Mes autres lunettes

montagne puy de dôme oxygène

 

L’oxygène arrive, dans un débit bruyant infernal. Il lutte contre mon épuisement, maintient mon cerveau éveillé. C’est comme une voix qui me répète inlassablement d’ouvrir les yeux. Et ça fonctionne, je ne peux dire le contraire, j’ai les yeux ouverts et les neurones qui se connectent de nouveau, le brouillard se lève. Ça fonctionne, mais ça ne tient pas la route quand je l’arrête. Je replonge. Je compte sur l’effet au long terme pour contrer cet effet qui me cloue allongée, sans possibilité de bouger un cil. Peut-être que je vais pouvoir arrêter de répondre « oui » quand LeChat me parle, oui à une phrase – oh j’étais d’accord je l’ai vraiment entendue – que je n’ai pas retenue plus de cinq secondes. Il est particulièrement difficile pour moi de le voir passer la porte pour se rendre au travail et de me demander ce qu’il vient de me dire. Vous n’avez pas idée de l’espoir fou qui pèse sur cet oxygène.

Je le teste en pleine crise, et même si j’en ai eu des plus grandes, des plus graves, il est indéniable qu’il y a un effet positif. C’est le paradis relié à une machine ronronnante – mais ce n’est malheureusement pas un chat.

LeChat, peut-être du fait de son métier d’ambulancier, n’a rien changé à son regard sur moi – j’ai réalisé soudain entre deux inspirations que ça aurait pu. Il m’aide simplement, quand je suis trop épuisée pour songer à faire venir l’appareil – l’extracteur – dans la bonne pièce, ou à trouver une prise – il va vraiment falloir une vraie rallonge digne de ce nom. Je n’accuse pas encore vraiment, je prends note du bruit, des lunettes dans le nez qui donnent un visage à la maladie. Je préfère m’axer sur la découverte du corps fatigué qui lutte contre l’effet de l’air qui lui arrive, et la possibilité d’être assise au lieu d’être allongée.

Les enfants n’ont pas la même réaction l’un et l’autre. Prince était déjà d’accord pour dire que j’étais malade – bien avant moi, vraiment bien avant moi – et il accepte ce fil qui va de la valise jusqu’à mon visage. Passé la première heure il a repris sa vie là où elle était, avec ses heures d’école qui lui pèsent. Pour Hibou, c’est plus compliqué à gérer. Il a fortement besoin d’être rassuré, il a perdu ses repères. Il me demande en boucle si je suis malade, si j’ai mal, si ça va pas, s’il peut tourner le bouton d’oxygène – ah tiens.. je suis à 5 litres j’ai la tête qui tourne ah ah – s’il peut rouler avec son vélo sur le fil, si, si, si. Ce n’est pas reposant, un enfant qui devrait être à l’école et ne veut plus y mettre les pieds, ce n’est pas reposant un enfant qui se prend de plein fouet une maman malade parce qu’il a toujours refusé que je lui en parle. Ce n’est pas reposant, mais peut-être que je vais pouvoir gérer, quand mon cerveau comprendra que l’oxygène ne va pas s’arrêter, que je respire bien et que ça sera la vie entière s’il le faut.

Ne me demandez surtout pas comment je vais gérer cet appareillage avec l’entourage proche, la famille, les amis. A part mal. Je n’ai jamais bien géré les regards, et j’ai un apprentissage terrible à faire. Pour l’instant je fuis la question, malgré l’arrivée prochaine de Blanche et de Chevalier. Je n’arrive pas à me projeter, je ne veux pas être malade dans le regard de l’autre. Déjà que le mien hein..
Une chose à la fois. La prochaine étape va être de dormir avec, et voir si cela modifie la qualité de mon sommeil, si je me réveille sans fatigue.

Je ne vous ai peut-être pas dit. Je cherche à remettre le monde à l’endroit, mon but c’est de repartir en randonnées 😉
 

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