Il suffit d'un mot

Les vacances, c’est plein de dimanches alors ?

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La tempête soulève la poussière sur son passage et elle se redispose au millimètre près au même endroit. Je perçois son tressaillement comme un mouvement de fuite. Je tournoie et je nettoie et je fais tout et je fais trop. J’échappe à internet, j’oublie le clavier et je crois que je veux vivre ainsi, loin. J’ai des ailes sous les pieds et je le sais que bientôt elles vont se briser. Déjà les genoux déjà les poignets déjà tout insiste lourdement sur la chute. Mais il y avait ce chaos indéfinissable, ces sacs emplis pour les deux prochaines années et plus encore puisque le deuxième enfant, et je ne pouvais pas. Je ne pouvais pas. Je ne suis certes plus maniaque mais je ne supporte pas longtemps la pagaille pleine et entière qui a une vie propre. Le chaos, silhouette sombre et vivante qui grignotait notre espace, brouillait les pensées cohérentes, a cherché à m’engloutir. Alors. J’ai lavé, séché, rangé, et j’ai constaté que si les sacs s’étaient finalement vidés et le linge plié dans les bons placards, je ne pouvais décemment pas en conclure que ma maison était rangée.
Trois jours de ce régime fou, et ma maison ne sait toujours pas se tenir droite : la table de couture, malgré de grands soins apportés, s’obstine à déborder de tissus et de fils, la salle de bain s’est déplacée jusque dans la cuisine, notre chambre ressemble à un vide-grenier et celles des enfants parlent toutes seules.
Je resterai à jamais une piètre femme au foyer, c’est dit.

Je parle enroué. Je parle rouillé peut-être. Je parle aussi peu que nécessaire, j’attends l’extinction de voix, celle qui me rendra à un pur état méditatif. Je l’attends tellement qu’elle me déçoit, semble s’échapper. Je suis sur ce fil entre deux mondes, entre le silence et la note rayée. Et je ne sais pourquoi, cet état particulier me pousse au silence avec les doigts. Une certaine timidité qui s’installe, flirtant avec un énorme besoin de me recentrer. Je donnerais beaucoup pour une retraite au Népal.

LeChat a repris le travail et je suis seule avec l’enfant, celui qui a laissé quelque part hier un biscuit sur le sol de sa chambre. Comme une seule âme, vingt fourmis sont venues au festin et c’est un peu dégoutée sur la chose grouillante si proche de mes doigts que j’ai jeté le gâteau beige et noir-mouvant dans le compost du jardin. Les vacances, c’est plein de dimanches alors ? m’a demandé Hibou, désespéré de ne pouvoir aller à l’école. Sans son frère il s’ennuie. Le froid m’empêche de le sortir, le parc est décidément trop éloigné. Existe-t-il encore ?

Hibou a pratiquement récupéré son visage et son œil. Il dégonfle si doucement que si l’étudiante de l’hôpital ne nous avait pas dit cela va prendre du temps, je crois que j’aurais eu peur.

J‘ai reçu samedi matin, le seul magazine pour lequel je m’autorise l’achat, Peps. Et ce qui est extraordinaire, c’est que j’ai commencé à le lire. Je tairai puisque ma voix m’échappe, la non-lecture dûe à un manque de temps terrible, de la moitié des précédents.
Tout au plus murmurerai-je qu’il me faudrait à moi, beaucoup de dimanches pour cela.

 
 
 
 

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