Sous la pluie

Le corps, cet espace qui s’effondre

jet d eau
 

C’est droit dans le mur que je suis allée heure après heure, geste répété dont je ne me lassais visiblement pas. C’était mieux que glisser sur une plaque de verglas, je ne me suis pas fait mal en tombant – j’y étais déjà. Les enfants par contre ont trinqué avant que je comprenne que le souci venait de moi. J’ai mis dix heures. Dix heures avant de comprendre que la faciathérapie est en train de me démonter et que j’ai besoin de l’oxygène sans interruption et plus fort. Je ne suis pas certaine de continuer ; j’avais regagné mon autonomie – moins le fil relié à la machine certes – j’étais de nouveau éveillée. Je sombre. Ma Doc m’avait dit que j’aurais des courbatures, mais je n’en ai pas. J’ai des douleurs du style un muscle se déchirerait volontiers ou une articulation ne veut plus servir, mais pas de courbatures. J’en déduis que mes muscles vont mieux que nous ne le pensions. Reste que j’ai la sensation que ces exercices recrachent mon moral sous une nappe de brouillard très épais et que c’est d’une injustice terrible que de repasser de nouveau par là.
Je le vis mal.
Et je ne sais pas ce que je dois faire. Je suis tellement lasse et douloureuse que je n’ai pas l’énergie d’appeler ma Doc pour savoir ce que je dois faire, continuer encore un peu, m’arrêter, trouver autre chose.. je suis perdue. La kiné n’est pas une interlocutrice idéale, elle parle peu et ne se sent pas spécialement concernée par ma maladie donc je ne peux pas me tourner vers elle non plus.

Je me suis achevée toute seule en écrivant un énième mail de réponse à ma belle-sœur. Une fois ma colère tombée la conversation a été plus simple – je crois, réellement, qu’elle avait besoin d’entendre que je la supportais mal car depuis elle a fait patte blanche – et elle a au moins finit par entendre qu’elle n’avait pas le droit de juger ma manière de gérer ma maladie. Pour le reste, nous sommes tous coupable d’avoir brisé son idéal de famille normale. Je tente de lui expliquer que ça n’existe pas et que ce n’est qu’un leurre auquel nous aspirons tous, j’ai très peu d’espoir d’être entendue. Parfois je me dis que je suis bien bête d’avoir continué cet échange qui me prend tant d’énergie, mais je sais aussi que personne ne pourra me reprocher d’avoir rompu la communication : nous aplanissons les griefs avant de couper ; je crois fermement en l’idée que rien de noir ne doit rester. L’inachevé est une blessure à plein temps. Je couperai ensuite avec cette personne qui détruit autour d’elle par sa souffrance : je ne peux rien faire pour elle.

Mais voilà. Je suis fatiguée. J’ai plongé dans la dépression – la fausse bien réelle, celle que mon corps génère quand il tombe – et je peine à rester à la surface. J’ai bien tenté hier de dessiner cet arbre -afin de retrouver ce plaisir simple – mais je l’ai raté faute de concentration, parce que l’épuisement, parce que ce n’était pas le moment pour faire ça.

Je suis fatiguée que cet équilibre soit si fragile, à la merci d’un rien.

L'Ambre des arbres coulent dans les veines des forêts, ils regardent les fées s'activer autour des humains et le monde meurt de son aveuglement. (Jamais les mots ne disent ce qu'ils pensent.)

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