Il suffit d'un mot

Je t’emmène en Automne, le Massif du Sancy – 5

[..] Nous voici donc au pied du Massif du Sancy, entourés par la chaine de montagne et les câbles de la station de ski. Des randonneurs chevronnés nous dépassent, bâtons de montagne à la main et bonnet sur la tête. Cela pourrait prêter à sourire – il commence à faire particulièrement chaud, au point que je vais terminer la balade en tee-shirt manches courtes – mais je ne m’y risquerais pas, je suppose qu’ils connaissent bien les lieux. Je comprendrai bientôt, quand j’aurai marché suffisamment pour voir l’ampleur du décor : plus ils vont monter, plus il va faire froid. Nous ne sommes pas allé assez loin pour le savoir, Hibou n’en était pas capable.

Massif du Sancy maisons

massif du sancy station de ski automne

Pour l’heure, je ne sais rien de ce qui nous attend, je respire à plein poumon et ouvre grand les yeux de peur de manquer ne plus me souvenir. Une maison détruite en plein milieu du départ de la randonnée nous attire comme un aimant. Trois personnes y ont trouvé la mort, la Gestapo y ayant mis le feu, suite à une dénonciation. De quoi pouvait-il bien s’agir d’autre de toute façon, pour venir en pleine fonte des neiges, tuer trois personnes vivant dans une maison au fond d’une vallée cernée par la montagne ? Cela teinte le décor d’une certaine tristesse. Le traumatisme de la région est posé là, dans ce décor sublime, parfaitement en osmose avec le lieu. C’est très étrange.

maison brûlée massif du sancy auvergne

Ce qui s’étend juste à la suite de la maison est une sorte de prairie sans chemin précis coincée entre les montagnes, et je vois au loin disparaitre dans un tournant, les marcheurs. Et ma curiosité insatiable lorsqu’il s’agit de nature ne me laisse pas en paix une seconde : je veux savoir ce qu’il y a là-bas, au fond, quand ça tourne. Il le faut, ce n’est pas raisonnable, je dois savoir. Et quand Hibou refuse catégoriquement d’avancer, je vois LeChat se décomposer : lui aussi voudrait savoir, nous avons la même curiosité. Je lui propose donc de rester avec Hibou le temps que je parte là-haut – et même si sur les photos ça ne se voit pas, en réalité ça grimpe bien, le terme « la-haut » n’est pas du tout employé par erreur – et vraiment je promets de ne pas aller plus loin, je veux juste satisfaire ma curiosité, et puis je redescendrai et à son tour il grimpera pendant que je garderai Hibou. Tous les deux satisfaits, je m’évade avec Prince – qui parle, parle, parle ; comment fait-il pour grimper et parler ? Je m’essouffle.
Puis-je le dire ? Mes jambes m’ont fait regretter mon choix dès les dix premiers pas. J’ai su immédiatement que je me devais de choisir entre la semaine qui venait ou la montagne.
Je vous laisse deviner. Ce que j’ai choisi.

Massif du Sancy chemin
Juste à gauche de l’arrondi des roches, le « chemin » qui tourne

prairie massif du sancy

chemin massif du sancy auvergne montagne arbres

arbre massif du sancy auvergne

Aucun chemin où poser ses pieds. Dans ce qu’on pourrait considérer comme le milieu du passage, un très grand panneau – le second en réalité – annonce qu’à partir de là, nous entrons dans une réserve naturelle, avec marmottes, mouflons, chamois, loutres, rapaces.. et une flore précieuse – 121 espèces de plantes protégées. Et qu’à ce titre, les chiens, les vélos, la cueillette et le camping sont interdits. Prince, qui vient de hurler – et dans la montagne, on l’entend loin – parce que deux chiens joueurs lui ont foncé dessus, se rassure donc pleinement : plus de chiens. Il a un jour foncé sur une route pleine de voitures pour en éviter un, sa phobie est particulièrement bien ancrée. Il est donc vraiment très heureux de ce message.

