Il suffit d'un mot

Une minute de silence

Your Soul by Ibrahim Maalouf on Grooveshark

Je me situe difficilement dans le temps. Il y a comme un décalage entre ce qui est, ce qui existe, ce qui m’entoure.. et moi. Je prends l’ampleur de l’horreur de cet attentat très lentement. Quand je suis arrivée devant l’école pour récupérer Prince, ils faisaient une minute de silence, les enfants en ronds, et les larmes me sont montées dans une tristesse infinie.
Nous n’avions pas prévenu Prince. Mon décalage avec le monde, la solitude dans laquelle j’ai appris les meurtres, ma bulle protectrice depuis le Québec, l’enfant qu’il est, LeChat qui est arrivé au moment du repas puis des couchers des enfants.. tout a contribué à un silence involontaire sur ce qu’il s’est passé. Je n’ai pas pensé qu’à l’école, il l’apprendrait et qu’il faudrait l’y préparer.
Il est sorti et sans me regarder il m’a demandé « Ils sont morts, marraine et Noir ? ».
Mes larmes sont revenues dans une vague profondément triste. Il n’a pas prononcé le nom de sa cousine. Trop violent, sans aucun doute. Je l’ai rassuré et je m’en suis voulue d’avoir oublié de le prévenir de ce qu’il s’était passé. Toujours anticiper.

Blanche me disait la terreur de la communauté arabe, dans sa ville, le deuil dans lequel ils sont tous plongés, si proches du lieu.

J’ai médité hier soir.
J’ai fermé les yeux, je n’ai eu le temps que de fermer les yeux et je me suis fait happer par une vague immense de solidarité qui allait tout dans le même sens. Il n’y avait aucune dissonance, je n’ai ressenti aucune haine, simplement un immense courant de pensées, de sympathie, de tristesse. Tout allait vers les morts, Charlie Hebdo, l’attentat, le soutien.
J’ose un peu l’espoir que ce courant unique perdurera.
Juste un peu.

vriesea

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