Naked Spirit (featuring Djivan Gasparyan) by Sainkho Namtchylak on Grooveshark

Elle m’a appelé pour aller au parc, et c’était vraiment une chouette idée avec ce soleil et cette presque chaleur qui nous enveloppait. Il faisait 8°C quand hier il faisait -12°, si on peut m’expliquer.., et j’avais la douce sensation que le printemps s’installait. C’est lorsque j’ai enfilé mes vêtements que j’ai regretté d’avoir dit oui, quand j’ai senti les épaules bouger indépendamment. J’ai retenu les larmes la douleur et la colère, j’ai ravalé ce que je pense ne pas être son rôle et Prince a pris un petit sac à dos pour porter le gouter.

J’ai fait la bêtise d’accepter de passer ensuite chez elle simplement parce que c’est sur ma route. Il est pourtant évident que rentrer était la solution la plus sage, et que retenir le gros chien qui léchait sinon le visage de Hibou terrifié et paniquait complètement Prince qui m’escaladait, n’a absolument pas aidé mes articulations. J’ai souffert, et ça s’est vu quand j’ai du remettre mon manteau. J’ai gentiment écouté le moi aussi j’ai mal au dos, tout à l’heure j’ai pas pu porter mes courses, la bonne éducation parfois pèse lourd dans l’écoute même si je conçois bien qu’il a un gros problème avec sa hanche depuis quelque temps. Sans vouloir vous offenser, ne dites jamais à quelqu’un qui souffre d’une maladie incurable et particulièrement douloureuse depuis son enfance, que vous savez ce qu’il vit surtout quand ça fait quelques semaines ou mois que vous galérez. C’est faux et je m’en tiendrai là. Par politesse. Parce que même si j’ai laissé trop souvent et par habitude, les gens ramener à eux leur souci de santé ou du moment, je suis moi, de temps à autre, une personne sensible, fatiguée, épuisée et je veux bien de l’écoute les très rares fois où j’en demande.

Je suis au-delà. Je suis dans l’après, ce contre-coup d’une grande violence quand la douleur a cessé d’émettre. Je vais certes mieux, mais je suis dans un espace hors temps où le choc physique et émotionnel dirige mes pensées. Mes articulations qui ne me torturent certes plus dans une intensité insoutenable cette fenêtre a de la chance d’être au rez-de-chaussée parce que prendre la peine de l’ouvrir pour sauter aurait été trop difficile, mes articulations sont malgré tout omniprésentes. Elles grincent. Elles ont peur. Mon corps est en attente malgré moi, de la torture qui a cessé d’être.

Pour les quelques qui ont demandé, je vais mieux j’en suis certaine. Je crois juste être en colère. Peut-être que ce soir, je n’ai que la colère pour tenir, encore et encore, faire face à la crispation intérieure due au choc de la douleur. Je ne sais pas. Je sais juste que je voudrais être entendue dans mon épuisement face à ce quotidien.

La colère tient la descente aux enfers en respect. Elle freine l’incommensurable fragilité, la mise à nue de ma voix dans mes nuits. Cette journée de colère refoulée porte le deuil d’une vie quotidienne comme la votre, avec vos souffrances, vos angoisses, vos problèmes. J’ai parfois ce besoin de m’identifier à vos regards pour ne pas mourir de cette douleur qui me submerge et m’achève, parce que ça brûle et vient me chercher loin, parce que vous êtes trop loin. Lire la souffrance ne vous lie pas à elle. J’aimerais me contenter de la lire. Je voudrais avoir la grâce des mouvements fluides quand vient le soir et que je me déshabille sous son regard. Je voudrais que ses mains qui m’aident parfois à retirer le tissu, ne soit que pour la jouissance de mon corps.
Que sur mes vieux jours, il n’y ai que la douce lumière filtrant à travers le feuillage d’une forêt. Pas des murs blancs.

cailloux feuille

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6 Comments:

  1. Grr Méchant Grr

    La colère consume la vie sous couvert de survie. Je pense qu’il y a d’autres biais ; à chacun d’en trouver un qui lui convient.
    En tout cas, tu sais où me trouver en cas de besoin d’écoute.

    1. Je croyais en avoir fini avec la colère, mais en fait non ^^’ Je retrouverai le chemin pour en sortir, je l’ai après tout déjà fait..
      Merci, pour tout. Ton mail m’a touchée si profondément que je prends un peu temps pour répondre 🙂

  2. Cette fin de texte est d’une plume exquise, cruelle mais si belle. Tu progresses drôlement, dis ! Câlins pour le reste.

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