Il suffit d'un mot

Toute cette vie dans les mains

lune arbre

 

Il y a eu ces quelques jours où Reno m’envoyait me reposer et il s’occupait des enfants. Je les entendais à travers la porte fermée, à travers les murs, et j’étais si reconnaissante de ces moments que je volais pour mon corps fatigué. Quand je tenais de nouveau debout sans avoir à faire semblant que je ne tanguais pas, je les rejoignais et la vie s’est écoulée en douceur. Un matin je ne me suis pas réveillée. Cela faisait si longtemps que j’ai oublié d’ouvrir les yeux et il était 11h soudain quand j’ai émergé – merci, tant et tant. Je regrette ce projet éteint qui est indiscutablement impossible à mettre en place, j’ai été étonnée d’envisager de nouveau la yourte – mais deux oui ça m’irait mieux – ça ne se fera pas et je songe que ce qui ne se fait pas vivra sans doute dans un temps parallèle – j’imagine à côté toute cette vie. En partant tu m’as dit merci d’être toi et j’ai sursauté. Je me suis demandé si j’étais différente de la personne que tu voyais toi. Oui parfois je me pose des questions à côté.

La nuit avant que nous parlions des yourtes, j’ai fait le rêve que je déposais tout ce que je possédais sur le sol, l’un à côté de l’autre, jamais l’un sur l’autre. C’était des hectares et des hectares d’objets disposés et je les abandonnais là. Nous gardions tous un seul objet avant de mettre le feu à divers endroits de toute cette dispersion d’objets dont je ne voulais plus. J’ai un besoin de minimalisme que je n’arrive désespérément pas à appliquer et qui me poursuit jusque dans mes rêves. Et je ne sais pas comment faire.

J’ai de nouveau du thé et j’écoute Yodelice sur une playlist qui n’est pas la mienne. Je cherche à découvrir, je ne trouve pas à me renouveler. Je n’ai rien à écouter qui puisse s’écrire.

Un matin je me suis levée et j’ai cru que l’oxygène ne me faisait plus effet. Alors je l’ai augmenté, ça m’a aidée et puis plus rien. Je ne peux pas continuer à l’augmenter et surtout l’effet est bien minime. Je m’en suis ouvert à LeChat qui m’a regardé sérieusement et il m’a listé ce que je faisais depuis. Toute cette vie que j’avais désormais, sans la voir. J’en fais tant que je m’épuise, comme avant que je n’étais pas aidée par la lunette de plastique. Je crois que je vois tout ce que je voudrais faire et qui m’est toujours fermé, qui me le sera certainement à jamais. Je vais devoir apprendre à voir ce que je peux enfin faire, sans me focaliser sur l’inaccessible. J’ai tant progressé, tant changé mes journées que je finis par en faire un petit peu trop. Je suppose que je vais garder ce trop, tout en chérissant mes journées. Je ne réalisais pas à quel point ma vie a changé, tant ça parait normal normal de faire ces choses. Je peux faire la vaisselle, je peux faire l’école à mes enfants, je peux plier du linge, je peux répondre à des mails, je peux dessiner, je peux parfois écrire, je peux même lire un peu, .. sur la même journée. C’est le plus fou, sur la même journée. Il n’y a que l’écran qui continue de m’épuiser dans un laps de temps assez rapide. Il y a toute cette vie à prendre soin et je suis dedans.

J’ai quelques projets. Des tout petits et des juste petits, des fous et des vivants, des lointains et des sous-les-pieds. Je n’ai pas encore commencé à en vibrer, je ne sais pas ce que je fais, où je vais, pourquoi. Je crois surtout que j’ai trop peu de projets, encore, pour espérer m’y accrocher. Alors parfois je regarde juste le rien de ma journée. Je ne sais pas où me trouver.

LeChat a appris que des réfugiés doivent venir à quelques villages de chez nous, dans des locaux inoccupés de la mairie, j’ai déjà rassemblé les vêtements de mes enfants qui sont trop petits. Au cas où. Parce qu’il y aura peut-être des enfants, parce que je ne sais rien de la vie de réfugiés, mais je sais qu’ici à la montagne, il fait froid. J’aurais aimé me demander, avec une pièce de plus dans la maison, si j’aurais osé dire à quelqu’un de venir habiter chez nous. Je ne sais pas, moi si peu sociable et si inquiète de ma tranquillité, si c’est un geste que je ferais, je n’ai pas de pièce, la question ne se pose pas. Et je n’aime pas ne pas pouvoir répondre, j’aurais aimé avoir l’élan généreux de la maison qui se prête, moi qui ai vécu sans chez-moi à deux reprises.

J’ai des envies de voyage et de nomadisme. Parfois je voudrais déjà me rendre simplement jusque dans une librairie, quelques pas quelques pages quelques livres et puis les échanger ensuite. Est-ce que vous voulez ? On s’échangerait nos livres et on rendrait la distance moins lourde à porter. Je veux me couper le souffle sur les mots des autres entre mes doigts.

J’attends un colis qui a un retard de trente-deux jours et qui tend Prince comme un élastique prêt à se rompre, j’attends mon chargeur et ma batterie d’appareil photo et je me sens prête à me rompre – vont-ils me les rendre un jour.

Il fait froid, froid, froid, je me glace avant l’hiver.

Le temps est un gouffre sombre dans lequel je me perds jour après jour. Il disparait je ne sais comment, il lui suffit de bien peu. Comme un coup de fil, les enfants, un truc à lire sur le net, un mail à qui répondre ou le css – je viens de passer ma matinée à changer la page 404, quand même. Avec les enfants, le repas, une vaisselle, deux mails, twitter en MP et ma belle-mère au téléphone, en fait, aussi : c’est tout son secret, les facteurs se multiplient d’un coup.
Et donc. Malgré ça ou alors avec. Je compte faire le nanowrimo. Alors je me suis préparée et j’ai fait une vague trame, une fiche de personnage et un tableau excel pour qu’il compte à ma place combien je suis en retard – en mots, en moyenne, en jours de retard, à l’envers, à l’endroit, en-plein-de-moyennes-que-je-ne-pensais-pas-avoir-besoin. J’ai arrêté de m’extasier dessus maintenant – l’instant magique à pris fin – et bientôt je le détesterai de me dire tout le retard que je prends parce que je n’ai pas l’habitude d’écrire plus de trois phrases sans être interrompue. Je sais déjà que ce que j’écrirai ne vaudra pas tripettes, mais je ne le fais pas pour écrire quelque chose de lisible, je le fais pour essayer de m’entrainer, jour après jour, à poser les mots, beaucoup de mots. Danser avec. Je me demande ce que cela soulève en moi, pour que j’ose me lancer dans un challenge qu’il ne m’est pas possible de remporter.

A partir du 1er novembre, si j’écris trop sur ce blog, dites-moi de retourner écrire, s’il vous plait.

Et puis le temps me dévore je me demande quoi faire de moi, je me demande à quel moment je vais prendre au sérieux qui je suis.
Et en faire quelque chose.
Il ne s’agit pas d’être hors du monde.

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