Sous la pluie

Des mots rouges à points noirs qui tuent les souvenirs dans l’œuf

arbre goutte eau luminaire
 

Elle est rouge avec des points noirs. Une enfant a dit « oh regarde papa une coccinelle » et le papa blasé de la méconnaissance de sa fille lui a répondu « mais non c’est une Séat ». Les gens ne rêvent plus, et pire que ces rêves qui n’existent plus ils empêchent les enfants l’accès à ces portes étoilées. Ce monde est terrible de souffrance enlisée dès le plus jeune âge. Notre voiture est une coccinelle – un coléoptère pour les plus avertis – un rêve qui nous emporte d’un lieu vers un autre. Vendredi j’ai fait nos bagages et j’ai observé LeChat remplir la gueule ouverte de la bête. Je n’aime pas la voiture, pourtant je l’aime elle qui me permet de voir tant de beauté, de nuages, de paysages. Je l’aime elle de nous avoir fait partir de là-bas, avec sa peinture qui s’écaille et ses roues pour la neige en pleine canicule. Elle permet la liberté de partir. Elle est rouge avec des points noirs.

Il y a des mots qui tuent, envoyés avec le sourire et des excuses, pour qu’on ne puisse pas dire aie. Cela serait mal pris. C’est qu’il ne faudrait pas donner un sens aux mots, ça serait déplacé. Ce qui permet un nouveau mot qui tue, tuée excessive. Je ne sais qui est Excessive, mais elle parait avoir peu de temps de vie devant elle. Ma belle-sœur avait l’air de dire que c’était moi. Belle-maman le dirait sans doute aussi, si elle savait que je ferme ma porte. Il y a des mots qui tuent.

Il a projeté des souvenirs. Sur le mur du salon s’étalaient les diapositives et je voyais enfant bébé ventres-ronds inconnus morts pêle-mêle, mélange détonnant où les protagonistes se perdaient dans les méandres des vies passées. Le lot des diapositives de se mélanger. Une intention de renouer (oh.. j’avais écrit rejouer !) la famille ? De dire « voyez comme on s’aimait » ? « Un jour nous avons existé ensemble » ? Elle a pris une diapositive très belle esthétiquement pour la faire développer sur papier, avec trois de ses enfants épanouis au-dessus des herbes, et la quatrième (6 ans ?), la quatrième cette belle-sœur qui nous a dispersés et blessés, cachée dans les herbes. On y devine sa blondeur, le visage invisible et les yeux vaguement apparents. Cachée. Je me suis demandé ce que son inconscient vivait. A elle. A lui. Il a projeté des souvenirs.

Personne n’a marché sur des œufs, pourtant chacun était tendu. Mon beau-frère a insisté, « nous sommes tellement heureux de vous avoir revus », et j’ai insisté aussi, nous étions tous sincères dans cette urgence de se dire notre amour et notre joie. Il n’y avait plus rien à sa place, nous étions tous à côté. Ma belle-mère m’a demandé pour l’oxygène « tu as l’air mieux ? » c’était un fait et je n’ai pas osé développer, que dit-on quelle place a-t-on pour parler de la maladie, a quel moment est-ce trop. Mon beau-frère m’a demandé et j’ai développé deux phrases de plus pour le remercier d’avoir posé une question de plus. Je ne voulais pas gêner. Je ne sais plus me dire, je ne sais plus ma place, j’ai pleuré contre LeChat dans un rare instant de solitude dans notre chambre. Elle m’a dit « c’est si rare de te voir active », j’étais soulagée qu’elle voit l’effet de l’oxygène, pétrifiée qu’elle dise en sous-jacent que d’habitude je n’aide pas dans la maison. Rien jamais ne sera fluide. J’étais gênée de demander à pousser mon appareil hors de l’espace chambre, c’était ramener à moi rien qu’en allumant l’oxygène et j’aurais aimé un trou de souris. Mes beaux-parents m’ont dit le lendemain comprendre, ce bruit infernal ils ne pourraient pas dormir non plus avec ; et cela a apaisé légèrement un espace en moi. Si léger que j’ai gardé l’appareil éteint tout le week-end, et moi qui déclinait après ma quatrième nuit d’insomnie et un passage en piscine je sais que cela aurait été prendre soin de moi que le faire. Ce matin nous sommes partis et je n’en pouvais plus de soulagement, ma belle-maman lointaine pour me dire au revoir, LeChat soulagé de repartir. Personne n’a parlé de ma belle-sœur et ce n’est pas une meilleure chose que si ma belle-maman s’en était mêlé ; le silence pour oreiller, nous nous sommes évités. Personne n’a marché sur des œufs.

