Il suffit d'un mot

Un soir à oublier

forêt arbres alignésLes doigts vont bien, ils écrivent un monde passé depuis si longtemps que je ne sais plus à quel moment il a mal tourné. Mais ils vont bien, je m’attendais à être immobilisée tellement de temps que je me rebellais et puis je crois que je ne me rebelle plus et que j’ai mal seulement de temps en temps. Je m’habitue à celle en filigrane qui s’est installée dans le poignet, celle qui impose l’atèle pour ne pas perdre ma précieuse autonomie. Même si souvent j’arrache, il fait si chaud entre le tissu et la peau, si chaud.. Alors j’écris le froid, le corps mort à la fin de ce qui a mal tourné même si je ne sais plus quand ça a commencé, ce froid. Les gens meurent bien avant de ne plus respirer. Il n’y a rien d’autre à faire que vivre vous savez, rien d’autre à faire. Je songeais que c’était parfois si difficile, juste ce moment intense de respiration entre l’air et nous, qu’il y avait besoin de l’écrire. Alors j’écris ce qui a mal tourné avant nous, avant la première respiration de ces ancêtres, tous alignés, qui ne savaient pas respirer. C’est une vague de mémoire qui lance un appel, un hurlement qui s’agrippe. Je n’en ferai sans doute rien et je ne vous le montre pas ou alors un peu, c’est venu sous les doigts, et ce n’est pas bon mais l’important n’y est pas. N’est-ce pas ? L’important n’est jamais là.

˜

C’était un soir à oublier de respirer. Peut-être qu’on pouvait tout inverser, chercher une voix sans parler, défenestrer les portes fermées, ouvrir toutes ces gouttes d’eau de trop, respirer à l’envers. Peut-être qu’on pouvait regarder droit dans les yeux le bout incandescent de sa clope jusqu’à ce qu’il tombe en cendres. Peut-être qu’elle n’était pas partie sur un bout de cendres sur la moquette.
 
 

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