Il suffit d'un mot

Le silence loin en moi

coquelicot plié

 

J’ai installé le casque sur mes oreilles et j’écoute la musique qui me coupe de mes enfants. Je n’en peux plus. Mon besoin de silence dépasse d’une manière des plus affolantes, ma capacité à être maman. Donnez-moi une arme et je promets, je promets de frapper avec. Je pourrais hurler que cela n’y changerait rien, ils sont au-delà de l’écoute et je suis au-delà de moi. Ils courent, hurlent, claquent des portes, empêchent l’autre d’entrer, s’arrachent les jeux, se bousculent, se font mal, refusent de manger, refusent le bain, refusent d’aller dormir, refusent refusent refusent.. ce sont des enfants. Je ne sais plus être maman, je ne sais plus.

La musique m’emplit, me soulève, m’enlève, elle m’isole et me rend à moi-même. La musique est mon silence. Et pendant que je m’écoute dans les notes qui s’envolent, je ne crie pas. Je ne crie pas. Et je suppose que c’est la seule chose qui doit compter, ce retrait, cette mise à distance qui les garde en sécurité.

Je les aime. Quelque part au fond de ce moi terrassé, je les aime. L’évidence est telle que je ne devrais pas avoir à le rappeler, pourtant je sens qu’il me faut presque me convaincre de les écrire, ces mots.
Le froid et la pluie nous ont maintenu à l’intérieur, et la seule fois où nous les avons emmené au parc j’ai demandé à rentrer, incapable d’être dans l’instant présent, épuisée et douloureuse. Il me semble que des années se sont écoulées avec nous enfermés là dans la maison, et je veux en sortir, je veux sortir de ce cocon familial, je veux qu’on me sorte des cris de mes enfants, qu’on me sorte de toute cette douleur.

Je suis au désespoir d’être tant éloignée de mes amis, tant incapable de retrouver un lien proche ici dans cette ville la porte à côté le pallier à traverser, il me la faut pourtant cette tasse de thé sans enfants, ce silence qui l’entoure, cette paix intérieure d’avoir été écoutée d’avoir parlé d’avoir pleuré.

Que l’on ne me parle plus de jours fériés où je meurs.

 
 

 
 
 

2 Comments:

  1. Comme je te comprends……C’est tellement dur de les entendre se foutre sur la gueule. Je me suis souvent entendu crier, je dis bien « entendu » car je n’ai jamais décidé de le faire, cela a toujours été (et sera toujours) un triste constat que de me rendre compte que je n’ai pas maitrisé cet acte…Mes fils ont 2,5 ans et 4,5 ans, avec le printemps et les beaux jours, tout va mieux…Des bises de maman…

    1. C’est ça.. j’ai le même triste constat quand je crie.. Je suis heureuse de l’achat de ce casque rien que pour ce jour là : j’ai pu souffler, m’isoler (il y avait le papa pour gérer). Je vais garder cette idée en tête, pour les fois où je craque ^^
      Ici les beaux jours, comment dire.. c’est pas vraiment ça entre le froid et la pluie (trois ans que je suis là et que j’attends l’été).. Je regrette profondément le soleil du midi !

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