Silencier* la cacophonie

* ce qui n’est pas d’une grande justesse quant à la définition de ces mots qui n’existent pas et qui le devraient
Silencieuser : faire taire la cacophonie
Silencier : assister à la naissance du silence
Mais comme je ne suis pas à une contradiction près concernant les termes que j’invente, je mélange donc dans la joie mot et définition.

 

Prince balançoire

 

Je me suis libérée. Je ne parlais plus beaucoup, je lisais toujours, répondais rarement, me signalais parfois et pourtant jamais jamais je n’arrivais à suivre, ils allaient bien trop vite. Leurs mondes défilaient si vite qu’ils étaient réparé quand je lisais le cassé, ça n’allait plus. J’ai perdu les échanges, les échanges de regard, les échanges de regard ami. Je me suis perdue dans la masse. Et ce n’était pas entendable – à entendre dans bien des sens. Je me suis éloignée petit à petit et ce monde a perdu sens, eux d’un côté moi du mien. Il n’y avait plus rien à continuer, c’était comme regarder à travers une lucarne et avoir envie d’être au milieu des autres.
Je me suis libérée. Ça m’a pris d’un seul coup, j’ai secoué un peu – pendant deux heures tout de même – et tout est tombé. Les chaînes, les regards, les mots, la vitesse, le harcèlement, les agitations, la pression, les vies. C’était un peu comme la télévision mais une main invisible zappait pour moi et je n’en pouvais plus, je m’effondrais. J’ai silencié la cacophonie. Et je m’entends de nouveau c’est incroyable. Je vais pouvoir lire vrai mes quatre-vingt-dix-neuf blogs – je vais attendre que le centième se signale à moi. Je vais pouvoir écouter vrai, puisque je vais choisir les instants d’écoute sans qu’ils me soient imposés. Une libération des sens. Se perdre est si vite arrivé…

La joie s’est invitée par voie postale et sans frapper à la porte, l’animal que nous attentions tant est enfin arrivé après trente-deux jours d’attente : le premier colis s’est perdu et une chauve-souris en peluche a été récupérée par une main indélicate qui a volé un enfant – doublement parce que c’était son argent. Je me demande parfois comment les gens arrivent à dormir en volant les colis des enfants mais je soupçonne la question d’être à côté de son point. Le second colis est arrivé fort agréablement aux frais du vendeur canadien, et la marionnette-peluche ne quitte plus Prince – il dort avec. Depuis la chauve-souris envahi notre espace visuel et Hibou pleure qu’il en veut une lui aussi. Ce n’est pas silencieux, ces temps-ci chez nous. C’est la cacophonie, même, parfois. En mère infâme j’envoie sur l’écran ma progéniture et je m’emplis de ce silence avant de déborder d’épines. Pourquoi ai-je autant besoin d’être à l’intérieur de ma tête… ?

J’ai récupéré mon chargeur d’appareil photo mais bien sûr la batterie n’étant pas sous garantie j’en suis pour soixante euros. Et je ne peux pas, c’est tout simple je ne peux pas. C’était confortable d’en avoir deux, je vais devoir espérer très fortement que celle-ci ne tombe pas en panne également – après tout elles ont le même âge. Je me demande à quel moment je me suis retrouvée dépendante de ce confort, jongler avec deux batteries. Je me demande encore plus quelles sont mes autres zones de confort de ce type, dont je pourrais me passer. C’est presque une contradiction, ce confort et cette vie dans ma tête.

Et puis. Et puis. Je me retrouve avec deux projets, un avec les mots l’autre avec le dessin et c’était ce dont j’avais besoin : croire en ma capacité créatrice. A mesure que je m’éloigne de ce bruit ambiant je m’immerge en moi et en l’autre. Je suis dans ce creux, cette absence qui m’offre bien davantage que cet avant cacophonique. C’est presque un éloignement de l’avant pour être plus proche dans l’après. Il me fallait cette vie propre aux pensées qui envahissent l’esprit, comme si je m’arrêtais de. Respirer. Je me demande parfois dans quelles névroses je me prends les pieds pour oser me dissocier des réalités.

Le fil est là.
Je me suis remise à respirer quand je me suis arrêtée.

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6 commentaires sur “6”

  1. J’aime beaucoup la photo de cet article… Quel objectif as-tu pour ces photos ? Avec celui de l’Explorateur, nous n’arrivons pas à obtenir ce genre d’effet.

    Et merci pour cet article ! Je suis contente que tu arrives enfin à silencier. Je connais déjà un peu tes dessins, je connais aussi tes mots, je pense que tu as un potentiel inestimable de création dans ces deux domaines. Bonne continuation ! Moi, de mon côté, je continue à te lire.

    Et pour le confort, je me suis fait une réflexion aujourd’hui : et si on tenait au confort dès lors qu’on y a touché ? Tout ce qu’on n’a pas connu n’a pas encore d’importance. Je pensais à internet à la maison. Je n’ai jamais eu internet chez moi depuis que j’ai quitté mes parents. Et ça ne me parait pas si important que ça. Et je me suis dit : et si, dès que j’avais commencé mes études, j’avais eu une connexion chez moi ? Est-ce que ça serait encore si peu important pour moi ?

    1. Je l’aime beaucoup aussi, très douce dans son envol… Mon appareil est un Nikon, l’objectif est un 105mm (j’en ai un autre, un 24mm mais le rendu (outre la distance) est différent, je suis du coup très fan du 105mm j’avoue. Je l’utilise prioritairement sur toutes mes photos quand c’est possible/adapté.

      Merci <3

      Je pense que tu as raison. Je ne sais plus me passer de l'ordinateur/internet, pourtant avant je vivais bien sans (avec un crayon/carnet et puis la Poste). Je reprends d'ailleurs les correspondance écrites avec mes deux meilleurs amis, c'est précieux à un point que ça en est inestimable. Pour reparler du confort, j'en suis également très dépendante pour ma santé et du coup j'ai du mal à dissocier ce confort primordial du superflu. Je vais y travailler 🙂

      1. Ah ah ! Merci pour le lien amazon ^^ Je me demande s’il est judicieux d’en acheter un comme celui-là à l’Explorateur… Il a pour le moment un 18-55 mm. Il est léger mais parfois je trouve qu’il manque de profondeur.

        1. Le 18-55 mm est très bien, il manque en effet de beaucoup de choses dont la profondeur.
          Le 105 mm (ou équivalent) offre une manière très différente de photographier. On doit par exemple s’habituer à se déplacer soi (et non plus à bouger la molette du zoom de l’appareil). C’est une focale fixe, et ça n’a l’air de rien comme ça, mais c’est vraiment une autre manière d’être photographe : on apprend à se placer. Au début j’ai rouspété (pour la forme), maintenant je ne sais plus photographier autrement ^^
          Accessoirement le 105 mm est parfait (ou le 90 mm aussi) pour les portraits.
          C’est l’ouverture d’un autre monde 🙂
          (Passionnée moi ? Allons donc.)

        2. Merci pour ta réponse ! Je ne l’avais pas vue avant aujourd’hui… J’ai lu quelque part qu’il existait un plugin sur wordpress (tu utilises bien wordpress ?) pour prévenir les personnes de la présence d’une réponse à leur commentaire. Crois-tu que tu pourrais installer quelque chose comme ça ?

          1. Ben je l’ai fait y’a un an au moins ^^’ Tu aurais du le voir, juste en dessous de l’encart pour écrire (si j’ai bonne mémoire). Quand j’ai installé mon nouveau thème, je n’ai pas vu que ça ne s’affichait pas.. je suis navrée. Je m’en occuperai en décembre par contre ^^ »

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