Ecriture

Une fenêtre entre toi

J’ai soupiré.
Tu pensais peut-être que je parlais depuis ce souffle sur le verre. Je regardais par la fenêtre passer ton sac et ton parapluie, et les larmes coulaient sur ton corps déformé et flou. J’ai regardé passer tes enfants épanouis agressés violentés souriants inquiets joyeux, je t’ai vu bercer l’enfant qui pleure en douceur énervée agacée ravie inquiète, je t’ai entendu t’extasier sur un mot une phrase une idée une pensée de l’ange précoce, je t’ai entrevu dans l’agacement des enfants des autres, je t’ai aperçu avec l’envie de la main levée et j’ai constaté la surdité des mots sous la pluie.
De ta fenêtre à la mienne, une ville des fleurs du gris des murs des lèvres. De l’air. De ta fenêtre à la mienne le frémissement des mots. Le souffle contre le vent.
Les mots meurent dans les ombres je ne sais plus si je suis l’ombre la mourante ou les mots. Je suis la mère qui crie pleure et sombre, je suis celle derrière la vitre qui regarde le monde s’achever dans la nuit qui tombe. Je suis la lumière qui prend vie dans la nuit, les voitures qui roulent vite, la ville illuminée par toutes les personnes derrière leurs fenêtres. Je suis l’enfermée, toi moi, je suis l’enfermée je suis moi je suis toi. Je suis le mot sur la vitre qui s’efface avec la buée. Je suis. Le mot. Mourant.

Tu pensais peut-être que je parlais depuis mes yeux fermés. Oh sais-tu.. un jour fenêtre j’ouvrirai et les mots ne buteront plus, brisés, avant de te parvenir. J’ose la pensée saugrenue que ta fenêtre ne sera pas fermée mais ouverte au chant de l’autre, penché tu souriras à l’inconnu passant trop vite avec son sac et son parapluie et ses enfants et ses murs. Soutenant le regard de l’inconnu blessé.
Je ne suis que l’absente, avec ce froid et rien qui ne dure. En abîme il y a tout ce que je te dois, tes silences tes regards tes jugements ton bavardage ta voix tes absences.

Tu pensais peut-être que je parlais depuis mon sourire. Les blessures sont au revers, tu ne sais pas regarder à travers la vitre embuée. Les mots se forment, silencieux avant de t’avoir touché. La pluie efface les sons et je te vois passer, les joues rougies par le froid en toi.

Oh j’ai soupiré il est vrai. Tu pensais peut-être que je parlais de mon silence.
Je ne faisais que te taire.

Tu pensais peut-être que je parlais sans ouvrir les yeux. Sans te voir. Mon regard est posé sur toi les enfants les murs les fleurs la ville le parapluie le sac la buée le silence les mots qui se forment. Je suis le mot qui se jette sur tous les mots des fenêtres, dans ton absence.

C’est les yeux grands ouverts que je me jette de ta fenêtre.

[l’écriture seule n’a pas d’impact sans lecteur]

L'Ambre des arbres coulent dans les veines des forêts, ils regardent les fées s'activer autour des humains et le monde meurt de son aveuglement. (Jamais les mots ne disent ce qu'ils pensent.)

9 commentaires

  • Marie Wolf

    J’aime te lire. Je ne commente pas toujours mais je lis en silence…
    Parfois je devine ce que tu tais, parfois non – comme cette fois.
    Tu écris tellement bien, tu fais de la poésie en prose, tes mots dansent sur la page… <3

  • Pablo

    Je deviens lecteur de ton blog, mais petit à petit. Des fois ce que tu écris me semble dérangeant, sans que j’arrive bien à savoir pourquoi, peut-être parce que je devine que ça fait mal (de l’écrire : oui, ça soulage et ça peut faire mal en même temps). Des choses comme ça.

    • Dame Ambre

      J’en suis bien navrée, je ne veux pas être dérangeante ^^’

      L’écriture me libère entièrement. Une fois le texte écrit, plus rien ne reste en moi. Je peux dire aller (très) mal, tu peux être certain qu’au moment où tu liras, même si c’est 5 minutes après l’envoi du texte, je n’en ressens quasiment plus rien. Je dis que mon blog est mon psy, et ce n’est pas une phrase en l’air ^^

      Ça ne me fait pas mal d’écrire ; ne pas écrire me fait mal. Ne pas écrire, c’est rester avec ce qui me blesse. Si je le pose en mots, je peux tourner la page. Vraiment, la douleur est pour moi le moment où je ne peux pas écrire ce qui me blesse. Je viens d’en faire l’expérience, ce fut douloureux (dépressif, idées noires..) ces derniers temps. Ça a donné ce texte, c’est sorti d’un coup, je me suis libérée de trop de jours sans pouvoir écrire. Et en l’écrivant, j’allais bien, je renouais avec qui je suis, avec les mots.. et avec ce qui va bien en moi.
      Écrire, c’est une réparation. Le lire.. doit visiblement être un autre exercice ^^’ Tu lis la blessure, celle d’avant la réparation.. alors peut-être est-ce là dérangeant.. ?
      Je suis navrée en tout cas, je ne cherche pas à déranger :/

    • Dame Ambre

      Évidemment j’en ai déduis qu’un truc n’allait pas, ce en quoi j’avais raison (une ligne de commande m’avait échappé et répétait l’article). Merci !
      Donc.
      Penses-tu pouvoir dire désormais que la mise en page est parfaite ou était-ce un autre point qui te chagrinait ?

  • Pablo

    Oh, mais je me suis très mal exprimé ! Comme tu sais, le français n’est pas ma langue maternelle et j’ai sans doute mal choisi ce mot, « dérangeant » : j’aurais peut-être dû dire « perturbateur » ou « troublant » ou… En tout cas, ça ne me dérange pas du tout que tes textes me soient « dérangeants » 😉 !!, au contraire, j’aime bien cette écriture qui me « frappe », qui m’émeut d’une certaine façon que je n’arrive pas encore à bien comprendre…

    Sinon, merci beaucoup pour tes précisions sur la douleur et le soulagement de l’écriture, c’est très éclairant !

    • Dame Ambre

      Oh d’accord 😀
      En fait le mot est très adéquat mais sujet à interprétation car on peut lui donner plusieurs sens ^^ C’est moi qui l’ai pris dans l’autre sens que celui que tu lui donnais avec justesse !
      Merci à toi, j’aime avoir des retours, c’est très intéressant de savoir comment c’est perçu 🙂

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