Ecriture

Je ne suis qu’une simple sorcière

herbes jaunes
 
 
 
 
 
 
 
 
Il y a des jours absents, dans le calendrier. Des jours en creux qui n’existent plus, qui s’effacent, s’effondrent en laissant des trous béants. C’est une journée absente, je flotte dans ce rien pour sombrer loin où je ne suis pas. Il est mort un jour creux, c’est étrange comme choix. Onze années que ce plat s’est brisé au ralenti, avec ces milliers d’éclats suspendus dans les airs. Ils étaient là, en suspens, à attendre qu’Il tombe. Doucement, dans le creux. Un éclat après l’autre, sans bruit, ils ont touché le sol et quand le dernier s’est posé, Il était parti. Je l’ai vu sur son chemin et il y avait plus de lumière en lui que je ne lui en avais jamais vu vivant. En ce jour inexistant, je me suis concentrée sur d’autres qui s’absentent, pour ne pas créer d’autres jours creux dans ce calendrier qui ressemble déjà à un gruyère. La mort arrache jusqu’aux poignets. Je ne suis qu’une simple sorcière, et je ne sais pas remplir les jours troués, je sais faire face à la matière noire mais je ne sais pas dénouer le néant. Je sais voir les blessures, je sais les soigner, je ne sais pas les éviter. Je sais tenir la main, écouter, compatir, je sais mettre au monde les enfants délaissés et blessés, je sais parler aux arbres et aux dragons, je sais faire revenir la lumière lorsqu’il fait sombre. Je ne sais pas empêcher la mort. Je sais la voir venir, je sais quand je la touche avant qu’elle n’ai touché. Je ne sais pas faire revenir un mort. Je sais le voir, le sentir, l’entendre, l’écouter, l’aider. Je ne sais pas faire revenir un mort. Je ne sais pas. Les morts laissent nos jours creusés et défoncés, on en retire à la pelle des larmes terreuses. Alors ils nous effacent ces jours maudits années après années, ils nous offrent des jours morts pour qu’on oublie qu’ils ont été vivants. Pour être un peu là dans leur absence, ils creusent. Ils creusent et je ne sais pas les remplir.

Je ne suis qu’une simple sorcière.


 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

L'Ambre des arbres coulent dans les veines des forêts, ils regardent les fées s'activer autour des humains et le monde meurt de son aveuglement. (Jamais les mots ne disent ce qu'ils pensent.)

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