Il suffit d'un mot

On ne meurt pas de pleurer

Funeral by Archive on Grooveshark

Nous nous sommes touchés la main. Le froid de décembre nous avait poussé dans une salle de cinéma et nous avons mis quatre ans à nous souvenir du film. Encore une année, et nous fêterons nos dix années, deux mois et deux jours de couple.

Nous avons eu notre première dispute quand Prince avait pratiquement une année. Elle fut d’une grande violence. C’est je suppose, tout le danger des disputes qui sont rares : elles sont intenses. On ne se tape pas, on ne hurle pas, mais la colère et la charge émotionnelle font tout le travail de sabotage, s’en relever ensuite demande du temps. Il me semble me souvenir que nous nous sommes accrochés une autre fois. Je crois que si les faits m’échappent quand la première dispute est encore si fraîche en moi, c’est qu’elle n’avait pas une grande importance.

Avec S. les disputes lors de notre dernière année prenaient la forme tragique d’une journée après l’autre. Une journée tranquille n’existait pas. Les tensions s’accumulaient malgré tout, rien ne se vidait jamais, on continuait, on montait, il me forçait parfois et j’en étais arrivée à penser en finir. J’ai choisi de partir. Une idée comme une autre. Et lors de ces trois semaines où nous n’étions ensemble, nous nous entendions bien, nous parlions sans monter le ton. Il a simplement eu la désastreuse fantaisie d’en mourir.

Alors. Je ne crie pas. Il ne crie pas. Nous parlons, beaucoup.
Nous n’avons pas d’expérience en la matière, nous ne savons pas crier et nous réconcilier sur l’oreiller, l’intensité de notre vie de couple n’est pas dans la décharge des émotions. Je n’y survivrais sans doute pas. Alors je ne vois pas les signes. Mon agacement pour tout, les critiques infimes ou prisent comme telles, ma belle-maman, ma belle-sœur, le déménagement à venir, son travail, l’argent, les enfants. La tension qui s’installe je l’ai sentie mais je n’ai pas identifié la dispute à venir, celle qui ravage et laisse sans force, le regard vide et tous les morceaux sur le sol. On n’a pas hurlé, la colère n’a pas besoin de l’être pour exploser et ravir la tranquillité d’un couple, le briser et l’enterrer. Je n’ai pas supporté sa main sur moi quand il a tenté une réconciliation et j’ai hurlé dans l’oreiller. Je ne ressentais plus d’importance dans notre couple, plus d’importance dans ce qu’il ressentait, plus d’importance d’avoir des enfants. Je n’étais que morcellement.

C’est avec fragilité que nous reprenons notre vie, avec beaucoup de douceur et d’égards.
Je voudrais que quelqu’un se charge de mes amours d’enfants pendent deux heures, que l’on puisse aller marcher, tous les deux, manger dehors, nous retrouver plus facilement.
Juste lui et moi.

Nous ferons autrement, puisque. Et tout ira bien, parce que. L’amour.

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6 Comments:

  1. A Mots Découverts

    Très intense en émotion. J’espère sincèrement que tu sauras surmonter tout cela d’une façon ou d’une autre mais jamais en en venant au pire. Fais très attention à toi, pense à toi.

    1. Intense et plus encore.. A ne pas vouloir dire les choses ici, j’ai bousculé les mots et cela ne ressort pas comme je le vis, les mots sont restés en moi, beaucoup. Mais ça va, nous nous remettons, parce que c’est nous parce que c’est ainsi, parce que..
      Tout reste lié, nous sommes. Nous.

  2. Anita

    Oui prend ton temps si tu peux, et tout doucement, tout doucement, la chaleur reviendra.
    Parce que comme tu le dis, c’est vous.

    1. Merci 🙂
      Tout est là. Parce que lui 🙂
      Nous n’avons juste pas l’habitude, c’est dévastateur.. j’espère plus jamais.

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