branches fouillis

 

Dans ma boite aux lettres s’accrochaient des rayons de soleil violentés par le vent. J’y ai trouvé ma carte de donneur d’organes que j’ai enfin fait faire – elle attendait sur ma liste depuis quelques années, négligence terrible – l’occasion pour Prince de m’expliquer que d’abord il voulait vivre, et que seulement ensuite il voulait être enterré dans la nature pour que les fleurs et les arbres poussent sur lui. Dont acte.

J’y avais également un petit colis : j’ai passé une commande, moi qui n’achète que rarement quelque chose pour moi. Quelques huiles essentielles pour mes articulations, du rhassoul, un henné grenat – mes cheveux sont encore et encore trop roux ça en devient fou de ne pas trouver ma couleur – et du bois de Panama pour faire mon produit de vaisselle. Je joue donc avec mes petits achats, demain je saurai si ce bois a été un achat inutile ou non. Je gratifierai mes cheveux de leur nouvelle couleur lorsque celle-ci passera un peu, cela fera parler la ville – qui semble n’avoir rien d’autre à faire, achevez-moi.

J’ai du rassurer Prince toute la semaine, et puis ce soir, encore. Son cadeau de fête des mères, fabriqué avec l’institutrice (et une dépense personnelle demandée/imposée) n’est pas terminé. Elle s’est fâchée lundi, elle s’est fâchée mardi, mercredi elle a dit « j’ai effacé tant pis pour les retardataires », elle s’est fâchée jeudi et a fini par laisser repartir ce soir quelques enfants chez eux, comme ça. Avec un cadeau à moitié fait et un enfant plus défait encore. Il pleure pour des toutS et pour des riens, il est frustré, agressif facilement, fatigué. Je ne suis personnellement pas en colère, je suis simplement lasse. Il finira en se cachant dans la cuisine avec l’aide de son papa,et j’espère que cela soulagera sa peine.

L’écriture m’est revenue, douce, chaleureuse. Lente, aussi. Trois cent mots par jour me semblent ridiculement atteignables, je n’arrive pas à dépasser ce chiffre ou si peu – et cela m’agace. Aussi je réécris tout ce que je pose, je ne vais pas bien vite, forcément. Je suis à la fois dans l’écriture et la réécriture, ça ne peut pas avancer. Seulement je ne sais pas faire autrement, je ne sais pas continuer à écrire si je ne suis pas proche d’être satisfaite des mots précédents. Et puis lorsqu’une idée me vient j’ouvre un nouveau chapitre, je peaufine les mots, et puis je laisse ensuite en plan le temps de finir le tout début délaissé, et je rouvre parce que il y a aussi ça, et puis, ..C’est pénible d’être moi parfois.

Son regard éclaire les scènes d’une acuité nouvelle. Il y a plus de violence à décrire qu’à les vivre, je ne sais comment adoucir ce qui était enveloppé d’un voile. Je n’ai pas la pudeur de mes vingt ans. Je ne sais pas ce que je souhaite atteindre, ni ce que je souhaite faire revivre de ce que je veux inventer. Si je continue il sera plus vivant que lorsqu’il était à mes côtés et que je pouvais le toucher.
Je crois qu’avec les mots je pourrais tendre la main et.
 
 
 

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