Elles ne disent rien. Je suis arrivée jeudi, depuis ma bulle protectrice québecoise, lors de la minute de silence, et je suis repartie avec mon fils qui pensait son oncle et sa tante morts et qui n’a plus dit un mot ensuite. Je n’étais disponible pour personne du monde autour, je ne sais pas si j’ai croisé quelqu’un que je connaissais, une maman venant chercher un autre enfant silencieux. Depuis je croise des mamans et nous parlons du Québec, du sommeil qui manque, de leur inquiétude à ne pas nous voir lors de la rentrée. Nous évitons consciencieusement le sujet des attentats, les unes et les autres. Nous savons dans un fond de sursaut réaliste, que nous ne pouvons pas. Une parole malheureuse ruinerait la cohésion devant le portail de l’école, et personne ne le souhaite. Je suis dans une ville qui tremble de perdre ses enfants, terrifiée par les banlieues qu’elle n’a pas, et qui cible facilement une communauté en particulier.

Nous n’en parlons pas. J’aime d’autant plus ces personnes qui ont compris qui j’étais, sans que les mots soient particulièrement posés ces deux dernières années. Nous gardons la douceur et restons ensemble. C’est pour moi cela, ce Je suis Charlie qui a fleuri en réponse à la sidération, être ensemble à pleurer, tous, sans que les pensées viennent parasiter la douleur.

Je reste très éloignée de la tragédie, très en retrait, toujours dans une bulle de douceur. LeChat est plus atteint, il a la télévision à son travail et a donc été très immergé malgré lui. Je me suis retirée des réseaux sociaux, j’y passe de manière sporadique dans un but précis à chaque fois et puis je repars : je ne veux pas être dans l’horreur. Je pleure avec le monde les morts de Paris, je pleure ceux du Nigeria, de la Syrie et de la République centrafricaine, je pleure sur les gens qui tuent je pleure sur les gens qui meurent.

Je n’irai pas à la Marche.
Mais je pleure en moi, ce monde qui reçoit tant de haine et de balles, je pleure sur le questionnement posé du Front National, sur les politiciens qui oublient peut-être qu’ils sont des êtres humains avant l’argent : nous avons tous notre place dans les larmes. Pleurons et puis écoutons-nous : ensemble.
Je ne comprends pas le mot républicain, je ne comprends pas le mot français, je ne comprends que l’humanité.

ensemble je suis Charlie

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