Le Coeur (Michael Creange remix) by Chat on Grooveshark

Une aire de jeu provisoire s’est posée dans ma ville dans un gymnase sur deux étages, avec de grandes installations gonflables dans lesquels les enfants ont pu s’en donner à cœur joie. Certains permettaient de sauter, d’autres de se lancer dans des quilles gonflées, d’autres encore étaient d’immenses toboggan (à la hauteur du gymnase) ou des parcours impressionnants où grimper, escalader, tomber. Il y avait une partie pour les moins de trois ans, une autre pour les « grands », un bruit infernal et une chaleur étouffante.

Ils sont arrivés en riant très fort, très haut, avec de grands gestes et des idées précises de ce qu’il devait se passer là tout de suite. Leur petit garçon de deux ans, complètement affolé par le bruit et les grandes installations mouvantes, s’est mis à pleurer, refusant d’entrer dans les jeux. Le papa, gentiment a tenté de rentrer avec lui mais s’est arrêté sous ses hurlements. Ce qui n’a pas arrêté la maman, qui a chopé son gamin, est rentré dans le jeu et a balancé son fils dans l’installation gonflable et a quitté le jeu en riant, le laissant seul. Le tout petit, sur le dos et jambes en l’air, hurlait de terreur, tétanisé. Croisant mon regard effaré (je ne savais pas comment réagir ce fut une expérience traumatisante pour moi aussi), le papa est parti chercher son fils.

L’histoire aurait pu en rester là.

Leur fille de 6 ans, seule à l’étage, attendant avec nous de pouvoir faire du saut à l’élastique, me raconta sa vie en trois minutes (et peut-être dix secondes mais je doute). Parents divorcé mais c’était génial d’avoir deux maisons, un beau-père et c’était génial, un demi-frère plus jeune, un œil installé dans le sens inverse des aiguilles d’une montre sans lunettes de correction, une vie un peu seule mais c’était génial. J’ai observé, un peu, et sa solitude je l’ai vue en effet. Tout pour le petit frère. Les regards, les mots, les baisers, les jeux, les attentions.

Hibou et cet enfant se sont superbement ignorés durant les deux heures qui ont suivi, jusqu’à ce que la maman ai l’idée la plus saugrenue qui soit.
_ Fais lui un bisou, a-t-elle dit, sourire aux lèvres.
Son fils a regardé le mien, le mien a regardé son fils, et personne n’a bougé.
_ Allez, fais-lui un bisou quoi, a-t-elle dit, légèrement agacée et ne comptant pas lâcher l’affaire.
Alors le petit s’est approché doucement, Hibou a laissé faire, visiblement très intéressé, et ils se sont embrassé sur la bouche.

Hurlement de joie de la part de la maman, grand rire du papa, fierté mise en avant : leur fils a fait un bisou à ce qu’ils pensent.. être une fille.
_ J’espère que vous avez la dot, dites, pour votre fille ! Le mariage est pour bientôt ! C’est bon vous avez l’argent pour le mariage ?
LeChat, se retenant de rire, tente donc d’expliquer la situation en coupant un peu la parole :
_ Vous savez, c’est un garçon.
_ Euh.. c’est un garçon ? répéta sans y croire la maman, regardant mieux Hibou.
_ Oui. Il a les cheveux longs, mais c’est un garçon.
_ C’est un garçon..
_ Mais vous savez, c’est permis maintenant, ajoutai-je, morte de rire.
_ Les cheveux longs ? me demanda la maman complètement perdue et ne voulant décidément pas entendre.
_ Non, le mariage gay.

Je n’avais jamais vu quelqu’un blêmir aussi vite. Nous avons ri, si vous saviez.. de la voir si blanche, si déconfite, si perturbée.. Nous avons ri parce qu’on ne pouvait pas en pleurer. Nerveusement, sans aucun doute.. Parce que ces quelques heures ont été éprouvantes, violentes à en hurler. Cet endroit, m’a rappelé que je vis vraiment dans une bulle, que je ne sors pas beaucoup. Que je ne côtoie que peu de parents. Je suis rentrée chez moi douloureuse, effrayée, angoissée. Trois heures à entendre des parents dire ou faire des horreurs, rabaisser, écraser. Je suis rentrée chez moi avec toute la douceur du monde. Je me suis recentrée sur l’essentiel, avec eux.

Je ne m’explique toujours pas comment il est possible que nous ayons du expliquer à notre enfant de deux ans et demi, à un mètre d’une maman ayant son enfant pleurant contre sa cuisse, que non nous ne sommes pas d’accord avec le fait qu’elle le tape pour le faire taire. Elle avait le regard noir dirigé sur nous, elle tapait son fils épuisé pour qu’il ne pleure plus, et Hibou pétrifié nous demandait pourquoi.

Ou encore cette mère qui engueulait sa grande fille de onze ou douze ans, lui refusant l’accès aux jeux des petits, lui refusant de grimper à l’étage pour les jeux de son âge, lui refusant le droit de bouder, lui refusant le droit de manifester son désaccord. Ce qui s’est mal terminé pour la gamine, et cela a duré une heure. Jusqu’à ce que la toute petite demande à aller jouer à l’étage, ce qui fut accepté immédiatement. Deux poids deux mesures ? La perfection aurait été une fillette silencieuse assise à côté d’elle ?

Je ne suis pas certaine de savoir dans quel monde je vis.
Je fais beaucoup d’erreurs, des choses que je regrette, je suis vive, fatiguée ; je merde à intervalle régulier mon rapport avec les enfants, je m’excuse tout autant auprès d’eux. Je ne doute pas d’avoir pu parfois choquer des parents nous regardant, comme moi ce jour là. Parce que tous, on a de mauvais jours, de l’épuisement, des problèmes de santé, des problèmes d’argent, des problèmes qui nous enfoncent sous terre. Voir juste ses enfants pour ce qu’ils sont, parfois, c’est au-dessus de nos forces.
J’espère que c’était un jour comme ça, où certains parents étaient juste au bout d’eux-même.

princeblc

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2 Comments:

  1. Ca m’évoque beaucoup de choses. Ce n’est pas simple d’élever son enfant d’une façon un peu différente, déjà parce qu’il faut dépasser notre propre éducation, mais parce qu’il faut l’assumer dehors, face à des parents qui font les choses autrement, qui parfois nous choquent et choquent nos enfants. Réussir à expliquer sachant qu’ils entendent que oui, il y a des gens qui font comme ça, et que nous on n’est pas d’accord mais que chacun fait comme il veut.
    Ce week-end au parc deux enfants faisaient les fous en courant et criant sur les autres petits pour leur faire peur. Il a fallu s’interposer, alors que la mère encourageait ce « jeu » auprès des grands. Ensuite, ils ont jeté des cailloux, j’en ai pris sur les jambes, j’ai haussé la voix, ils ont arrêté, mais je n’ai pas osé regarder la mère qui était juste à côté et ne disait rien. Je me suis sentie dans mon droit, mais je ne sais pas ce que j’aurais senti si j’avais croisé son regard…

    1. C’est ça.. Ce n’est pas simple. LeChat a pris le parti de rassurer nos enfants (comme sur mon exemple), et que tant pis si on l’entend, il le fait pour eux, pour ne pas laisser d’angoisse (Du style : mon papa/ma maman pourrait me faire ça). Avec Prince, comme il est grand, il est plus « facile » d’en parler ensuite, un peu plus loin, sans les oreilles des autres parents. On ne veut pas donner l’impression de juger, et ce n’est pas facile.

      J’agis effectivement comme toi le plus souvent, je ne croise pas le regard de l’autre parent autant que possible ^^’ par contre j’agis s’il ne le fait pas. Il ne faut pas non plus exagérer, la liberté a ses limites.. Ceci dit, j’ai remarqué que souvent, c’est l’autre parent qui fait style « je n’ai pas vu ».

      Pas simple, non..

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