Il suffit d'un mot

Je ne peux pas être détruite

arbre gouttes eau
 

Quand j’ai connu ceux qui allaient devenir mes beaux-parents – à la mort de S. à peu près – c’était des personnes formidables, qui aimaient tout le monde. Ils m’ont accueillie d’un « tu es notre fille ». Mes beaux-parents ouvrent leur bras au monde entier, particulièrement aux oiseaux tombés du nid. Le souci, c’est quand les oiseaux apprennent à voler seuls. Mais ils y travaillent beaucoup. Malgré tous leurs défauts, j’ai une chance incroyable d’avoir pour beaux-parents des personnes capables de travailler sur eux, de tenter de pratiquer la CNV, de prendre même des cours.
Ça reste difficile, parce que tout ça, c’est en travaux.
Ça reste difficile parce que mon éducation m’a marquée au point de paniquer quand une personne fronce les sourcils – et que ma belle-maman a cette tendance à l’agressivité qui me fait prendre la fuite. Je suppose être dans la bienveillance parce que je sais les ravages d’un reproche, d’une colère, d’un geste violent. Je suis en train de faire un travail sur moi pour accepter que l’autre ne peut pas me tuer. Ma mère n’a plus ce pouvoir, ma belle-sœur ne l’a pas et ma belle-mère non plus. Elles peuvent crier, m’attaquer, me blesser par les mots, mais jamais elles n’auront sur moi le pouvoir de me tuer. Parce que j’ai survécu. A mon enfance, à ma mère, aux murs, à mon grand-oncle, à la violence, aux coups, à ma famille déconnante. Non seulement j’ai survécu, mais plus important encore je me suis construite.
Ça reste difficile parce que j’ai découvert que je réagis trop fortement par rapport à la moyenne des gens. Je suis excessive. Il est légitime de mal prendre une violence, mais moi ça me dévaste. J’ai fait une recherche, ça fait partie de ma maladie d’avoir les émotions exacerbées. Je ne peux rien faire à la première réaction, par contre je vais devoir garder en tête ce fait pour m’ajuster le plus possible.
« Devenir autrement le même » (citation du philosophe Daniel Bensaïd).
Je dois devenir autrement la même.

Il y a trois jours de ça je me suis fait dévaster. On a tous morflé. Ma belle-sœur a agressé tout le monde – frères, sœurs, conjoints – et a attendu en retour que nous nous excusions de ne pas aller chez elle la voir. Personne n’a apprécié, et seul LeChat s’est excusé de la chose, en lui expliquant tout de même qu’elle déconnait.
Ma première réaction fut de la colère. J’ai malgré tout écrit un mail CNV, sans la blesser malgré les attaques faites. Elle a attaqué de nouveau. J’ai recommencé mon mail, CNV et.. une part qui l’était moins : j’ai commencé à laisser parler la colère. Elle m’a ré-attaqué. Je l’ai envoyée bouler. Je compte couper les ponts avec elle. Car ce qu’il se passe cette année, elle le fait à peu près tous les ans. Et ça fait onze ans, quand même. Ma limite a été atteinte, parce qu’elle m’a détruite.
Je me suis perdue sur un chemin miné. J’y ai laissé la confiance en moi, la confiance en l’autre, l’utilité d’écouter l’autre, le bien-fondé de parler, le bien-fondé de mon blog ou même d’écrire. La fragilité dans laquelle je me suis retrouvée à manqué m’anéantir. J’ai basculé dans un mode où je m’excusais auprès de ma meilleure amie de lui parler, où je m’excusais auprès de LeChat d’une situation où je suis l’agressée.

Je remonte doucement.
Je ne suis pas la personne jalouse, centrée sur elle-même et qui ne sait pas écouter comme elle m’a dépeinte.
Je ne suis pas toujours une personne bienveillante comme je le souhaiterais mais j’y travaille tellement que j’y parviendrai.
Je ne suis pas la méchante qui empêche son frère d’aller la voir comme elle me l’a suggéré.
Je suis moi et seulement moi.

Ce soir je vais chez mes beaux-parents. Et ça ne va pas être facile. Aujourd’hui j’ai besoin de mon oxygène parce que ça fait trop pour moi, pour mon corps, parce que trois nuits que je ne dors pas. Ce we je sais que je ne pourrai pas le porter en journée et que ça va être difficile si j’ai besoin. Dans cette famille, on ne peut pas être malade, pas le droit aux arrêts maladie, on doit travailler quoi qu’il arrive. Je cumule parce que je ne travaille pas, et ma maladie bien qu’invalidante est invisible. L’oxygène la nuit va rendre les choses un peu tangibles, j’espère. Je vais devoir là aussi travailler sur moi pour ignorer les soupirs, les regards, les tensions.
LeChat les a appelé ce matin. Mon beau-papa a conscience que tout le monde a été blessé, et ça me fait du bien que ce soit entendu. Ma belle-maman va avoir besoin d’en parler, je crois que LeChat a bien réussi à être entendu sur le fait qu’on pouvait en parler, mais qu’elle ne pouvait pas s’en mêler, que cela ne lui appartenait pas.

J’ai eu de la difficulté à écrire ce post. L’accès aux mots me semble laborieux, je ne sens pas de fluidité. Je bute. Je me recentre doucement, mais je ne suis pas encore entière.
Je reste stressée par la situation – je ferme la porte à sa fille, Noël va devenir compliqué, etc – stressée par ce we, stressée à l’avance par le visage fermé de ma belle-maman, par ses sourcils froncés.
Sous mes yeux, j’ai un post-it. LeChat l’adore, je crois que cet homme m’aime d’un amour fou.
J’ai survécu. Elle ne peut pas me tuer.

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