Rencontre de mots blessés

Écrire chaque jour est une expérience unique. Mouvementée, malmenée, sans cesse interrompue, je l’avais bien visualisée ainsi : impossible d’écrire mes 1667 mots par jour. En trois jours, j’ai réussi l’exploit d’en écrire 1734 ; et en ce jour où le site m’informe que je n’ai encore rien écrit, ce qui est faux je ne lui ai simplement pas encore dit, il m’explique qu’à ce rythme, j’aurai terminé le 24 février 2015. Lui, il ne sait pas que je me suis donné jusqu’au 31 décembre 2015, pour l’écrire ce livre.

J’écris sans pression. Pas d’angoisse devant mes chiffres ridicules, pas de stress face à LeChat qui fait son quota jour après jour, pas d’impatience avec mes enfants qui me laissent écrire trois mots à la fois, une phrase et demi dans les meilleurs moments. J’écris, doucement, ça avance mot après mot, et ce à quoi je ne m’attendais pas, j’ai une patience incroyable avec les enfants. Je pensais qu’il me faudrait beaucoup prendre sur moi, respirer, gérer de la colère à ne pas pouvoir avancer comme je le souhaite..
Et puis, non. Je ne suis pas simplement calme, je suis apaisée. J’ai trouvé par la même, ce qui manquait à ma vie jusque là : poser les mots, écrire, me lancer dans un roman. La vie peut être d’une grande simplicité. Les enfants l’ont senti tout de suite, et nos rapports pourtant beaux, ont changé. Quelque chose de plus proche s’est instauré, il y a encore plus de câlins, encore plus de livres lus, encore plus d’amour. Je crois que je m’apaise parce que je suis dans ce que je dois être, l’écriture.

Alors j’écris. Le deuil de l’une, la détresse de l’un, l’angoisse de tous. Leurs mots blessés. Je ne sais pas bien où je vais, je crois que je n’aurai pas assez d’une année pour l’écrire et peut-être que plus qu’une année n’est pas dramatique tant que j’écris jour après jour mot après mot vie après vie. Tant que l’écriture m’apporte cet apaisement.

Le nanowrimo remplit la fonction que je lui avais assigné : me mettre en route pour ce jour après jour.
Je ne suis pas dans l’urgence des mots à poser, cela se fait tranquillement. Et si je n’ai pas vraiment l’habitude de cette manière de faire, je retrouve malgré tout cette pagaille dans mon écriture : j’écris le début la fin et les différents milieu d’un chapitre, dans le désordre et un peu mouvementé. Quand mon chapitre est terminé et que mon bordel a pris forme, j’entame mon autre chapitre. L’organisation est intéressante, puisqu’elle me permet, en douce, d’écrire de manière linéaire le roman lui-même.

J’apprends ma manière d’écrire, réelle. Je n’avais écrit que des nouvelles, je m’apprends dans l’écriture du roman.
Jouissance.

Hiver

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