rose pale fleur
 

La fatigue. La grande, celle qui écrase et cloue au sol. Je suppose que nous n’avons pas voulu en tenir compte. Les enfants refusent l’autonomie de leur âge et nous sollicite heure après heure. Comme si Prince ne pouvait pas se servir un verre d’eau seul, comme s’il ne pouvait pas s’endormir sans se relever huit fois – car quatre jours après le déménagement des chambres ça a recommencé, moins fort, mais tout de même – comme si Hibou ne pouvait pas s’habiller seul, comme si mes enfants venait de naitre parfois, comme si tout. Alors on se lève, on ronchonne, on fatigue, on explique encore que tu peux le faire toi, et je me suis fait un claquage musculaire sur le mollet en fermant les volets d’une pièce à l’autre. J’ai pris les béquilles – que je fuis depuis que j’ai seize ans et que j’ai fini en fauteuil une semaine pour que tout le monde soit content sauf moi (je sais pardon j’en parle souvent) – et je me suis démontée une épaule, une cheville, les mains et un genou. J’ai bougé le moins possible, et je clopine maintenant sans béquilles, tout en sentant la menace dans le mollet, ce muscle qui se tend prêt à se rompre.

LeChat, pour s’amuser, a couru d’un coup dans l’appartement et il est tombé, comme ça, sous la douleur. Le muscle s’est déchiré – confirmation ce matin par le médecin. Repos, anti-inflammatoire et plus de vacances.
Nous n’étions pas certain, c’était compliqué, on tentait une date, une autre, je barrais sur l’agenda, je reprenais.. et puis hier – avant-hier ? – nous avons posé les jours d’arrivée, de départ, organisé les grands-parents, commencé à prévenir (une personne) de notre visite. Nous allions partir en vacances. J’en avais besoin de voir Blanche, ce n’est pas dicible tant j’en avais besoin. Pas à en crever comme parfois, mais tout de même. Par contre de ces vacances, de ce moment où je pose mes enfants et où je pars plusieurs heures marcher, là, présentement, j’en avais besoin à en crever.

Il y a les pixels et la vraie vie.
Il parait.

Des personnes que je ne connais qu’à travers un écran et parfois des photos qui passent en promesse de se voir peut-être un jour en vrai, des personnes que je connais à travers ce qu’elles disent d’elle et qui ne me connaissent pas beaucoup plus, des personnes avec qui parfois nous avons échangé des colis empli de douces pensées pour l’autre, ces personnes m’ont écoutées et entourées. Merci à vous. Parce que vous savez quoi, sans vous j’aurais eu une seule interlocutrice, et je me suis bien faite recevoir.

Je suis allée annuler O. (quinze années d’amitié dois-je le rappeler), d’autant plus facilement que je ressens de plus en plus ce besoin de laisser passer du temps avant de la revoir, de lui parler, d’être en contact. « C’est pas plus mal« , a-t-elle répondu à ma détresse, « c’est pas plus mal sur le plan énergétique c’est pas le moment de voyager ». Et elle a enchainé sur elle (et elle s’étonne que je ne sois pas proche).

Je. M’en. Fou.
Complètement.
« C’est pas plus mal » n’est pas entendable.

Je veux bien prendre un problème à la fois, annuler nos vacances, prendre le relai pour tout quitte à me redéchirer le muscle à peine stabilisé si ça peut nous donner une chance de partir quand même plus tard, je veux bien perdre l’espoir de voir Blanche et de mon repos pourtant nécessaire, je veux bien tout ce que vous voulez, mais qu’on me donne au moins un peu de compassion et d’écoute.
Sinon je vais lâcher.
 
 
 

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