pissenlit fragile
 

LeChat prend ce matin la charge de l’école à la maison, suite à mon découragement. Prince parait s’être mis en tête qu’il n’allait rien faire et que dans le cas contraire il viendrait en trainant les pieds, soufflerait et prendrait une heure vingt-trois minutes au lieu de quatre toutes petites pour un simple exercice. Il lui apprend à remplir un chèque, exercice de réalité venu d’une question intéressante mais à quoi ça sert d’écrire en lettre tous ces chiffres. Nous allons devoir décomposer tout ce qu’on apprend et trouver leur but, si nous voulons ré-intéresser cet enfant. LeChat s’est confronté à l’étrangeté des mots qu’on ne sait soudain plus écrire, ce qui est particulièrement drôle dans une telle optique d’apprentissage – mais qui montre à Prince qu’adulte on a oublié bien des choses sans que ce soit un drame.

Je souffle, musique sur les oreilles et clavier au bout d’un bras. Je tente bien d’écrire à deux mains, mais la tendinite me rappelle très vite la mauvaise idée que c’est – elle fait douloureusement parler d’elle mais il semble par contre que je sorte de ma crise.. cela semble encore léger mais j’espère, les autres douleurs sont moins présentes et je suis un peu moins dans le brouillard. Hier soir alors que je fermais les yeux, LeChat a exigé que je ne fasse rien dans la maison. Rien. Pas même une petite vaisselle. Ce qui m’a instantanément réveillée pour une heure entière, mais qu’allais-je donc bien faire à part lire ? Je dois réapprendre les gestes avec un bras à ménager, c’est si perturbant alors que j’ai déjà tout un corps auquel faire attention.
Je regarde ma maison et je vois tout ce qu’il y a à faire. C’est effrayant.

Ma belle-mère se rappelle à nous régulièrement et Noël ne se profile pas. L’ambiance ne s’améliorant pas, personne pour l’instant ne veut se réunir pour l’occasion – pas même elle. Comment mettre les enfants au milieu d’un carnage pareil ? Nous pourrions dire que nous avons le temps, mais un mois après l’explosion de la belle-sœur nous sommes toujours en plein marasme et le caractère de ma belle-mère fait qu’elle reste bloquée sur cette constatation : le mythe de la famille unie s’effondre. Que des personnes soient blessées est secondaire, qu’il y ait des affinités est secondaire, l’on devrait tous s’aimer d’un amour indefectible malgré les agressions. Et elle voudrait être celle qui réunit ce tout, celle qui réussit. Elle trône sur la famille, complètement dépassée et refusant de l’accepter.
Je ne bouge pas. Je ne réponds plus au téléphone – je filtre – je laisse passer cette tempête. Elle a dit de Prince qu’il était égoïste et n’en démord pas – et j’en suis responsable sachez-le, de cet égoïsme – étiquette posée suite à des conflits entre enfants. Elle oublie la richesse d’un enfant, ne voit pas ne voit plus les doux actes ne veut peut-être, plus les voir. L’éducation que nous donnons lui pose un tel problème qu’elle ne fait plus que pointer l’inadmissible, que tout retard pour venir à table l’agresse personnellement, que tout l’agresse personnellement dans cette éducation de toute façon. Nous faisons tout à l’envers en écoutant autant nos enfants. A l’heure actuelle, si la question m’était posée, je répondrais qu’elle n’est pas prêt de revoir ses petits enfants. Heureusement que personne ne la pose, cela évite de poser un fait difficile à faire bouger ensuite.
Je fatigue d’en être là.

Je dois envoyer un courrier où il est écrit la vie est belle, mais je peine un peu pour aller jusqu’à la Poste. Il partira bientôt, quand le moment sera le bon c’est certain.. J’espère les gens que vous recevez mes courriers, n’ayant que peu de retour. Je dois me rendre également à la librairie où mon agenda de 2016 est arrivé ; l’effort social que cela me demande est si élevé que je reste là, chez moi, à écouter une musique qui m’apaise. J’aime beaucoup É. mais ne me sens pas capable d’affronter le monde extérieur. Peut-être parce que le téléphone a trop sonné ces derniers jours, entre ami(e)s, administration, écoles et activités – car des gens bien élevés ont rappelé parce que nous n’avions pas réussi à les avoir, que nous ayons où non laissé un message.. on n’a pas idée d’un tel savoir-vivre.
Je songe à noyer mon téléphone.
 
 
 

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