Le sens est un autre

hiver

Lorsque je suis revenue de nos cinq jours d’absence, quelques surprises nous attendaient dans le jardin : le pommier et le lilas étaient en fleurs, des plantes inconnues poussaient dans l’ancien jardin, le groseillier faisait des fruits, le blé dépassait du cadre..
Ce que je garde de cette magie extraordinaire du printemps qui s’est invité malgré un refroidissement soudain, c’est cette odeur merveilleuse qui embaume joliment la chambre lorsque j’ouvre les volets. Le soir tombait hier et l’on voyait à peine l’ombre des arbres ; j’ai appelé LeChat et ensemble nous nous sommes emplis de ce parfum entêtant à s’en tourner les idées.

J‘ai planté mon premier fraisier, celui que dans ma fatigue j’avais tranquillement oublié dans son carton. J’ai attrapé le premier outil que mes yeux ont vu dans le jardin – une petite pelle bleue pour le sable – je n’ai pas vu d’araignée et je me suis occupée avec beaucoup d’amour de ce petit plan tout en fleurs et promesses pour une autre année. Bientôt, dans l’enclos abandonné du lapin, nous aurons un petit jardin en carré. Non pour l’amour de la forme bien contraignante par ses règles très précises qui m’exaspéreront c’est certain mais pour rehausser le tout, que le soleil puisse donner aux plantes tout ce qu’il a de caresses.
Maintenant que nous savons que nous allons partir, on peut bien s’occuper de ce petit bout de terre. Je désespère parfois de notre logique.

Je continue ma quête de non-sens. Je trie, je jette, je pose pour donner, je range à une place – il n’y en a jamais de bonne sinon celle décidée arbitrairement – je continue ce besoin de vider, peut-être parce que j’ai tant fait rentrer de vêtements pour les enfants la semaine passée, peut-être parce que l’avenir différent. Il faut bien cela, l’on doit bien songer à. La vie ne se fera pas seule et je voudrais bien laisser derrière-moi pour une fois, tout l’inutile. Je continue de tournoyer, de m’épuiser, et j’alterne le coma puis les douleurs, le coma et les douleurs. C’est que tant que je bouge je suis vivante, mais quand je ne peux plus ? Quand j’agonise sur le lit ai-je encore en moi un brin d’existence ? Je sais que je bêtise, pourtant je continue.
Demain mes beaux-parents, alors demain je pourrai toujours pleurer si elle m’agresse – car elle ne va pas bien et le terrain est tout indiqué pour une agression – je ne sais pourquoi c’est mieux que de pleurer sur moi. De moi-même.

J‘ai froid si froid, je me réveille la nuit et cherche son corps chaud pour m’y blottir, me réchauffer. Je pourrais geler sur place, blanche et sans vie, qu’il n’y aurait pas grande différence. Dans le jardin le soleil réchauffe légèrement, à peine en vérité. Je glaçonne.

Mes mains ont lâché, et en voulant rattraper l’objet devenu anguille – cela pouvait pourtant bien tomber – l’ongle s’est retourné, laissant s’échapper des gouttes de sang. Cela m’a presque autant énervée que de devoir m’allonger après avoir passé l’aspirateur : cela n’a pas de sens.
Je trouve, puisqu’on en parle, que le mot « unguéale » a une consonance magnifique. Peut-être parce qu’il est implaçable dans une conversation.

Ne pouvant photographier mes arbres en fleurs, je dépose une photo d’hiver.
Évidence du sens.

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