Pensine

De la liberté à la dépendance – un souffle

coquelicot caché dans les blés
 
La vie est une danse et je la suis sur ses chemins. Elle l’avait dit, le plus possible douze heures si vous pouvez et j’avais pensé qu’elle exagérait j’en avais vu d’autres deux heures par jour et les autres savaient ce qu’ils faisaient quand même depuis le temps. Soit elle a pris la pleine mesure de ma maladie soit la pleine mesure de moi soit la pleine mesure de ce qu’est une journée normale, peut-être qu’elle sait comment on est quand la vie coule en vous et que les projets pleuvent dans la tête. Je suis en train de lentement accepter l’idée que à peine assise je dois me brancher à l’oxygène. Que c’est cela qui me permet d’être active ces jours-ci, que je serais sinon une larve abimée en fœtus.
Mais. Je suis de nouveau dans une vie autrement plus intéressante. Je lis et j’écris, je regarde une série et j’écris, je respire et je pense à écrire. L’oxygène m’apporte les mots, ceux qui arrivent à se former dans la tête et se posent sur le papier ou l’écran. J’ai l’impression de ne pas avancer, mais je crois que je ne l’ai jamais alors je vais me contenter de prendre ce qu’on me donne et écrire comme si j’y arrivais. Il faut croire que je réfléchis vraiment mieux, j’ai compris comment séquencer mon roman et ne plus m’éparpiller dans tout ce que j’ai à dire.

Blanche a souligné avec justesse que je retrouvais l’énergie de m’occuper de ce qui doit l’être, quand je lui parlais d’un mail. Et c’est cela vraiment, je retrouve l’énergie de me connecter aux personnes, petit à petit. A moi. L’énergie me revient par vagues et je la grignote de la même manière : je peux faire plein de choses puisque ensuite j’ai l’oxygène pour me faire remonter – ce qui n’est pas forcément la meilleure façon de vivre. Je vais apprendre à doser sans aucun doute.

Je suis dans une crise, une passe difficile. J’espère les beaux jours sans être branchée, être libre de mes mouvements ; trois mètres de liberté avec mon fil n’est pas la liberté, tout juste de l’esclavage.

Je crains par contre, la facture d’électricité. Beaucoup. La dépendance a plus d’un prix.

Ce matin nous sommes allés à la piscine, avant la chaleur écrasante et caniculaire. Et il fallait en profiter puisque les horaires d’été vont nous refuser les matins, la piscine ouvrira à 11h et nous pourrons ainsi brûler tout à loisir. Je hais celui qui a pris cette décision folle quand j’aime tant y aller tôt.
L’eau est vite devenue bien trop froide pour moi et je me suis allongée au soleil. Cachée sous mon peignoir polaire noir, j’avais sans doute une allure étonnante, la tête toute recouverte parce que je n’avais pas songé à mon foulard. Au soleil pour me chauffer certes, mais je ne comptais pas y griller ; même si maintenant il me faut plus qu’un simple rayon pour avoir une cloque, je reste très sensible. J’ai essuyé quelques regards perplexes. Si vous saviez les gens, comme je n’envie pas votre peau écrevisse et comme bronzer est le cadet de mes soucis..

Alors bien sûr l’épuisement est venu avant même d’avoir quitté la piscine mais j’ai mon remède miracle. Il ne fait pas tout, il n’éclaircit pas tout, je reste fatiguée. Il aide, il fait un travail fou dans mon corps. Mais il y a toujours ce bruit de fond vraiment tout au fond ce bruit si difficilement explicable – un acouphène dans la tête – qui me fait dire que rien n’est normal, que je pourrais être tellement mieux, tellement tout. Ce petit bruit.. J’aurais appris une chose dans ma vie, la fatigue – la douleur – fait du bruit. Et ce n’est pas le son le plus agréable qu’il m’ait été donné d’entendre.

Je vais indéniablement mieux, mais je reste très fatiguée.
Je suis par dessus tout partagée entre le soulagement d’avoir ces instants de grâce et l’angoisse de dépendre d’une machine pour me sentir vivante. Il y a là quelque chose de particulièrement difficile à encaisser – et je ne m’y attendais pas. Et puis. J’ai l’impression d’être d’une grande ingratitude alors que je ne souhaiterais revenir en arrière pour rien au monde.. ce n’est pas évident.
 

L'Ambre des arbres coulent dans les veines des forêts, ils regardent les fées s'activer autour des humains et le monde meurt de son aveuglement. (Jamais les mots ne disent ce qu'ils pensent.)

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