L‘année dernière nous avions le souci de l’institutrice qui menaçait les enfants de tout un tas de sévices, comme le scotch sur la bouche ou laisser l’enfant seul la nuit dans l’école. Nous avions passé beaucoup de temps à rassurer Prince, après être allé voir l’instit, à le faire travailler sur ce qui appartenait à la maitresse et ce qui lui appartenait à lui. Lui faire comprendre et accepter que personne n’était parfait, que nous ne cautionnions pas, et que parfois les adultes mentaient quand ils se sentaient dépassés et merdaient dans leur rapport avec les enfants. Avec succès. J’étais très fière de mon gamin capable d’entendre et d’intégrer tout cela, après deux années de phobie scolaire le conduisant à s’arracher la peau dès qu’on mentionnait l’école.
Un progrès de dingue.

Cette année de CP, des faits ce sont accumulés. Des petits puis des grands. L’un après l’autre, on a rassuré notre enfant, comme l’année dernière. Avec succès. Un peu moins tout de même, parce que cette fois nous avons noté du stress chez lui, qui est monté insidieusement, en douceur. La liste des devoirs s’est allongée copieusement, et parfois je lui en faisais sauter (comme revoir une fiche déjà assimilée). Il a montré un intérêt magique pour la lecture, râlant d’abord pour l’écriture puis s’inquiétant pour l’écriture puis s’angoissant pour l’écriture. Maintenant il déteste l’écriture. Comme nous développons tous des intérêts différents pour ce qu’on nous propose de travailler, je ne me suis pas non plus inquiétée. Jusqu’au vendredi, dernier jour avant les vacances, où j’ai récupéré mon enfant en larmes à la sortie de l’école : il s’était fait gronder, il n’avait pas réussi à écrire la date. Bloqué, il me répétait en boucle « je n’y arrive pas, je n’y arriverai jamais ». Deux mois qu’il sait écrire la date, et soudain il ne sait plus ? Cela me dépassait.. J’ai donc creusé, fini par apprendre que sa maitresse lui avait crié dessus, qu’elle avait crié sur tous les enfants toute la journée.

Mes enfants quand on crie, ils se tétanisent. J’ai travaillé un peu avec eux sur le sujet, ça va mieux qu’avant.
Les enfants d’une manière plus générale (et cela fonctionne de la même manière avec un adulte), quand on leur crie dessus, ils se ferment. Ils ne retiennent pas, n’apprennent pas, ne progressent pas.

Cette journée là où elle a tant crié, nous étions à la veille des vacances, j’ai supposé (très certainement à juste titre) qu’elle était fatiguée, peut-être même épuisée et que les vacances lui feraient du bien. Le soir j’ai finalement appris qu’elle avait tiré les cheveux d’un enfant, à deux reprises. Et que Prince en était donc terrifié. Lui et moi en avons beaucoup parlé, et puis il est parti chez ses grands-parents. Je ne savais pas quelle position prendre par rapport à la maman de l’enfant qui s’est fait tirer les cheveux, la maman à la main qui claque facilement et je n’ai pas trop su quoi faire. Je ne voulais pas risquer d’un côté de me retrouver face à une maman qui cautionne, je me suis retrouvée dans un flou énorme sur la conduire à suivre. Moi et ma phobie des conflits, on a gardé le silence. J’ai demandé à Prince de me dire si elle recommençait.

La rentrée est revenue et lundi matin nous étions devant l’école. Et il pleurait, Prince. Beaucoup. On a fait un énorme câlin, ça l’a aidé, il est parti en pleurant un peu. Même chose le mardi, légèrement plus fort. Le soir il a eu une punition à faire, parce qu’il avait parlé à un mauvais moment « Je dois apprendre à me taire quand mes camarades lisent », trois fois (d’autres enfants l’ont eu 6 fois, nous étions chanceux). Il est en CP, il ne connait pas tous ses mots à écrire, on a passé 45 minutes à le faire (plus ensuite les devoirs). Prince était particulièrement angoissé à l’idée de se faire gronder pour avoir fait sa punition au mauvais endroit dans le cahier. Grande panique, grande discussion. De mon côté, la moutarde m’est gravement monté au nez. J’ai bien failli écrire un mot à la maitresse (l’indécence poussée à l’extrême « Je ne dois pas donner de punition écrite à un enfant, selon la loi » multiplié par le nombre d’enfants et de lignes donnés aux enfants. Un joli chiffre je pense. Évidemment, simple fantasme), pour lui expliquer que dorénavant il serait judicieux qu’elle s’abstienne (en termes polis cette fois), parce que ce n’est pas approprié pour un enfant, de faire des lignes, que non, il ne comprend pas et se bloque. Je ne l’ai pas fait, crétine que je suis, pour qu’elle ne le prenne pas en grippe.
C’est bête hein..
Hier, mercredi, c’était LeChat qui l’accompagnait et Prince s’est mis à hurler que non, il ne voulait pas, s’est accroché à lui, et le papa dépassé a laissé à deux adultes enseignants, son fils hurlant. Il n’a pas pu entrer dans l’école pour prévenir sa maitresse, de l’état émotionnel de notre enfant. J’ai espéré qu’un enseignant le ferait, sans doute que ce ne fut pas le cas.