Puisque nous n’avons pas de chemin précis, nous crapahutons. Les rochers se disputent l’herbe, à moins que ce ne soit l’inverse, qui se disputent les cours d’eau.

Le Mont-Dore voit naître sur ses terres l´une des rivières françaises les plus connues : la Dordogne, dite la Rivière Espérance. Sur les flancs du Puy de Sancy, deux petits ruisseaux de montagne, la Dore et la Dogne se rejoignent à ses pieds pour ne former plus qu´un, la Dordogne.
Source

Tous les dix pas, nous traversons un cours d’eau, en miroir aux montagnes et au soleil. Certains sont minuscules et égarés, d’autres bien plus larges et il faut sauter par-dessus pour continuer – et c’est jouissif. Je grimpe, je saute, je tais mon corps, je suis une personne normale, je suis comme eux à qui je dis bonjour avec un sourire à faire de l’ombre au soleil. Je suis vivante.

rivieres massis du sancy
Notre « chemin »

rivieres Dore Dogne

riviere massif du sancy soleil

riviere massif du sancy fleur trefle

Et puis. Dans un mélange d’ocre et d’indéfinissable, la chatoyante terre rocheuse se dévoile. Je suis arrivée au milieu d’un chemin de cailloux et de roches mêlées et j’ai vu. Et ce que j’ai vu m’a tellement, tellement donné envie d’aller loin, très loin, tellement plus loin, pour savoir, vraiment, ce qu’il y avait là-bas au bout quand le chemin tournait dans la montagne ! La promesse de redescendre, ah la promesse..

rocher chemin massif du sancy auvergne

arbre doré massif du Sancy

chemin massif du sancy auvergne montagnes

Je n’ai pas pu rebrousser chemin là, je me suis un peu avancée, juste un peu. Pour d’autres photos, pour respirer encore, pour être vivante. Encore. Je savais que LeChat ne m’en voudrait pas et qu’il comprendrait, alors j’ai savouré sans culpabiliser. J’ai beaucoup regretté, pour la seconde fois, de ne pas avoir avec moi le pare-soleil de mon appareil… la qualité s’en ressent.

soleil montagne massif du sancy

randonnée massif du sancy auvergne

randonneurs massif du sancy auvergne

Ça n’a pas l’air, comme ça, mais les randonneurs sont très loin. La photo a été prise avec un téléobjectif, rapprochant donc les sujets – seule, je ne peux pas porter mes deux objectifs, je ne suis donc montée qu’avec le plus lourd, LeChat gardant en bas l’attirail. J’ai pris une dernière photo et j’ai annoncé à Prince le départ. Qui n’était pas trop d’accord pour repartir ^^’ Je lui ai proposé de rester là, en faisant très attention aux pierres et à la rivière qui coulait allègrement et puis je me suis retournée, pour y faire venir LeChat.. et là.. ce contraste, mais ce contraste.. Un décor de steppes d’un coté, des arbres pourpre et or de l’autre.. la magie de la montagne.

arbres montagne massif du sancy

arbre rocher massif du sancy

flanc montagne massif du Sancy Auvergne

rapace massif du sancy

arbres massif du Sancy
Et puis tout en bas, tout à droite, LeChat et Hibou qui m’attendaient le nez dans l’herbe

Avec toute l’énergie contradictoire des enfants, Hibou a décidé de grimper lui aussi. Alors. Bien sûr. Quelque part. J’avais le choix – d’une certaine manière. Je pouvais tranquillement m’asseoir dans l’herbe et les attendre. Mais la chance de pouvoir revoir ce magnifique décor m’a fait repartir à l’assaut. J’ai un peu pas tenu compte de mon corps. Sans regret.

