Je n’ai rien à raconter

flou champignon
 
Je n’ai rien à raconter.

Je ne bouge pas. Je peins comme je peux pour le plaisir, j’écris si peu que je ne touche plus du doigt la magie, je ne sors pas de chez moi. Pas de travail, pas d’activité, pas d’objectif, juste des enfants et une maladie qui me cloue. Je vous lis et je me dis que bordel vous en vivez des choses aux coins de vos rues, dites. Je ne vis rien, je m’étale. Je meurs d’inactivité, je meurs d’in-objectif. Que vais-je bien pouvoir faire de moi ? Comment je m’épanouis moi, comment je le trouve ce travail formidable qui me fera me lever le matin avec le sourire aux lèvres ?

Je me suis perdue courant septembre sans bouger de ma place. J’ai tellement tenté d’intéresser Prince à quelque chose, j’ai tellement tenté de passer au-dessus de sa phobie scolaire, j’ai tellement tellement proposé d’activités qu’ils ont refusé, que je me suis laissée gagner par la morosité et la grisaille des nuages. IL pleut bien davantage en moi. Les activités qui trouvent enfin grâce à ces yeux arrivent presque trop tard, je ne remonte plus. J’ai perdu cette fibre qui me définit, la joie qui est en moi s’échappe.

Je n’ai plus de profondeur.

Je me confronte à ce je ne sais pas écrire, dispute auto-personnelle que je m’inflige à moi-même. Je m’y suis remise – les mots se sont tissés, complétant une scène – comprenant soudain ce lâcher-prise nécessaire à l’écriture et puis il m’a échappé, encore. C’était si simple qu’il ne pouvait rester. Et puis ce n’est jamais jamais exactement ce que je voulais noyer, j’ai beau peser les mots ou au contraire les lâcher bruts, cela ne veut jamais jamais rien dire. Je ne sais pas écrire et pourtant je me demande, est-ce grave quand je lis tant d’auteurs édités qui ne me plaisent pas et dont le sans-style n’a pas déplu puisqu’il est passé sur papier ? Je n’arrive pas à décider le je le il le elle, le point de vue, le recul. Sa place. C’est finalement là la raison première de cet échec. Peut-être dois-je abandonner. Passer à autre chose.

L’enfer se déchaine entre nos murs, les enfants se posent en tyran. Un refus de notre part et c’est l’explosion certaine. Alors j’ai explosé aussi, j’ai crié. Je lui ai jeté son nounours à la figure. J’ai songé vaguement à lui balancer ma mère, lui dire qu’avec elle, c’était moi qui traversait les pièces, pas mes nounours – mais bien sûr j’ai tu, je n’étais déjà pas fière. Je ne comprends pas cet enfant qui nous pousse au bord de la falaise – je vais finir par sauter.

Notre projet de maison nous échappe, on s’est perdu en route. Colocation en deux maisons, terrain partagé, maison autonome, prêt, région, argent, énergie. LeChat est plombé, ne s’en sort plus. Et moi je pense à ce rat dans le mur qui creuse des galeries et je voudrais bien partir chaque fois que je l’entends faire grat-grat. Le propriétaire est prévenu, aucun trou n’a été trouvé, et puis depuis le temps le rat a changé de mur – présentement il a découvert la fenêtre alors il a contourné et gra-grat de l’autre côté, il a troué à gauche, en bas, à droite. Deux ans que ça dure. Je n’ose plus faire du tri, à quoi bon, nous ne partirons jamais. Nous mangeons nos délicieuses tomates rouges ou oranges au gout légèrement poivré, nous regardons pourrir une, deux, trois citrouilles, nous nous pâmons devant celle miraculée qui grossit, et nous râlons sur la petitesse de notre extérieur. Nous stagnons, sans force. Il en faut, même quelques miettes, pour lever la tête. Le sol est admirable.

L’oxygène me cache une grosse crise, je suis moins affalée qu’avant et j’ai mis du temps à le comprendre. Je suis en crise. J’ai plus de douleurs, j’ai plus d’épuisement, j’ai plus de larmes à verser. Mon corps me lâche – ce yoyo aura ma peau – et je suppose que c’est là, l’origine de ma détresse émotionnelle. Elle n’en est pas moins là, je n’en suis pas moins bas. Je me quitte, je suis dans l’exacte fissure où j’oublie les mots, je les cherche et je m’énerve de ne pas les trouver. Je suis dans l’absence, me concentrer me demande tant d’efforts – et pourquoi donc vraiment se concentrer et écouter les fissures de l’autre. Dis-le toi, que je n’entends plus, que je suis sans pensée.

Je n’ai rien à raconter.
De doux.

 
 
 

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12 commentaires sur “12”

  1. Coucou ma belle,
    Je lis ton message et imagine ta détresse. Ce n’est que passager, ton inspiration reviendra bien vite avec ton moral.
    Je suis de tout coeur avec toi.
    Pleins de bisous doux

  2. Je te souhaite de vite reprendre du souffle, le vice du malêtre englobe facilement tout, tes capacités ne sont pas parties, elles sont juste dans le brouillard. Je t’envoie tout mon soutien!

  3. Je t’embrasse FORT FORT FORT.
    Je ne prétends pas connaître ce que tu vis mais ça résonne fort avec ma vie toulousaine et cette lassitude de tout. Si je peux faire quelque chose pour toi, dis le moi. Vraiment.

    1. Merci, beaucoup. Ne pas être seule, c’est déjà une chance 🙂 C’est difficile de mettre en place les changements dont on a besoin, quand de l’autre on est épuisé, sans énergie, sans envie.. ^^’

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