Il suffit d'un mot

Y’avait pas l’heure sur l’horloge..

.. demain reviendra


 
saule pleureur vacances
 
J’ai cette fatigue qui peu à peu me tombe dessus, les larmes proches, peut-être cette soudaine presque solitude, puisque LeChat travaille et que Reno et son fils sont repartis.
 
 
La phrase s’est écrite hier et j’ai quitté le clavier, désarmée et ne sachant plus dire. Mes vacances m’ont éloignée. Je force un peu l’écriture, pour y revenir, pour y revivre. L’ensemble sans doute manquera de fluidité, et je doute fortement que cela ai son importance. Je me sens simplement déconnectée, un pas à côté des pixels. Je ne sais plus vraiment si je dois si je veux si je peux si je nécessaire. J’ai une sensation de grandeur et de petitesse, la stabilité est mouvante et je dans les yeux des dragons. Mes rêves me racontent des changements, des pertes néfastes, ma mère dans chaque rêve, je perds une dent et un homme m’explique que c’est ce qu’il fallait.
Entendez-vous comme l’autre monde crépite ? Il constelle. Je crois que toute la justesse est là, il constelle. Les dragons se préparent, il va bouger ce monde, ça va être un séisme dans nos vies. J’ai rarement dit chose plus vraie, trop peu l’entendent.
 

LeChat m’a dit soudain mais tu te rends-comptes qu’on a un ami ? Et j’ai ri de ce bonheur, c’est qu’il y a longtemps que je le sais. Il y a ces personnes pétillantes autour de moi, proches, vives et joyeuses qui m’ont un jour fait l’honneur d’être là dans ma vie. Mais si on m’avait posé la question au collège ou en primaire, je vous aurais certifié ma solitude adulte. Il ne pouvait en être autrement. Je me connaissais pourtant bien, je n’avais simplement pas pris en compte cet autre capable de tout, ni de ce moi capable de tout. LeChat le découvre à son tour, ça lui a fait un presque choc.
 
Reno cuisine

Reno, les joues gonflées d’eau pour découper un oignon à faire pleurer les pierres

 
J’ai finalement osé ce que j’avais évité de toutes mes forces avec mes beaux-parents – je suppose qu’il faut y voir un évitement habituel de ne pas montrer mes faiblesses devant eux – et j’ai pris mon oxygène autant de fois que j’ai pu. Je crois que de toute façon Reno m’aurait incendiée si ma fierté – ou tout autre chose – m’en avait empêché, tant l’épuisement m’a fait tomber bas. Il ne m’avait jamais vue ainsi puisque je l’évitais. A Montpellier, nous nous voyions lorsque j’allais bien, et ici il n’était venu jusque là que deux ou trois jours et je le gérais. Une semaine, il était inévitable que mon corps lâche – et pourtant je m’en suis bien sortie. Il m’a été étrange de voir mes poignets lâcher après son départ, incapable de tout ce rien des journées vides. Parfois je me demande jusqu’à quel point je ne suis pas capable de maitriser certaines douleurs – et les prendre en boomerang ensuite, bien plus fortes puisque ensemble.

C’est que j’ai beaucoup mouvementé mon corps, malgré toute l’aide apportée. J’ai fait la cuisine tous les jours – gaufres, tartes, biscuits, plats indiens – et Reno coupait les légumes et son doigt, nous sommes partis marcher – au soleil à l’ombre dans l’eau – les enfants ont pêché des poissons et quelques uns n’ont malheureusement pas survécu à la manœuvre hibouesque qui se voulait pourtant délicate, j’ai tenu trop de cartes entre les doigts dans les divers jeux de nos soirées. J’ai du soleil accroché dans les cheveux pour les années à venir, les oiseaux sont venus manger au bout de nos doigts – j’ai encore la sensation de son bec m’arrachant la miette – j’ai des photos pour les souvenirs qui s’effacent ; c’était comme des vacances mais à la maison, avec du monde des rires et des cris comment peux-t-on savoir l’amitié sans vivre ça ?
 

danger lac vacances
La canicule a des dangers complètement ignorés de la population

 
Et puis nous avons changé les chambres de place grâce à Reno qui a porté et poussé ce que je n’aurais jamais pu. Nous sommes dans celle de Prince, les enfants dans la notre, celle de Hibou est devenue une salle de jeu. Et j’ai la sensation incroyablement réaliste d’avoir déménagé. Il parait qu’il y a peu je faisais du tri et je jetais la maison, j’avais de la marge vraiment j’avais de la marge. Notre espace est rempli, dense, étouffant. Préservez-moi d’un déménagement réel trop proche, nous étoufferons sous son poids c’est certain.

Notre chambre est désormais spacieuse, agréable, d’une zénitude que je pensais inatteignable – méritant malgré tout quelques rangements encore. La salle de jeu croule sous les jouets des enfants – jamais de toute ma vie j’en ai eu autant c’est fou – et ils ne l’ont toujours pas investie en tant que pièce à jouer. Ils viennent prendre ce dont ils ont besoin et repartent dans leur chambre. Et quand ils rangent ils jettent depuis leur chambre le jouet maudit dont ils ne voulaient plus ; j’ai du mettre le holà à cette pratique douteuse dit Le Jouet Volant qui prenait forme chez les deux enfants. Ils ont râlé fortement, deux ados en puissance ; mais les jouets ne volent plus d’une pièce à l’autre.
Leur chambre est donc autant une pièce de calme qu’une pièce de jeu. Et c’est magnifique de les voir si calmes, inventifs ensemble. C’était la meilleure idée que nous aillons pu avoir, les réticences que j’avais ont été balayées.

C’est que nous revenons de loin.
Prince peinait à s’endormir, nous rappelant vingt fois – mettant notre patience en sang et éclairs douloureux pour tous – avec une nuit parfaite et entière.
Hibou s’endormait immédiatement mais se réveillait toute la nuit, cinq ou six fois – je crois pouvoir dire que cela fait sept ans et demi que nos nuits sont écourtées, bancales, hachurées.
Les enfants se disputaient les jeux, jouets, chambres, lits, place, couettes, air respiré. C’était devenu invivable.

Prince s’endort désormais avec facilité, Hibou dort des nuits complètes. Rien que pour ça, ça en valait la peine. Je crois que mes enfants auraient eu besoin depuis toujours, de continuer à dormir avec nous, dans la même chambre. Nous avons passé le relai, en dormant ensemble ils se rassurent mutuellement et c’est magnifique. De même en journée, leurs jeux sont plus détendus : aucune chambre n’est privilégiée, aucun espace envahi : ils sont au même endroit. Ils s’entraident même pour s’habiller avant de venir manger – mes enfants vivant nus en permanence.

L’équilibre dans la maison revient. Lorsque je me suis couchée la première nuit dans notre nouvelle chambre, j’ai ressenti intensément cette sensation d’être exactement là où je devais être. Les chambres musicales ont porté, nous sommes à nos places. Je n’avais jamais songé que les personnes également, pouvaient ne pas être dans une bonne énergie dans une maison, décalées parce qu’elles dorment à la place des autres d’un mauvais sommeil.

Et puis ce vide soudain sur leur départ. Et tous les souvenirs et tout les avenirs.
 

Prince pêche avec une branche, vacances
 
Prince lac Chambon vacances
 
Hibou plage vacances
 
hibou dans les herbes, vacances

 

2 Comments:

    1. Pourtant je me suis beaucoup retenue, par pudeur pour ton fils qui avait été fort clair concernant le blog 😉
      Par pudeur tout court sans doute aussi.
      Des bisous 🙂

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