Une seule vie

Une seule vie

Nara by alt-J on Grooveshark

Ce matin de janvier miroir d’autres matins j’ai retourné une phrase pour l’écrire là, devant mes yeux.

On a qu’une vie.

Elle me l’a dit avec un grand sérieux comme si elle me disait mais tu attends quoi. Elle ne me tutoie pas parce que la distance nécessaire mais l’effet était là. Ce qu’elle me disait c’était de repartir pour vivre ma vie, au Québec que j’ai tant aimé. La phrase depuis ne me quitte pas. Je n’ai qu’une vie. Il y a le Canada, les voyages, les mots, les histoires, le dessin, les livres, la couture, la photo, le sommeil, la guérison, la vie, la respiration, la musique, la montagne, la maison indépendante,.. je n’ai que ma vie et plus de choses à y mettre qu’elle ne peut en contenir (ça, que je n’ai pas encore discuté avec Pôle E., qui aura une idée toute faite désespérément différente de la mienne et rajoutera son petit grain de folie, et que je ne m’inscris pas faute d’angoisse liée à une non-recherche évidente au vue d’une santé non reconnue défaillante. Je songe à leur dire que j’écris.).

Hier j’ai dit priorise à une maman et puis elle m’a envoyé ses mots à lire et vraiment je me suis demandée où étaient les miens et ce que j’attendais. Une maman attend la mort sous ma plume parce que je n’ai rien d’autre à lui offrir que la délivrance et je prends trop de temps, je tourne autour, j’attends qu’elle se laisse écrire pour que l’enfant souffre. L’ombre d’un homme attend de se trainer jusqu’à une bibliothécaire qui se croit folle. Des griffes terrifiées vont se faire arracher si elle ne fuie pas. Je suis torturée d’histoires. Alors j’ai changé le lieu, et il rouvre, l’espace de mots rouvre. Avec un mot de passe, parce que je n’assume pas complètement : rien ne sera terminé, les mots seront balancés, il me faut essentiellement le concept de l’écriture et l’entrainement journalier. Si vous me demandez le passage, vous vous engagez à donner votre avis, constructif. Et j’en ai besoin. Le lieu ne peut accepter le silence, je dois savoir où vont mes pas, ce que vous aimez et n’aimez pas, ce qui se doit d’être amélioré. Le nouveau texte est en attente d’une certaine satisfaction de ma part, et puis je publierai, et puis je vous attendrai. Je vais me sentir enfant, lorsque j’attendais d’être choisie dans une attente interminable pour avoir le droit d’être dans une équipe qui ne voulait pas de moi. Torture

Je vous le dis qu’il rouvre, parce que sinon je vais rester torturée de mes histoires et que les mots ne couleront pas et que ma seule vie aura été gâchée par l’inquiétude de ne pas réussir, l’angoisse de ne pas être allée au bout. L’insupportable nécessité d’aller au bout.

Rappelez-moi d’écrire, à chaque minute de cette seule vie.

Vous n’avez pas idée de ce que cela m’a demandé d’envoyer ce post. Une déchirure d’instant

cacophonie d'arbre