On parle d’un enfant qui jusque là était passé par dessus sa phobie avec brio, aimait aller à l’école, adorait apprendre, et s’était fait plein d’amis.

Mercredi midi, une fois rentré à la maison, il m’a expliqué que la maitresse lui avait tiré les cheveux.

Alors.
C’est interdit par la loi, bien sûr. Ça ne le serait pas, que ça me passerait particulièrement au-dessus de la tête et m’énerverait de même.
Pour certains, je sais que ce n’est pas grave. L’année dernière, des « amis » m’ont répondu que le scotch sur la bouche ils avaient eu, et qu’ils n’en étaient pas morts. Félicitation, tu n’es pas connecté à tes émotions, tu gères grave. On m’a dit aussi que je sur-protégeais mes enfants, mais comme c’était les mêmes personnes, je vous laisse deviner ce que j’en pense.

Personne ne m’a protégé. A l’école, personne n’a fait pire que ma mère alors globalement ma scolarité elle ne m’a pas marquée, sinon que je m’ennuyais en classe et que j’ai détesté la plupart de mes enseignants, à quelques personnes prêts formidables (bénis soient les enseignants formidables).

Ce matin, je me suis engueulée avec la directrice. Parce que j’étais dans l’émotionnel et que elle-même niait le problème. Incompatible. Elle m’a engueulée parce que je n’avais pas prévenu qu’il avait fait une phobie, j’ai répondu qu’il n’y avait aucun rapport, on ne tire pas les cheveux des enfants. Je ne vois pas pourquoi à chaque instit, je devrais le signaler puisque c’était censé être réglé (et non le suivre jusqu’à la fac) et que malgré une instit loin d’être géniale, il avait réussi son année ; et que c’était de toute façon dans son dossier. Elle ne m’a pas répondu, c’est effectivement écrit.
Quand j’ai raccroché, j’ai pleuré pendant une heure. Oh un jour, je gérerai les conflits. Ou alors, dans une autre vie peut-être..

Demain, mon mari va rencontrer l’instit. Tranquillement. La remercier parce que Prince sait lire, elle a fait du bon travail. Lui expliquer que nous sommes nous, contre la violence, contre la fessée, contre les cris. Contre tirer les cheveux d’un enfant. C’est tout. Je souhaite de mon côté, si demain le RV se passe bien, que Prince puisse venir dire au revoir à sa maitresse, pour que l’histoire soit close, que personne ne reste sur ce retrait de l’école, ou sur un échec. Fermer la porte correctement.

N
ous reprenons le chemin de l’IEF. L’école à la maison. Avec je l’espère cette fois, une plus grosse réussite me concernant ; Prince lui, avait pris de l’avance sur le « programme », mais moi j’ai terminé en dépression et je ne peux, ne veux pas revivre ça. J’ai besoin d’exister, j’ai besoin d’écrire, j’ai besoin de me reposer. De faire face à ma maladie, de me faire aider, de voir un spécialiste, combattre ma somnolence permanente. Reprendre en main ma vie.
Si Hibou souhaite aller à l’école, il ira. Il fera son expérience. Ça lui conviendra peut-être parfaitement, ce sont deux enfants différents. Et puis un jour, nous aurons soit l’argent pour une école Montessori ou assimilé, soit nous trouverons une école avec plein d’instits formidables.
En attendant, j’écris des lettres où je ne tutoie pas, à la Mairie, à l’EN et à notre désormais ancienne école.
J’ai cru mettre mes enfants à l’école et avoir du temps pour moi, ça ne se fera pas. Ce matin nous avons fait du « cahier », comme on dit chez nous, il a travaillé ces lettres et plein d’autres choses, il est parti ramasser des orties avec son papa, on a avancé pendant que Hibou jouait dans un coin. Cette après-midi je pensais souffler, mais j’ai enchainé avec Hibou. En toute logique. Chacun son temps. Je me demandais comment je gèrerais deux enfants en IEF, ils m’ont donné eux-même la réponse.
Le dessin-animé va être mon Dieu, 1h20 de repos sans enfants, jour après jour. C’est maigre. Je suis si fatiguée.. j’ai peur d’échouer à me protéger.

spontane

Photo au portable

4 commentaires

  1. Non mais c’est quoi, ces instits ?

    Tu vas me trouver d’une naïveté confondante, mais si on a besoin de tirer les cheveux des enfants pour les réprimander, c’est qu’il faut absolument faire un métier où on est PAS en contact avec des enfants, bordel.

