La tolérance, cet élan qui se joue à deux

soupe potiron dessins
Quand je joue avec ma soupe – effectivement, aucun rapport

 

Je retiens les mots, l’angoisse, ce que je suis. Je me retiens d’être droite dans mes pas, pour ne pas avoir à subir les trente prochaines années d’une belle-mère acariâtre, agressive et en colère, ce qui me vaut de ne pas écouter les besoins qui pour l’heure, me rongent. L’angoisse me submerge, par vague, dès que le sujet est abordé. Je le sais que je n’écoute pas mon besoin de clore la porte à ma belle-sœur, je le sais. Je protège, ce faisant, tout notre avenir familial. Cette année est une obligation sociale hypocrite qui fera croire à ceux qui en ont besoin que les morceaux se recollent. Les autres années se feront comme je le souhaite, m’appartiendront. Droite dans mes pas.

Elle demande pourquoi juste la journée. Elle. Demande. Elle dit ça va faire beaucoup de route, elle pose il y a des chambres d’hôtes, elle juge – elle s’attendait semble-t-il à ce que nous passions quelques jours avec eux, dans la joie et la bonne humeur ; comme si nous pouvions effacer les agressions. Elle. Demande. Pourquoi. Un jour je vais lui apprendre la vie et ça ne va pas être joli comme vie. Je pourrais lui répondre que personne, personne n’a envie de venir ce 25 décembre. Que chacun fait acte de présence pour sauver les apparences. Personne ne se réjouit. La contrainte familiale impose qu’on accepte, qu’on se voit, qu’on se rencontre, qu’on offre des cadeaux aux enfants – mais pas aux adultes, nous avons demandé à arrêter cette fuite dans la sur-consommation. Je souhaite me réapproprier les cadeaux, noël, l’envie de partage et de plaisir – et de faire plaisir – et ne plus me torturer l’esprit sur ce que je vais bien pouvoir offrir à des personnes que je connais si peu.

Noël va être des plus étranges.

LeChat a mis deux semaines pour répondre au mail de sa sœur. Je commençais à stresser de ce temps de réponse, j’angoissais que cela me crée, à moi des soucis. Que revienne en blessure ce « Ambre empêche-t-elle que les frères et sœurs se voient ». Elle me prêtait un pouvoir que je n’ai pas, dont je ne voudrais pas. Qui ferait de moi une personne bien sombre. LeChat lui se torture, il dit toute l’injustice de m’imposer ce repas, l’injustice qu’il soit orchestré pour noël lui qui a déjà tant de difficulté avec cette fête. Nous en avons parlé, ses mains dans l’eau de la vaisselle, les miennes sur le torchon. Nous nettoyions, épurions, posions nos besoins et nos désirs. Nous prenions soin de l’un, de l’autre, avant de prendre soin d’eux. Je l’aime.

Depuis ce mail empli de tolérance finalement, il semble que chez mes beaux-parents se soient relâchées des tensions folles, si folles. Mon beau-père a pris le téléphone et sans doute, elle n’était pas capable de le faire, trop d’émotion pour elle dans notre acceptation, dans ce mail. Alors il a pris la parole. Sur fond d’opération bien passée et de remerciement pour les mots et les photos envoyées, il a terminé par une acceptation à laquelle je ne m’attendais pas – je m’attendais à des jugements, comme ceux que nous avons, pour d’autre sujets ; comme l’éducation par exemple. Non que leur avis compte dans notre vie, simplement ne pas les avoir contre nous rendra la vie plus évidente, plus simple.
Mon beau-père a dit – et c’était leurs premiers mots sur le sujet qui jusque là n’avait eu aucun écho – c’est formidable que vous fassiez l’école à la maison. Formidable. J’en suis restée sans voix, pendant que mon mari me disait les mots de son père. Les mots racontaient une autre histoire, un autre temps. Que s’ils l’avaient su, ils l’auraient fait eux aussi. Ils auraient fait autrement. Comme nous. Il aurait adoré apprendre à ses quatre enfants tout ce qu’il sait de la vie, de la nature, de toute curiosité instinctive. Ils en ont discuté, ils trouvent cela formidable. Formidable.

A mon mari j’ai signalé que j’allais avoir besoin de réentendre ces mots.
Tous.
Pour m’imprégner.
Régulièrement, mes beaux-parents sont là où je ne les attends pas.
 

 
 

Dame Ambre

L'Ambre des arbres coulent dans les veines des forêts, ils regardent les fées s'activer autour des humains et le monde meurt de son aveuglement.

(Jamais les mots ne disent ce qu'ils pensent.)

D'autres mots d'hier et d'avant avant-hier

6 Comments

  1. Cela faisait un petit moment que je n’avais pas lu l’un de tes articles. Je suis contente de tombée sur celui-ci. Je vois naître une lueur optimiste.

    J’aime ton bol de soupe et il ne m’a pas surpris lorsque je l’ai vu en même temps que le titre de ton article. Je vois dans ton bol de soupe deux dragons qui tournent ensemble, qui font connaissance. Je crois que c’est une croyance chinoise : certaines personnes sont en réalité des dragons, il ne faut pas être malpoli avec elles sinon elles reprennent leur vraie forme et te mange… C’est un peu ça, la vie de famille non ? On tourne les uns autour des autres, on se teste, on se blesse parfois, on a peur des conséquences, on ne veut pas les voir, et vient par moment la petite phrase qui fait plaisir et qui apaise les tensions.

    J’aime ton bol de soupe.

  2. J’aime ton message, Céline, il est parfait. Et je suis d’accord pour les dragons ^^
    Et j’aime ton message Ambre, il est… rassurant. Parce qu’il contient un peu de cet apaisement dont vous avez tous besoin, il me semble.
    Je suis navré que cela passe par ce stress du moment obligé, de la convention « inutile ». Mais je note qu’on est toujours surpris par les gens intelligents, et peut-être que cette fois là aussi sera surprenante, en bien =)
    Des bisous à tous !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *