J’avais froid.
Le soleil a brillé, il a réchauffé la voiture et c’était un sauna et c’était bon, mes mains sur le plastique noir qui aspirait la chaleur, mes mains mon corps moi qui ne voulait plus quitter la voiture la chaleur la bouillotte improvisée. Mes enfants, mon mari avaient des manches courtes, un léger pull parfois. Mon corps il affichait sans honte le tee-shirt à manches longues et le pull et la cape et l’écharpe. J’avais froid et n’y pouvais rien.
Je n’étais plus la femme, la maman, la fille, ai-je jamais été sexy, je n’étais qu’un tas emmitouflé. Le tas va aller au Canada en plein hiver. Quand même. Un petit banc en plastique m’accompagnait, pour m’asseoir, pour pas me relever de trop bas, pour poser douleurs et fatigue, pour que des regards se posent sur cette étrangeté. Il n’est pas toujours facile d’assumer une maladie, vous êtes pénibles avec vos regards.

Je me suis réchauffée doucement, très doucement, trop doucement. Le vent me faisait frissonner et puis le soleil a eu pitié de moi, il m’a tranquillement caressée et je me suis dérouillée. Peut-être aussi qu’à ramasser les poubelles des autres sur le chemin, à photographier, à marcher, à regarder escalader mari et enfants, j’ai fini par ne plus penser que j’avais froid. Peut-être que le froid, il a perdu son emprise quand j’ai cessé de penser à lui comme une présence avec qui être polie.

Et c’est dans cet instant où les doigts réchauffés s’amusaient à capturer les instants, que j’ai fait mes plus jolies photos de la journée, les enfants y sont resplendissants.. Jusqu’à ce que je les regarde et me dise que tout était flou, raté. Fatigué.
Je suis fatiguée d’avoir mal.
J’ai le froid qui s’installe.

Demain, demain je regarderai mes photos et je me dirai que je ne rate pas, je réussis, et je vais bien et je suis jolie.
Demain.

papillonpose

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