On repart ? On repart 🙂

Cette fois j’ai grimpé sans faire de photos, et j’ai repris ensuite l’appareil : nous sommes allés plus loin que ce que j’avais marché et c’était merveilleux. Prince – extatique d’être resté seul pendant bien vingt minutes – et moi avons glissé et trempé un de nos pieds, brrr. Les rivières en montagne, c’est particulièrement glacé ! J’ai pu testé d’autant plus que n’ayant pas prévu de partir marcher ainsi, nous n’avions pas d’eau : assoiffée, j’ai bu l’eau de la rivière ; elle était délicieuse.
Deux couples ne se sont pas sentis concernés par le panneau « réserve naturelle » et « interdit au chiens », pas davantage par « ne rien jeter » puisque son mégot à rejoint les herbes sèches. C’est à vous dégouter, parfois.

chiens massif du sancy

chemin et rivieres Sancy

chemin riviere

prince rochers

prince riviere

riviere transparence

Nous avons du nous en retourner là, Hibou épuisé demandait à rentrer et nous devions encore trouver un endroit ouvert pour manger – il était treize heures et nous étions dimanche. C’est à regret que nous avons fait demi-tour, sur ce paysage grandiose et cette invitation à poursuivre. Comment voir le chemin et lui tourner le dos ? Comment ? Le téléobjectif est là encore trompeur, nous étions très très loin de ce chemin qui serpente dans la montagne.

chemins massif du sancy

Nous sommes repartis pourtant. En bas nous attendaient, fidèles, les câbles de la station d’hiver.

station ski automne massif du sancy

Nous avons trouvé une pizzéria ouverte – j’ai découvert à ce propos ne plus être capable d’en manger sans avoir l’estomac lourd, c’est la troisième fois je n’ai plus de doutes – et nous sommes allés dans un immense parc de verdure et de pissenlits, avec une vue toujours aussi magnifique sur le Massif du Sancy.

parc massid du sancy

parc arbre massif du sancy

Et puis. Nous sommes rentrés. Les nuages s’amoncelaient soudainement, et nous, nous avions de l’or dans les yeux.

nuages auvergne

route retour auvergne
De l’or dans les yeux.

8 Comments:

  1. Même si je ne connais pas « tes »montagnes, je les comprends, elles ont le même langage que les « miennes ».
    Je reviendrai…

    1. Elles sont différentes mais je les aime toutes ^^ (sur ton blog, le « mes » voulait juste distinguer la différence de montagnes, certes pas me les approprier, je ne voudrais pas avoir été maladroite 🙂 )

    1. Superbe endroit en effet ! Tu iras forcément plus loin que nous, j’espère que je verrai des photos alors ? ^^
      Douce soirée ) toi aussi 🙂

  2. Merci pour ces belles photos, elles sont absolument sublimes. Je me rends compte à quel point ça me manque la montagne, les randonnées en famille. Regarder des photos comme les tiennes me permet de m’évader un petit peu virtuellement mais malheureusement rien ne remplace les sensations vécues sur place… Vivement le jour où je pourrai m’y remettre, décrasser mes poumons et libérer un peu ma tête de tout le tracas quotidien..

    1. Je te le souhaite très fort, c’est tellement bénéfique… Moi-même je ne le fais pas suffisamment, j’aurais besoin de bien davantage ^^ Je mettrai d’autres photos dans mes posts, je n’ai pas pu toutes les mettre !

      Je découvre ton blog, je suis fan <3

  3. Bonjour 🙂
    ça me donne sacrement envie de faire de la rando en montagne même si ça semble vraiment pentu !
    Bravo pour le dépassement de toi et les superbes photos.

    1. Bonjour 🙂
      Je pense que le Sancy est surtout une « épreuve » d’endurance. A l’œil nu ça ne semble pas gros, mais qu’est-ce que ça grimpe finalement ^^ Mais ça ne se voit pas (d’autant qu’il y a tous ces passages plats entre les ruisseaux), on se concentre sur le paysage et on a avancé loin, et on avancera encore plus loin parce que cette montagne appelle. C’est toute sa magie, je crois 🙂

      Merci beaucoup. Je te souhaite un jour d’y aller, cela vaut le détour !

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