Oublier la ligne du sens

coquelicot fermé printemps

Le printemps est une promesse ouverte. Le soleil s’infiltre par les fenêtres, le monde s’illumine de mille couleurs.. on pourrait presque croire à la chaleur de l’autre côté de la vitre. Il fait froid pourtant encore ici, mes pieds gelés se plairaient aux rayons de soleil plus chaleureux que ce qui nous est offert. C’est là que réside toute la promesse : le ciel bleu, les arbres en fleurs, les oiseaux qui viennent pépier dans le lilas et le pommier, les pousses vertes dirigées vers l’azur, les traces de nuages qui s’effacent.. Le printemps chuchote la sérénité qui s’installe. La vie offerte.

Private light by Ladylike Lily on Grooveshark

Le matin me voit matinale, la lumière me réveillant bien trop tôt à mon gout. Mes nuits me semblent courtes, parallèlement elles me semblent également plus profondes. Je ne m’endors toujours pas avant qu’une heure indécente n’ait sonnée, aidée parfois par des genoux douloureux qui ponctue les pensées indésirables qui finissent par fleurir. Le plus souvent, j’effleure l’endormissement deux heures durant et lorsque mon corps se tourne pour changer de position je me rends compte que je ne dors toujours pas. Je suis restée à la surface brumeuse, incapable de me rendre plus loin.

Est-ce un effet du printemps ? Prince nous a demandé il y a quelques semaines de lui couper les cheveux et c’est ainsi qu’il a perdu son auréole magnifique, et son doudou : il ne peut plus tourner les mèches de ses boucles entre ses doigts. Les deux premiers soirs ont été difficiles et quelques sanglots ont ponctué son sommeil. Le troisième soir fut plus serein et depuis nous n’en entendons plus parler. Hibou à son tour, sous l’impulsion d’une phrase bien malheureuse à l’école, a décidé par deux fois de couper ses superbes longueurs. Ce matin il était fortement décidé et nous attendons un petit peu, que ce ne soit pas un coup de tête, qu’il soit certain de ce qu’il souhaite. Je crois que bientôt, je n’entendrais plus « quelle belle petite fille » – hier encore le commercial d’Orange à notre porte « Bonjour mademoiselle » avant de s’apercevoir que l’enfant nu ne pouvait pas non, être une fille – et comme cela ne m’a jamais atteint et que le plus souvent je ne prenais même pas la peine de rectifier, je crois que d’une certaine manière, cela va me manquer : son visage encadré de ses cheveux longs me plait tant que le reste du monde n’avait aucune prise.

Sans doute aussi, la promesse d’un voyage qui se profile, la vie en filigrane, les rencontres à venir dont je n’ose encore parler de peur que tout ne s’effondre l’inquiétude sournoise d’une appendicite que je refuse pour les jours qui viennent.

Dans cette verdure qui explose et ce soleil qui commence à peine à me réchauffer les membres, je sens entrer une certaine sagesse : l’apaisement. C’est étrange comme les deux mots se sont liés en moi, comme une évidence. Je me recentre sous une chaleur que je ne fais que deviner. Je suis ces jours-ci, une bien meilleure maman, tellement plus douce. Je m’éveille avec la nature. herbes fleurs printemps Les enfants sont plus serein eux aussi, je crois que je leur laisse un espace plus juste d’indépendance, de liberté d’exister sans mes barrières, sans moi. Sereine, je m’implique moins émotionnellement dans les conflits.
Peut-être de là, m’est venu cette sensation si forte hier, d’être entre mes rêves chuchotés. D’avoir oublié où poser mes pas.

La tourterelle que nous avons recueilli mange désormais seule, et ses ailes cherchent la liberté. LeChat l’emmène parfois à l’intérieur de la maison, sur son épaule, à la grande joie de toute la famille. Elle semble proche si proche de voler.. Nous avons tous grande hâte de la voir agiter ses ailes sans retomber. Nous continuons en attendant, de la protéger des chats en quête de repas. Sa présence attire un jeune merle, il lui tourne autour avec une curiosité qui semble insatiable. A quoi songe-t-il ce merle.. Les moineaux semblent plus calmes également, moins enclin à s’envoler dès que nous faisons un mouvement, comme si la présence de la tourterelle les apaisait : nous ne les mangerons pas. Jamais immobiles, leurs petites têtes se penchent et nous observent prendre soin d’un oiseau trois fois plus gros qu’eux.

Je m’appuie sur le silence, sereine.

J’aime la vie. La mienne.
 
 

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