Pensine

Les choses simples

gouttes

 

Le dessin est un espace où je m’absente en toute sérénité, où je Suis plus profondément encore que lorsque je songe à. Il y a là tous mes espoirs d’un autre monde et mes dessins s’envolent vers d’autres, partagent cet autre monde. Ils disent cet espoir, d’amour peut-être. La vie est plus simple avec un crayon. Qu’il dise ou dessine. Beaucoup plus simple.

Il n’y a pas si longtemps, j’aurais été anéantie de me rendre compte de ce que je représentais pour ma belle-mère. De ce qui lui fait peur en moi. Que l’être que je suis lui soit si difficile d’acceptation, moi qui avait tant, tant besoin d’être aimée. Moi qui cherchait inconsciemment une maman. J’étais trop pressée d’être acceptée, je n’ai pas vu que je ne l’étais pas. Pourtant la phrase avec laquelle elle m’avait frappée après notre mariage, vraiment, ça aurait dû m’alerter. « J’ai surveillé que tu ne sortes pas avec un de mes enfants » [à la mort de S.] et puis ce haussement d’épaules et ces sourcils froncés.. Ah quand on ne veut pas voir, vraiment, on ne voit pas.
Elle garde de moi une image qu’elle s’est faite, mes choix de vie lui sont insupportables et terrifiants. C’est si triste, ce dans quoi elle se débat.. je suis si triste pour elle.. Navrée d’une certaine manière, de ne pas être la belle-fille qu’elle aurait souhaité. Je ne sais plus offrir de concessions, je ne sais plus être la façade dont l’autre a besoin, je ne peux rien pour elle et c’est triste, quand on ne peut plus offrir à l’autre ce dont il a besoin.

J’ai la sensation d’avoir pris une pelote, de l’avoir bien eue en main. Et puis de l’avoir dévidée. D’être remontée aussi loin que mes doigts en étaient capable, aussi loin que mon regard acceptait de voir. J’ai compris beaucoup de ce qui n’allait pas dans la relation avec ma belle-mère de mon côté, puis du sien. Un instant que j’ai lu, entendu. Compris. Et c’est extraordinaire de comprendre, d’accepter et de rendre à l’autre ce qui lui appartient.

J’ai coupé les liens symboliquement, je fais le choix de ne pas répondre à sa lettre – enfin.. à son injonction de réponse – je la place malgré elle à cette place de belle-mère qu’elle refuse, je me place en belle-fille. Je n’attends rien, ni regard ni attention ni acceptation d’aucune sorte. J’ai enfin entendu que ses jugements lui appartenaient, que ses colères sont les siennes, que ses remarques ne peuvent que glisser. Je ne suis plus concernée. Elle reste une belle personne derrière toutes ces barrières, alors peut-être un jour aurons-nous un lien de belle-mère/belle-fille sans qu’elle en souffre, en m’acceptant comme je suis.
Se fera ce qui doit.

*

Je me suis demandée, à réception de ce courrier fleurtant avec la manipulation, si j’avais perdu mon empathie, si je mettais une distance avec tous ou seulement elle. Elle disait avoir pleuré, et je n’ai pas ressenti pour elle cette compassion – que j’ai toujours vécu bien trop de l’intérieur, je vis vos deuils et parfois c’est si terrible.. – et puis j’ai eu la réponse d’une manière complètement inattendue.
Je suis toujours empathe. J’aime l’être vous savez, malgré. Et le chagrin et la blancheur et la douceur et toute cette vie, cette vie dans ce deuil.. J’ai peu à offrir parfois, je t’offre Dame inconnue, ce dessin et cette blancheur, cette sérénité ressentie. C’est.. très enveloppé, très beau. Doux.

A mon grand regret je ne sais qu’à peine dessiner, et la neige et ce que je vois, est au-dessus de ma portée.
J’aurais aimé t’offrir bien plus.

L'Ambre des arbres coulent dans les veines des forêts, ils regardent les fées s'activer autour des humains et le monde meurt de son aveuglement. (Jamais les mots ne disent ce qu'ils pensent.)

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