L’exigence de la poussée

Je n’écris pas beaucoup. Ni ici, ni ailleurs, les mots ne sont posés. J’ai un peu l’impression de m’être retirée en moi, à la lisière des mondes, et d’observer. Les mots ne viennent pas, ils attendent. Et je me demande s’ils seront là, quand le jour du défi sera arrivé. Je lis des livres, des sites, des auteurs, des gens, des histoires, des vies. Je tire un fil et un personnage se crée, j’en tire un autre et je le peaufine en deux traits, encore un fil et unetelle meurt parce qu’elle l’a décidé (sachez-le, un auteur ne maitrise rien, les personnages décident), je pose en vrac protagonistes, situations et inquiétude soudaine. Je ne sais plus si je dois l’écrire, si cela sera intéressant, si c’est une bonne idée, si l’enfant sera vraiment là puisque je ne le visualise pas dans ce presque huis-clos qui se profile sans volonté de ma part, je ne sais pas ce qu’il m’arrive. J’ai toujours eu l’écriture bordélique de ceux qui projettent les mots dans le plus grand désordre et font des phrases par hasard avec ce qui est balancé. C’est ma manière de me projeter dans l’écriture : la pagaille. Comme si toutes les informations venaient dans le même temps, se bousculaient, voulaient être écrites. C’est un brin oppressant, violent, mais aussi particulièrement exaltant. Dans ces moments, je pourrais sombrer si l’on m’empêchait d’écrire.

Mais pas cette fois. Pour la première fois, j’ai une vision qui se construit, un plan qui s’écrit, et en toute sincérité je ne sais pas quoi faire de ça. Je me rassure en me disant que mon plan est bordélique, que des mots se chevauchent et des flèches ont envahi les rares espaces blancs, et que je devrais ne pas me perdre trop dans ma manière d’écrire habituelle.. mais c’est inquiétant de changer de manière soudaine de se projeter dans les mots. J’ai. Peur.

Sur mon chemin de silence et de plan malmené, je fais des rencontres improbables, liées à l’histoire que je suis censée écrire. Pendant une heure et vingt-quatre minutes, j’ai regardé hier soir S. évoluer sur l’écran, un film que je n’aurais jamais regardé habituellement. Ses yeux, sa belle gueule, son physique, sa grande taille, son intelligence, ses oppositions, sa détresse, ses pensées. J’ai regardé Ma première fois en me disant que aie. J’ai vu Blanche je me suis vue j’ai vu S. et je me suis demandé quand même, ce qu’on foutait sur l’écran. Ce n’est juste pas la bonne personne qui lâche, nous y étions presque, vraiment. J’ai pleuré, et si je pleure sur S. que je vois sur un écran alors qu’il ne meure même pas, je vous le demande, je ne sais pas comment je vais ressortir de mon écriture.

Je ne comprends pas très bien, comment dix années m’amènent à écrire le vide, les larmes et les hurlements. Voyez. Je me découvre masochiste, et j’ai vraiment, vraiment, peur de ce que je m’apprête à faire.
Je me donne une année. Le 31 décembre 2015, il se devra d’être bouclé. Et s’il ne devait pas l’être, j’enverrai l’insoumis inachevé à la belle gueule de Martin Cannavo.
On n’a pas idée de lui ressembler comme ça.

(Rien à voir. Photo rajoutée car retrouvée par hasard, sur le précédent article.)

S

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