Je t’emmène en Automne, au Mont-Dore – 4

Nous avons repris la route, pendant que Hibou s’endormait à l’arrière et que les arbres disparaissaient selon les côtés de la montagne. La vie était rousse, jusqu’à son herbe, jusqu’à son odeur. Automne s’est installé depuis un petit moment et je ne le savais pas depuis mon jardin encore vert-fané. Depuis la fenêtre de chez moi, le gris tombe sur nos épaules et froissent les feuilles qui résistent. Je crains que nous ne passions de ce vert désabusé aux arbres nus, sans distinction de couleurs. Mais depuis le début de notre excursion, je voyais Automne à l’œuvre dans une danse folle et joyeuse – il est si chaleureux – et dans une luminosité parfois aveuglante, trop pour mes photos. Des lambeaux de nuages s’accrochaient parfois là, tout en haut, dans l’inaccessible, alors ils enveloppaient le monde d’un léger brouillard de temps à autre – pour rappeler que les temps froid arrivent, sans doute.

montagnes nuages auvergne

montagnes automne ensoleillé

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Je déclinais particulièrement quand la voiture s’est arrêtée au bas de la montagne qui nous rendait aux cascades. Hibou dormait et LeChat tenant absolument à ce que je puisse y faire des photos, nous sommes partis, Prince et moi, un pied après l’autre. Les mots suspendus aux lèvres de mon enfant n’en finissaient plus de tomber sur moi, et j’ai fini par lui demander d’écouter le courant de l’eau et le pépiement des oiseaux – s’il t plait. Est-il possible qu’il arrive un jour au bout de tout ce qu’il a à dire ? Je ne le lui souhaite certes pas, pour autant j’ai apprécié le soudain silence dans son sourire. Nous avons marché et finalement, nous sommes allés à la cascade du Rossignolet – les autres étant trop éloignées pour moi. J’ai pris trois photos et puis je me suis assise, incapable de bouger – épuisée.

cascade Rossignolet Auvergne Mont-Dore

Branches jaunes Auvergne Mont-Dore

Je me suis soudain rendue compte du temps qui passait – mais où donc étais-je partie ? – et nous avons rejoint LeChat. Je ne sais plus la route pour arriver au Mont-Dore, c’était si proche que je me suis laissée bercer – quelques minutes, le temps de redescendre et de trouver notre hôtel. J’y suis entrée échevelée, à bout, en portant deux sacs pour aider LeChat – et en tuant mes articulations – et j’ai dit oui oui à tout à l’heure au réceptionniste qui avait l’air d’y tenir. C’est en arrivant devant notre porte que j’ai réalisé qu’il pensait nous voir au repas du soir, alors que nous avions apporté de quoi manger. J’imagine qu’ils ont installé une table et qu’elle s’est sentie abandonnée. Mais moi je ne pensais plus, je voulais juste m’allonger. Nous avons ouvert la porte sous force de bip-bip-bip – parce que ce n’est pas silencieux, ces systèmes sans véritable clef – et j’ai pensé défaillir. Comme ça. Mes yeux me trompaient forcément, il s’était trompé, en bas, à la réception, il y avait erreur. Je cherchais des yeux la pièce avec deux lits, que je m’étais naïvement imaginée, en lieu et place de ce couloir. Un couloir, bonté. LeChat a du me demander d’avancer, parce que je ne bougeais plus. C’était une suite, une suite. Je n’ai pas compris comment nous pouvions nous payer ça, je n’ai pas compris comment il était possible que ce soit pour moi, ce couloir, cette chambre sur la gauche, ce grand salon sur la droite, cette belle salle de bain et notre chambre là, au fond, si spacieuse. Une. Suite. Sur le pas de cette porte, avec mon mari derrière qui se riait gentiment, j’ai posé mes valises – celles qu’on ne prépare pas mais qui s’invitent, si lourdes. Plus rien ne comptait, j’étais dans un hôtel et la légèreté m’appartenait – ou bien c’était le monde.

hotel salon Mont-Dore

hotel chambre LeChat Mont-Dore

La décence posera un voile sur la nuit – mais je veux bien y vivre toutes mes suivantes. Dimanche s’est levé sans notre avis, et nos enfants fous de joie ont testé la douche de l’hôtel ; Prince nous avait de toute façon annoncé qu’il comptait TOUT tester et il n’a rien laissé au hasard : si ses parents ont gardé la tv éteinte lors de leur soirée en amoureux, lui l’a découverte au matin pendant que je dormais encore. Il a réellement tout testé. J’ai pris la mienne aussi vite que possible tant j’avais faim et nous sommes descendus à 10h30 passés – mon homme merveilleux, m’avait laissé dormir. Une table nous attendait au matin malgré notre absence de la veille. Le petit-déjeuner fut simple et pourtant il avait ce petit quelque chose de royal, sans doute le fait d’être servi y était pour quelque chose : jus d’orange, yaourts, fruits, thé, café, pains au chocolats, croissants, pains, beurre, confiture, miel. Rien que de très classique, et pourtant… J’ai quitté la table à regret, sachant que nous signions par là même, notre départ. Les enfants avaient fait de leur lits superposés, un nid d’aigle et il fut difficile pour eux, de partir. Comme pour nous, le charme de l’endroit avait agi. Prince a soudain craqué dans le hall de l’hôtel, pleurant qu’il n’avait pas dit au revoir à son lit et nous avons dû redemandé la clef et remonter pour qu’il puisse en partir plus serein. Puis parce que j’avais oublié ma bouillotte dans le lit… Oui nous avons eu du mal à partir. Pourtant ça en valait le coup.

hôtel vue Mont-Dore
Vue depuis la chambre

Mont-Dore rue Auvergne

oiseau buisson

Nous avons fait un petit tour dans la commune – en m’imaginant sans mal vivre toute ma vie dans ce décor – ce qui fut particulièrement rapide vue sa taille, le temps de bien dégourdir les jambes des enfants et nous avons repris la voiture pour nous rendre au pied du Massif du Sancy. Le soleil est resplendissant, le ciel bleu et dégagé : la journée nous appartient pleinement. Je reprends mon appareil pendant que la voiture grimpe tranquillement jusqu’à notre – proche – destination.

route massif du Sancy

route massif du sancy montagnes

route massif du sancy arbres

route montagnes massif du sancy

La route s’achève là, en plein milieu des montagnes et de la station de ski, et forme un vaste parking plus ou moins rempli. Un panneau nous averti qu’il est payant et nous songeons à mettre fin à l’aventure : nos finances ne sont pas inépuisables et nous avons encore le repas de midi à acheter. Par acquis de conscience, LeChat va vérifier les tarifs et reviens avec l’information merveilleuse qu’il n’est payant qu’en hiver. Nous descendons de voiture sans la moindre idée de ce que nous venons faire là, sinon respirer cet air incroyablement pur et profiter de la vue magnifique. Pas un instant, nous ne pensons faire une randonnée, d’autant que de toute façon, je ne pourrai jamais la supporter après avoir déjà tant marché la veille.
Je ne vous l’ai peut-être jamais confié, mais je m’aime. Beaucoup.
J’ai marché.Deux fois.
[A suivre]

massif du sancy Auvergne
Nous nous rendons là, à ses pieds

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