Il suffit d'un mot

La fête des mères

La fête des mères, c’est pour ma grand-mère. Ça a toujours été pour elle. Quand un beau jour j’ai découvert la fête des grands-mères, j’ai trouvé ça parfaitement incongru. Et sans doute qu’il faut y trouver l’origine dans le fait qu’à six ans, j’habitais chez elle et que je n’ai pas vu ma mère pendant deux ans, exception faite de quelques journées. Les années qui ont suivi n’y ont rien changé, ma mère c’était elle. J’avais une quinzaine d’année quand pour la première fois les trois sœurs ont été réunies avec ma grand-mère, chez ma tante de Toulouse, pour la fête des mères. Ce jour là – j’étais en béquille déjà.. – j’ai pris conscience que la fête des mères n’était pas pour ma grand-mère, mais pour les mamans. Qu’elles étaient mères, toutes les trois. A leur façon.
J’ai toujours la photo, celle où elles sont réunies, souriantes. Foutu appareil qui fige les gens dans le politiquement correct.
Ce jour là j’ai eu les plus beaux fous rires avec ma grand-mère, de ces rires qu’on ne sait pas arrêter et qui font pleurer. Malgré cette prise de conscience soudaine de toutes ces mères dont j’étais entourée, je garde encore et encore, le souvenir d’une journée dédiée à ma grand-mère.

Ma mère n’a gardé aucun dessin de moi. Peut-être faut-il en traduire mon absence d’intérêt pour la chose, peut-être que je ne dessinais pas, que je n’aimais pas. Peut-être qu’elle ne gardait pas et jetait. Je me souviens d’un grand dessin au mur, peint à la maternelle, le reste a peut-être simplement disparu de ma mémoire. L’incendie a effacé ce que j’ai pu produire, de toute façon. Je crois aussi que j’offrais peu, trop intimidée, trop critiquée aussi.
Un jour ma mère a inversé les rôles, elle a fait les dessins que je ne faisais pas. A noël elle m’a offert une couronne mortuaire, et quand je lui ai dit pour son oncle elle m’a dessiné Blanche-Neige et les sept nains. Quelque part à l’intérieur, ma mère est cassée, sans repères entre ce qui se fait et ne se fait pas. Sa folie m’a détruite tellement longtemps que parfois je me demande ce qui m’est arrivé pour que je puisse en sortir. Cette mère m’a battue, envoyée en vacances chez un pervers, critiquée, mise plus bas que terre. Elle a joué de sa jalousie, de sa mauvaise foi, de ses mensonges, de sa paranoïa, du martinet pour me retirer tout esprit critique, envie de parler, envie d’exister.

Aujourd’hui c’est la fête des mères, et je n’ai personne à qui le souhaiter.
Alors parfois, je me tourne vers une personne qui pourrait l’être. Ma patronne, ma belle-mère, mon ex-belle-mère. Ça ne fonctionne pas bien sûr, je ne suis pas leur fille. Je grandis ou peut-être que j’ai abandonné.

Un jour, tout a été trop. J’ai fait le choix de prendre soin de moi, de m’aimer.

Aujourd’hui c’est la fête de ces hommes et de ces femmes qui ont eu le courage d’arrêter ces mères destructrices, dévorantes, castratrices.

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