Deux mains se tenant sur une vie passée

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graines de sésame

 

Je ne l’ai pas vu venir. C’est en toute innocence que j’ai mis la première cuillère dans ma bouche, un peu sceptique, un peu inquiète de cette nouveauté – est-ce que cette bouillie va être mangeable ? J’ai gouté et tout a tremblé – ce n’était que les larmes et pourtant c’était tout qui tremblait. Les étoiles sont montées, les étincelles ont explosées et je me suis vue petite dans la cuisine de ma grand-mère – j’ai besoin d’elle à m’en déchirer. Mon premier budwig s’est offert avec des fraises et des framboises du jardin grand-parental, j’avais été conquise dans l’instant. Et j’ai redécouvert, avec une pomme, une prune et une pêche, ce plaisir indescriptible sous la langue.

Je l’ai vue. Se tenir là devant moi, le dos tourné vers le plan de travail à couper des fruits pour que je mange bien. Se tourner vers moi, le bol à la main, le sourire lumineux.

J’ai habité cette fraction de seconde où j’étais dans deux temps indistincts. Le manque d’une personne crée des intemporalités à chérir, une folie en lumière. Elle me manque.

Je voudrais lui dire, pour ce budwig sans crème, le miam-ô-fruitsmais c’est quoi ce nom, non vraiment ? – je voudrais partager mon végétarisme qu’elle ne comprendrait peut-être pas tout de suite, lui dire que son éducation a porté avec les années qui ont passé, que je mange le plus sain possible, que j’ai un compost et un jardin feu-follet, que moi aussi je récolte l’eau, et qu’elle serait fière, si fière de moi – je le souhaiterais, c’est fou de souhaiter qu’elle soit fière de moi ? Que vaut une existence sans regard, sans la personne qui vous a élevé – mais j’ai le mien et je ne pourrai jamais espérer plus de compassion.

Merci à toi pour cette découverte gustative si proche du budwig – la différence je ne l’ai pas sentie. Ce bol était une douce vie passée qui revenait de bien loin, une aube et une nuit qui s’observait. Un souffle d’elle. J’ai partagé avec LeChat cette enfance, mon émotion, ce petit-déjeuner que nous ferons désormais à deux.
Une continuité extraordinaire des gestes de ma grand-mère, tous ces matins à venir mêlés à ceux passés.

 
 
 

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