Il suffit d'un mot

Le difficile équilibre des petits cailloux

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Je me suis fait happer. Profondément. Je n’y ai pas cru tout de suite, ce n’est tellement pas moi, tellement pas la personne que je suis. L’envie des larmes est plus forte, je suis déstabilisée. Oh j’ai eu ma belle-mère au téléphone, et je lui ai montré la facette tout va bien. J’ai bien glissé sur le rhume – qu’est-ce qui m’a pris de préciser que Prince était groggy ? J’ai eu la réponse adaptée à mon dérapage, « ça passera », c’est vrai, quelle idée de le mentionner – mais globalement l’appel c’est passé comme il se devait.

Je crois n’avoir jamais eu autant de personnes pour parler avec moi. Je réponds au téléphone, je réponds aux mails, je réponds aux messages privés. Je lis des livres ou des manuscrits qu’on m’envoie, je me nourris d’échanges riches, je dessine – bon d’accord, glauque, ce n’était pas voulu – j’écris même en douce.
Je ne me suis jamais sentie aussi seule, et cela n’a pas de fondement.

Et pourtant.
Je fixe l’écran sans le voir, je me sens lourde d’angoisse. Je n’ai rien envie de faire, je continue pourtant d’avancer, je me force, encore, avant de sombrer trop loin. C’est que je me vois tomber et cela ne me plait pas. Je m’égare, moi si joyeuse.

Je le sais. Je donne bien le change – ce n’est même pas volontaire. Sur le moment je suis pleinement là et je ne vais pas si mal. C’est après. Quand le dernier point du mail est envoyé, quand j’ai raccroché. Il y a comme un poids, une tristesse infinie. Je vais fermer les yeux, un moment, pour ne pas voir. Comme j’ai fermé les vôtres – mais cela ne s’est pas vu. J’ai lâchement quitté Deezer qui refusait de comprendre que je ne voulais définitivement pas savoir ce qu’écoute ma belle-sœur, je ne savais plus comment lui dire que je voulais pas que cinquante personnes que je ne connais plus puisse avoir la possibilité de m’entendre chanter sur Mo’Kalamity. Je ne supporte plus ces liens qu’internet tisse sur son bon vouloir sans tenir compte du mien. Je me décale. De plusieurs pas. Je ne suis pas certaine de savoir l’instant où je peux parler et où je dois me taire, je ne sais plus ma place. Et ce n’est pas plus triste que ça. Ce n’est pas. Plus triste. Je ne sais juste plus parler, les réseaux me fatiguent de ce vide placé sous les pieds des autres, je ne peux m’y placer aussi. Je ne fais que vous taire

Peut-être que ce repas de noël auquel j’ai consenti me pèse trop, peut-être que ce n’est pas cela et dans ce cas je ne sais pas ce qu’il m’arrive. Ou alors le manque de soleil, la dépression saisonnière. Peut-être que le manque de lumière, de chaleur me décompose. La douleur qui revient, plus fortement, peut-être, aussi, parce que ce froid à mes fenêtres qui entre insidieusement. Peut-être le manque de sommeil, puisqu’il me fuit malgré l’oxygène qui m’aidait jusque là, ou à cause de lui parce qu’il siffle dans mes oreilles et me maintient éveillée – me comprendront sans doute ceux qui s’en servent.
Peut-être qu’il y a rien et que je ne fais que mourir mon âme, faut d’écriture intensive.

Les nuances de la dépression ne cessent pas de s’installer juste parce que tout va bien.
C’est le plus difficile.
Ce monde qui se teinte de gris, sans raison.

Je ne trouve plus mon être.

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