La confiture de ma grand-mère

confiture groseilles
 

Ma grand-mère ne m’achetait jamais de bonbons, de jouets ou de je-ne-sais-pas-ce-qu-achetent-les-grands-mères. Pas même à Pâques, des chocolats des œufs des poules ou des lapins. Noël a toujours été succin, et mon anniversaire.. ben c’était un anniversaire, et j’étais déjà bien contente qu’il y ai un gâteau même si je le partageais avec ma mère – caprice du calendrier.
Je n’ai jamais été gâtée, pourrie, mais j’ai été aimée plus qu’aucun autre enfant dans cette famille à l’envers. Un amour profond qui m’a construite à l’endroit, étrangement. Un amour à l’odeur de confiture.

Dans le jardin nous avions des cassissiers, des fraisiers, deux cerisiers, et puis des groseilliers, des fruits partout, vraiment, il n’y avait que ça. Nous passions notre été à ramasser les fruits, puis sous le parasol nous équeutions huit-pattions effeuillions pour ne conserver que les baies rouges. Nous remontions les escaliers et dans la cuisine ma grand-mère s’affairait. De la gelée avec les groseilles rouges, de la confiture avec les groseilles blanches – mais pourquoi être si sectaire je ne le sais toujours pas – des bocaux de cerises cuites, des confitures de cassis, et puis des confitures de rhubarbe, et des confitures de tomates vertes, et des conf.. Des confitures, avec tout. La bassine, l’eau, l’immense cocotte à confiture, les fruits, le sucre, la chaleur.. et puis la mousse de groseille. Je mangeais cette mousse qui apparait à la surface, que ma grand-mère récupérait à l’écumoire. La meilleure chose au monde dans une assiette. Je me délectais, parfois en m’ébouillantant un peu dans mon impatience. C’est que si on attendait trop, ça durcissait et c’était moins amusant à manger : ce n’est pas facile d’être une enfant gourmande. On sous-estime grandement la place de la gourmandise dans l’enfance, ça mériterait une thèse.

Et donc.

Ma voisine m’a fait un cadeau inestimable en m’offrant des groseilles, il y a quelques jours. On en a mangé, mangé, mais il y en avait encore et encore et nous avons eu peur de les perdre. Alors j’ai proposé d’en faire une confiture, toute petite mais tout de même une confiture. Trois quart de sucre pour la quantité de jus, un peu de citron, et j’ai regardé dans ma casserole l’enfance reprendre ses droits. Sans réfléchir, j’ai refait ce geste.
L’écumoire. La mousse. L’assiette. La gourmandise. Et la vision de ma grand-mère aux fourneaux.
C’est là que j’ai pleuré.

 
 
 

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