La vie en vrac

plage

 

Une odeur de mort. De deuil. Une odeur forte de tragédie m’a happée.
J’ai envoyé un message à ceux de mon entourage très proche, plus par sécurité que par réelle inquiétude ; j’étais certaine qu’ils allaient bien.
L’angoisse est montée, d’une violence inouïe. J’ai commencé à m’activer pour la mettre à distance : j’ai rangé les dessins et découpages de Prince, j’ai rangé sa chambre avec des mains qui tremblaient, rangé des bouts de la cuisine sans conviction aucune, et sur le linge que je pliais j’ai commencé à pleurer. La souffrance débordait, j’ai pleuré comme si j’avais perdu quelqu’un.. et puis j’ai contenu ces larmes incompréhensibles. J’ai remis à l’intérieur, bien en ordre, des émotions que je ne comprenais pas.
Mon corps a fait un deuil qui m’est inconnu.

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Il existe tant de livres à lire que j’en ai le tournis. Rajouter ce que je suis en train d’écrire me semble fou, irréel. Perdu, noyé.

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Devant le portail de l’école, une maman. Je l’entends souvent se plaindre de sa petite qui explore à ses pieds, le monde exaltant de ceux qui marchent enfin. C’est qu’elle bouge, c’est qu’elle pleure, c’est qu’elle chouine et qu’elle n’en peut plus, cette maman. Une fille, cette malédiction terrible quand elle savait si bien s’y prendre avec des garçons. Cette fille, cet autre elle-même qu’elle ne saisit pas. Elle me l’a dit, vous ne pouvez pas comprendre vous avez des garçons, mais c’est vraiment différent. Il est vrai que je ne comprenais pas cette aversion pour cette belle gamine blonde aux immenses yeux bleus, je restais dans l’écoute sans poser de questions pour que la blondinette n’entende pas davantage de réponses blessantes.
Ce matin, elle me disait sa grossesse et j’ai pleuré en moi cet autre qui n’est pas à mes côtés. Elle me disait ce malaise qui l’avait conduite à l’hôpital pour découvrir qu’elle était enceinte de six mois et demi, cette grossesse qu’elle n’a pas vue, pas voulue voir après une fausse couche. Et ce petit être, resté en elle que personne n’a vu. Elle n’a pas eu le temps d’accueillir l’idée qu’à sept mois, arrivait l’enfant.

La blondinette cherche sa place. Une place dans une fratrie de deux autres enfants désirés, une place dans une famille où elle est arrivée trop vite sans préparation, une place auprès d’une maman qui ne l’a pas vue et qui ne veut pas de fille, une place sans l’être double qui l’accompagnait.
La blondinette, elle pleure beaucoup, s’accroche.
Je crois qu’elle veut à tout prix ne pas disparaitre.

Je voudrais bien lui dire qu’avec les yeux qu’elle a, elle ne peut pas disparaitre. Qu’elle ne peut que faire s’accrocher les autres à elle.
Je ne peux que lui sourire.
Quand elle me voit du bout de la rue, elle tend le bras pour signaler ma présence. Et toujours, toujours, elle me regarde quand elle pense que je ne la vois pas. Avec ses yeux immenses et bleus. Elle ne le sait pas, mais. Elle ne peut pas, disparaitre.
 
 
 

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4 commentaires sur “4”

  1. Vos mots ne sont pas perdus et, si jamais ils sont noyés, c’est comme une bouteille qui flotte au hasard sur le web… Je suis bien contente d’être tombée dessus, parce que vos mots sont touchants… Et puis, faire exister cette blondinette aux yeux de qui ne l’a jamais vue, c’est quelque chose, tout de même !

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