On aurait peut-être dû. Pour en casser un ou deux.
 
 
 

L'Ambre des arbres coulent dans les veines des forêts, ils regardent les fées s'activer autour des humains et le monde meurt de son aveuglement. (Jamais les mots ne disent ce qu'ils pensent.)

14 commentaires

  • Céline

    J’aime ta façon d’écrire. Les phrases pleines, les phrases incomplètes, s’emmêlent comme les pensées.
    Je crois que dans une famille il vaut mieux marcher sur les oeufs. Car les brisures sont vilaines et la paix est toujours trop délicate à dissoudre pleinement dans nos âmes.
    Tu t’es découverte auprès de tes beaux-parents, en leurs montrant un peu de ta maladie (que je découvre, sans vraiment comprendre, même si j’avais lu ton précédent article), cela te soulage-t-il un peu ?

    • Dame Ambre

      Merci 🙂

      Ils savent tu sais. Onze ans qu’ils me connaissent en tant que belle-fille (un peu plus, avant), et depuis un an et demi on connait le nom (Syndrome d’Ehlers Danlos) qui va avec ce qu’ils voyaient. Je n’ai pas eu de questions. Ils ont demandé à leur fils (mon mari), qui a répondu aux bases. Je réalise cela en te répondant, je n’ai jamais eu de questions..
      Hier pour l’oxygène la seule question fut « ça t’aide beaucoup on dirait » ? Mais pas d’approfondissement (et je n’en ai pas donné, par peur de. Avant cette histoire j’aurais été plus loin, j’aurais répondu à des questions qu’on ne me posait pas. C’est fou que je n’ai pas vu..).
      Enfin.. pour te répondre, le peu d’hier non ne m’a pas soulagée. Je me sens dans une existence à côté. J’y suis en suspens, chez eux.

      • Céline

        Cela se sent dans ton article, le fait que tu ne te sentes pas parfaitement intégrer dans leur famille, pas parfaitement considérée, et le fait qu’ils ne t’aient jamais interroger, qu’ils n’ont pas fait l’effort de savoir de ta bouche ce que tu es, ce que tu vis, doit y être pour beaucoup.
        Dans une moindre mesure, je suis comme ça auprès des amis de mon compagnon. Je n’ai pas l’impression de vraiment exister auprès d’eux. Je crois qu’ils m’inventent plus qu’ils me connaissent et cela crée un écart entre eux et moi qui devient infranchissable. J’aurais aimé qu’ils cherchent à faire ma connaissance, pour vrai, en parlant avec moi. Le fait qu’ils ne me demandent pas « Comment vas-tu ? » lors de nos rencontres (c’est pourtant la base des salutations usuelles, non ?) me marque à chaque fois.
        Enfin, peut-être que cela n’a rien à voir, mais ce que tu me dis me fait penser à ça.

        • Dame Ambre

          C’est extrêmement parlant, exactement ça. J’aime particulièrement « ils m’inventent », c’est cela que je vis en effet. A la différence que mes beaux-parents me demandent « ça va ? » et que ma belle-maman me coupe la parole si je réponds « non ».
          Je suis fatiguée d’être si peu considérée (et le pire c’est qu’elle s’offusquerait que je puisse penser/dire ça, ça la rendrait triste (et en colère), pour elle je suis de la famille point. Les actes sont moins flagrants.

          Je suis triste pour toi que les amis de ton compagnon te soient un cercle fermé, c’est tellement difficile à vivre.. Et justement, tu le vis comment ? Te positionnes-tu en t’effaçant ou en existant malgré ?

          • Céline

            J’ai de la chance avec les amis de mon compagnon : ils vivent loin de nous. Les moments où je suis confrontée au problème sont très rares !
            Je n’arrive pas à exister parmi eux. Je disparais. Je suis d’un naturel enjoué et dès que nous sommes avec eux… je deviens transparente, incapable de m’amuser, de rire, de vivre pleinement. Alors ça aggrave encore les choses. Ils me voient comme une fille pas rigolote du tout, mais je sais que je ne suis plus comme ça dès qu’on les quitte !

            • Dame Ambre

              D’accord merci. Je le vis de la même manière avec mes beaux-parents, ta réponse me rassure (rassure..? non pas vraiment mais oui aussi finalement). Un effet qui se retrouve chez une autre personne, laisse-moins seul.

