fracas

 

Il y a parfois cet espace temporel abominablement tendu ; l’enfant qui pleure. L’assiette prête de voler, parce que trop chaude. Les larmes parce que ça refroidit pas assez vite, c’est chaud toujours, y’a pas assez de gruyère alors il en remets mais il n’est pas fondu alors on remet l’assiette dans le micro-ondes, trop chaude l’assiette, et la crise de nerfs oh la crise. Si ce n’est pas l’assiette, c’est la couverture, mal mise. C’est la main, qui a dérapé sur le dessin. C’est le trait de crayon, en trop. C’est le cri qui fuse parce qu’il y a un caillou dans la chaussure, et la chaussure vole sur le trottoir et le cri vole et on ne peut plus rien, plus rien, pour remettre la chaussure parce tout est à sortir avant.

Il y a sur les épaules de cet enfant quelque chose qui me dépasse. Ce n’est peut-être rien finalement, ce n’est peut-être que la frustration qui ne se gère pas. Trois jours que ce jeune homme craque plusieurs fois dans la journée pour des bricoles sur son chemin, trois jours que je tenais globalement assez bien ce qui ne pouvait durer éternellement. Avant cela, nous avons géré l’école et ses angoisses, avant cela nous avons géré les dessins jamais comme il faut – et ce depuis qu’il sait tenir un crayon ; il était capable de hurler sur un gribouillage – avant cela nous avons géré les échecs insupportés, avant cela nous avons géré le monde de Prince et ses angoisses de la non perfection. Cela fait sept années de cris, de hurlements, de larmes, et d’écoute.

J’ai craqué.

Parfois il faut bien le dire, parfois il faut bien se placer. Dans le mot craquage. Le ras-le-bol et les poils hérissés de cris et toute la peau épidermique. Je gère extrêmement mal qu’on me crie dans les oreilles, je ne distingue plus ce qu’il y a dans ma tête j’en sors je suis au-dehors. Tellement en-dehors que je bascule et que je crie à mon tour. Ce n’est plus moi c’est le dehors. Être hors de moi me ronge, je veux juste rentrer en moi, retrouver mes repères, ne plus me blesser au monde. Je me cogne aux angles, j’enfle je m’emplis d’air et je l’expulse sur eux, les petits qui criaient juste avant et qui maintenant pleurent parce que j’ai enflé parce que j’ai grandis, parce que leur monde a bougé ; il s’est déplacé en dehors et il fait peur ce monde dehors il y a tous les monstres qui sortent de dessous les lits. Je fais peur à leur dedans, avec mon dehors.

Dans l’urgence de redescendre j’ai tremblé.
Elle n’est jamais loin vous savez, celle qui m’a élevée avec son bras levé.

Certaines ombres sont trop pour moi.
 
 
 

4 commentaires

  1. Ça arrive de craqué. Ça m’arrive et pourtant ma mère n’avait pas le bras levé elle était absente. J’ai craqué cette nuit dans l’avion, fatigué et elle aussi et il y avait ses pleurs, mon stress, le sien et j’ai craqué entre deux sièges d’un A330. N’ai pas honte de ce qu’il y a en toi. Le dangereux n’est pas ce qu’il y a en nous de sombre, c’est de ne pas en être consciente. Toi tu le sais, tu connais ton dehors alors avec de l’entraînement tu pourras le laisser dedans à jamais. Pour ton fils, je dirais qu’il a du mal avec la frustation, et l’échec. Ton soutien sera son meilleure remède. Ça et le temps !
    Je t’embrasse toi, ton dedans et ton dehors !

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