un 17 octobre vers 17h… comment l'interpréter ? faut-il ? :-/

    1. Hibou a répété pendant deux jour qu’il avait étouffé sous l’eau et pouvait pas sortir.. et puis il a arrêté 🙂
      Je mets plus de temps. Pas de ce qu’il s’est passé, mais de sa mort à elle. Je ne sais pas si ce fut pertinent de faire les liens, mais ils m’ont permis de savoir sa mort et même si j’en suis secouée (pour diverses raisons), c’est une bonne chose que de savoir.

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