            • Augustine

              Tu es vernie, néanmoins, de le savoir. Pour ma part, quand je me sens niée j’ai du mal à me souvenir que je n’accorde que le crédit que je veux à cette négation et que je me SAIS mieux que quiconque. Je me laisse aller à faire plus confiance aux autres et notamment aux toxiques qu’à moi-même. Il me faut souvent du temps et de la bienveillance pour revenir à moi et me souvenir que je ne suis pas cette personne qu’ils semblent voir en moi et que je pétille drôlement plus fort que ça 🙂

  • Tsilia

    J’aime toujours autant te lire. Je suis désolé pour toi des épreuves que tu traverses, je sais comme ce n’est pas toujours évident d’ˆetre oublié ainsi, de se forcer à se terrer dans un trou… Je sais aussi le mal que peuvent faire les mots d’une belle-mère… Et cetoxygène dont tu sembles manquer cruellement… Je t’envoie mes ondes positives !

    PS : Je sais que tu prépares un colis pour mon Djibouti, je n’ai pas pu avoir les infos nécessaire avant les vacances d’été. Mais je m’en occupe dès mon retour en septembre, je t’en fais la promesse, croix de bois, croix de fer, si je mens…

    • Dame Ambre

      Merci de tes mots.
      C’est très parlant, cet oxygène dont j’ai eu besoin davantage chez eux ^^’ Ce n’est pas évident en effet.

      J’hésitais depuis un moment à te relancer 🙂 Le colis a été commencé et attend sous le bureau de couture, sans urgence. Pas de souci donc, merci de me tenir au courant ^^ C’est une très bonne chose, j’hésite à abandonner la couture et du coup en fonction j’aurai peut-être plus de choses à envoyer que prévu.. c’est en réflexion.

  • Tsilia

    Je viens de lire en passant ton échange de commentaires avec Céline. J’ai eu la chance de réussir à bien m’intégrer dans ma belle-famille. Maintenant, ça ne se passe plus aussi bien mais c’est une autre histoire. Par conter avec les amis de mon homme, j’ai eu plus de mal. Ils sont soudés, ils se connaissent depuis fort fort longtemps et je ne me souviens pas qu’au début on me demandait si j’allais bien, qui j’étais, ce que je faisais dans la vie… Tout tournait autour d’eux. Ils sont très importants pour mon Homme, alors j’ai joué le jeu, j’ai fait semblant de sourire pendant quelques temps.Et à force, j’ai apprit à les connaitre, un à un, chacun avec leur caractère. Et ils m’ont plu alors… Je continue de les voir. Ils sont toujours ausi soudés, ne savent toujours pas ce que je fais dans la vie je pense, sauf que maintenant je suis maman au foyer lol, mais je les aime bien. Et ils m’aiment bien… 😉

    Mais j’appuie, ce n’est pas simple de s’intégrer. Pas simple du tout.

    • Dame Ambre

      Ça se passe moins bien dans ta belle-famille parce que tu as cru t’être intégrée (comme moi ^^) ou les changements de la vie ont changé les rapports ?
      C’est joli avec les amis de ton homme, cette évolution. Ça a pris du temps, mais il semble que ça en valait la peine 🙂
      Non s’intégrer n’est pas simple. Je me suis fait leurrer par le discours de tous « ouverture, amour universel, maman de tout le monde » etc. Il était temps de m’apercevoir, d’accepter que c’est une façade. Jolie, mais une façade.

      • Tsilia

        Pour ma belle-mère, il y a eu un décès de son deuxième mari, elle a eu besoin d’un bouc émissaire, ça tombé bien j’ai été la plus présente pour elle pendant 1 an, puis je suis tombée enceinte, et nos relations se sont encore plus aggravée… Je ne comprends toujours pas, ça me fait très très mal car nous étions proche, je lui confiais beaucoup de choses, très personnel, c’était vraiment une mère pour moi et puis voilà… C’est comme ça, mais c’est douloureux. Pour moi, comme pour mon homme qui ne comprend pas se revirement de situation et qui refuse catégoriquement que je reste seule avec sa mère, même juste quelques heures, car elle en profite, elle attaque et pique hop hop hop ! Donc je comprends ce que tu ressens. On fait confiance, on croit faire partie de la famille, on croit être important, on se sent bien, serein, et bim bam boum, on se retrouve écrasé sur le sol tel un cafard. C’est très douloureux !

        Pour les ami(e)s ça en valait vraiment le coup, ce sont maintenant les miens autant que les siens !

        • Dame Ambre

          C’est étrange (=fou) ce revirement.. quelle brutalité, quelle déchirure ça a du être pour toi.. Je ne saisis pas ce qui se joue, pour ta BM ou la mienne, il y a des choses qui sont dans la non-communication et on s’y blesse durablement..
          Des bisous pour toi

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