enfants allier eau

 
Je l’ai vu terminer son année en trainant son épuisement et son angoisse, je ne m’attendais pourtant pas à ce que cet été, il nous dise « je ne veux plus aller à l’école, je veux faire l’ école à la maison ». Il avait tenu toute cette année à l’aide de ses ami(e)s et j’ai pensé que l’année à venir il serait souhaitable que la maitresse soit respectueuse envers les enfants sous peine de voir mon grand s’enfuir. Je me suis trompée, il ne veut plus y mettre les pieds bien que nous ayons un peu insisté. Je ne peux lui jeter la pierre et j’avoue que ne plus avoir à me déplacer pour expliquer à une personne qui ne voit pas où est le problème que non, on ne tire pas les cheveux des enfants, on ne le menace pas de les mettre à la poubelle, et on ne leur supprime pas leur récréation pour qu’ils terminent leur exercice, ne me manquera pas. Je sais que je ne manque pas davantage à son instit, je ris encore de son éclatant sourire quand elle m’a dit bonnes vacances. Nous étions deux soulagées, pour des raisons bien différentes.

J’aurais aimé qu’il teste la nouvelle institutrice. J’aurais aimé. Ne pas avoir à angoisser. Cela correspond tant à mes valeurs que j’en ai peur, de ces valeurs. Je me fais grignoter par elles. C’est comme un murmure. Je cherche peut-être à me dire que je ne peux pas pourtant je sais réussir à instruire, je vois l’enfant comprendre et être heureux d’avancer même s’il donnerait beaucoup pour ne pas suivre le programme. Je ne sais pas lâcher-prise sur ce sujet, je ne sais pas lui donner ce plaisir d’abandonner complètement l’école. Je suis cette mère qui voudrait bien être celle que je lis sur les blogs d’unschoolling. Je ne sais pas comment vous faites pour vous détendre sur votre enfant qui apprend à lire à 12 ans. Parce que vraiment je voudrais – être détendue sur la question, pas qu’il apprenne à lire dans sa douzième année.

Je me détends sur d’autre points. Nous faisons un mixe, le programme et une grande liberté d’activités, une grande liberté toute simple, des expériences dans la maison ou dehors, de la peinture sur le corps ou sur le sol – il faudra que je photographie l’empreinte de pied dans le salon !

Nous avons remarqué que lorsque nous parlons de l’école, Prince est down. Tout son corps s’affaisse, son regard perd sa vitalité, il s’effondre physiquement ; le simple mot évoqué le plonge en dépression. De la même manière, le cahier qui suit le programme de CE1 le plonge dans le même état. Petit à petit, j’ai l’impression que ça s’améliore. Sur les mathématiques par exemple, il retrouve doucement le plaisir de faire les exercices, il est moins tendu. J’ai bon espoir que ce plaisir se généralise au programme.
Il apprend également à voir les moments où il a besoin d’une pause avant que j’en parle moi, ce que je trouve absolument merveilleux : il apprend à écouter son corps – et son ras-le-bol aussi.

J’apprends aussi à écouter le mien dans ce nouvel équilibre. Il est plus facile pour moi de commencer avec Hibou pendant que Prince fait une activité manuelle, puis d’enchainer avec Prince pendant que Hibou joue ou fait une activité manuelle. Le tout sur la même tranche horaire, à savoir le matin. J’ai tenté une fois, un enfant le matin et l’autre l’après-midi, j’ai terminé en crise de nerfs juste avec l’épuisement, je bannis donc cette solution.

Je me consacre du temps. Le dessin, la cuisine – pour le plaisir oui, comme les petits pains que je viens de faire – la lecture. J’ai perdu l’écriture pour l’instant, je la vois dans le brouillard et ne sais plus l’atteindre. Trop de fatigue, peut-être.

Et puis. L’angoisse à gérer. Celle de me planter avec Prince – lui faire confiance va être un bon début – celle de nous planter avec les contrôles de l’académie et de la mairie (assistante sociale). L’autorité encore, à gérer, malgré mon avancée formidable avec ma belle-mère (je réalise d’ailleurs qu’il n’est pas anodin que je vienne de faire ce travail là, je ne crois pas aux coïncidences. Mon inconscient est formidable).
Avec sa décision, Prince me place face à l’une de mes plus grandes peurs. Qu’on me retire mes enfants.
Je sais. Que c’est extrême, que le pire qui puisse arriver c’est une injonction de re-scolarisation et un procès pour l’empêcher.
Je n’ai jamais dit que j’étais une fille équilibrée. Juste, que je faisais de mon mieux.
 
 
 

16 commentaires

  1. Donc tu es partie pour faire l’école à la maison cette année ? J’aimerais bien voir d’autres articles sur le sujet ! J’aurais peut-être quelques questions à te poser… bientôt ! En tout cas, je comprends tout à fait tes questionnement, et moi non plus je ne sais pas si je pourrais pleinement faire confiance à ma fille sur ses apprentissages. Jusque là, ça va (elle a un an et demi) mais après… ??
    Bisous !

    1. Les courriers ont été envoyés, la CAF prévenue aussi.. nous nous lançons (un peu dans le vide, j’ai l’impression, quand la peur est présente). Je posterai de temps en temps oui sur le sujet 🙂 (et bien sûr, si/quand tu auras des questions j’y répondrai au mieux.

      En fait c’est paradoxal, j’ai confiance en lui. C’est quand j’ai peur et que je doute, que cette confiance est mise à mal. Je suppose qu’il est sain de douter donc je tente la remise en question et j’avance. Mais piour.. ça fait trembler ^^

      1. Des lopettes plus racistes que les racistes qu’ils pensent dénoncer, qui glorifient leur vacuité en exécrant la culture, qui glorifient la nature tout en pouvant survivre loin du bitume, qui te diront que l’école à la maison c’est formidable tout en pensant que tu es une saleté de baba cool répugnante et complètement folle, et qui de toute façon te mépriseront parce que tu es encore plus pauvre qu’eux.

        (Je résume.)

  2. Pauvre bonhomme! C’est malheureusement vrai que certain-e-s instits ne réalisent pas la violence de leurs propos, face à la sensibilité de certains enfants. Je suis moi-même instit et j’ai parfois du mal à comprendre les comportements de certain-e-s…
    Tu as beaucoup de courage en tout cas pour te lancer dans cette expérience! (En même temps, je crois que pour nous enfants, on est capable de tout!)
    Si tu as quelques questions techniques par la suite, je pourrais si tu veux essayer d’y répondre…
    En tout cas courage! Et fais-toi confiance, c’est toi qui sait ce qui est le mieux pour ton enfant!

    1. Oui je crois qu’on est capable de tout pour nos petits ^^
      Merci beaucoup de ton commentaire et de ta proposition, je suis touchée 🙂 Je le note dans un coin ^^
      (j’espère que je sais ^^’)

  3. Zut je croyais que vous aviez trouvé une super école Montessori ? pas de place , trop loin, trop cher ?
    Menfin je crois que ce sera beaucoup plus épanouissant pour Prince… probablement plus stressant pour toi au moins au début … mais il faut y croire ! croire en toi et les enfants …

    1. École à 20 minutes en voiture.. sauf que je n’ai pas le permis (et LeChat travaillant, il est impossible de gérer les horaires école). On a laissé tomber, tristement.
      Merci 🙂 Quand je vois comment ça se déroule, je vois chaque jour que ce fut le bon choix !
      (il y a un post pour toi 😉 )

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