    Dieu sait qu’on a pas la même perception / appréhension de l’école standard, toutes les deux, mais je ne vois pas comment « te donner tort » ou minimiser ce qui s’est passé, franchement…

    Je ne m’inquiète pas pour les enfants, parce que je sais que tu leur fera du bien. Mais je m’inquiète pour toi, pour ton repos (pas juste au sens faire la sieste). On va dire que c’est un signe de plus pour le déménagement ?

    (Parce que je jure qu’il y a des enseignants et des écoles pour qui tirer les cheveux des enfants, c’est pas possible…)

    1. Oui, c’est un signe de plus pour le déménagement. On ne peut pas rester aussi isolés, peu importe de qui/quand/comment mais nous devons absolument nous rapprocher de personnes qu’on connait/aime. Avec un impératif de loyer bas, du soleil, un travail pour LeChat et la cerise serait une école publique avec des instits formidables. Je ne doute pas qu’il y en ai, je doute juste un peu parfois, de les trouver. C’était mine de rien, notre troisième essai.
      Je m’attendais tout au long de la scolarité, à devoir expliquer aux enfants ce qui nous, nous gêne par rapport à l’éducation que nous donnons, mais je ne m’attendais pas (ou ne voulais pas m’attendre ?) à trouver encore des instits qui en passent par la violence physique.

      Tu sais, même en voulant un autre type d’école pour mes enfants, Prince était dans une école standard, je ne me ferme pas 😉 Je souhaite juste du respect, en plus de l’instruction. Quand je vois que la directrice ne saisit pas le problème, ça me laisse perplexe..

      Moi aussi je m’inquiète pour moi. On va passer par l’IEF parce que là tout de suite c’est tout ce qu’on voit comme option, parce qu’on n’en peut plus, parce qu’on a un enfant à rassurer. Pour la suite.. on verra. Je vais suivre le programme du CP (c’est facile, j’ai déjà les cahiers/livres, j’avais acheté en avance par rapport aux demandes de Prince à l’époque), et puis on verra pour le CE1. La vie peut être pleine de surprise 🙂

  2. Ohlala, elles existent vraiment, ces pratiques ? Je croyais (naïvement ?) qu’elles avaient disparu avec la fin des années 70. Bon les cris tétanisants, j’ai connu avec mon père, mais jamais avec mes profs même quand ils étaient mauvais. J’ai pourtant été dans des écoles isolées de campagne, à l’ancienne, où un prof assumait quatre classes de cinq élèves chacune sans jamais vivre ça. Je ne sais pas comment j’aurais réagi si mon fils avait vécu la même chose. J’ai beau être également nulle en gestion de conflit, j’aurais peut-être perdu le contrôle. C’est simplement scandaleux. Pas besoin d’être au courant des pédagogies alternatives et des derniers travaux sur le sujet pour comprendre que tirer les cheveux d’un gamin ne peut pas l’aider à progresser et que s’il faut vraiment donner des punitions (et le principe de la punition comme de la ligne à recopier se discute) celle-ci n’est de toute façon pas adaptée à son âge. Je n’avais pas trop confiance dans les écoles publiques, sans avoir les moyens de payer une école Montessori, mais j’ai été rassurée en voyant le programme et la maîtresse de mon fils en petite section. Face à ce témoignage, je redoute la suite, à tort j’espère. Je reste sure que nombre d’écoles sont meilleures que celle-ci et que tu peux garder ton temps libre en inscrivant ton fils ailleurs. Bonne chance, en toute sincèrité et sans ironie, en attendant… J’espère que ça va s’arranger rapidement.

    1. Heureuse de te relire (ici, mais sur ton blog surtout) 🙂

      J’ai connu quelques instits comme ça, dont une qui tirait mes couettes et donnait des gifles. Ça a rendu ma mère folle de colère, elles se sont hurlées l’une sur l’autre dans le couloir et ensuite l’instit n’a plus jamais fait ça sur moi (mais sur les autres, ça a continué). Elle me jetait des regards noirs en classe, et ne s’occupait pas de moi. De mon point de vue personnel, j’avais simplement la paix ^^

      Nous manquons de chance je pense, déjà, avec les divers instits que nous avons eus. Ensuite nous sommes tellement dans la pédagogie bienveillante que tout nous atteint : chantage pour faire taire, cris, colère, manière d’enseignement (l’actuelle instit terrorisant les enfants pour que tout soit parfait).

      Nous avons trouvé une école publique très chouette (méthode freinet sur toute la primaire), c’est assez inespéré. On devra déménager là-bas, ça a l’avantage d’être dans le sud (chaleur/soleil pour moi). On va voir à les rencontrer et on verra 🙂

      Tout est une question d’enseignant, toujours.

      Merci pour tes mots 🙂

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