Un jour

Un jour

Je suis frappée par la fragilité des instants, ce temps qui bascule dans le déchirement. Je ne sais pas, j’ai peut-être porté la bassine, j’ai peut-être tiré le canapé, j’ai peut-être vécu ma journée, et peut-être qu’aujourd’hui c’était une journée à ne rien faire. Elle est là, dans l’interstice. Entre le fragment d’os de droite et le fragment d’os de gauche, un peu au-dessus et puis un peu en dessous. Elle l’encercle de l’intérieur. Elle prend ses aises. A s’installer aussi bien, elle s’étend. Elle suit une nervure et puis une autre. De l’épaule qui cherche à se déboiter, elle file sur les cervicales, le coude, la colonne vertébrale, ça n’a plus de sens et je m’enfuie à l’intérieur moi aussi à l’intérieur dans la folie. Dans ce temps impardonnable où je me vois me frapper la tête contre les murs et où je suis assise sur ma chaise, dans ce temps où s’effrite la douleur, fragment d’os après fragment d’os.
Et moi, je deviens folle de douleur.
Un jour j’en crèverai.

Le désarroi du papillon

Le désarroi du papillon

papillon halluciné

La photo de ce papillon est catastrophique. Je sais photographier un paysage, mais un dessin, ça m’est complètement fermé. Les couleurs se sont visiblement pensées libres, et ça donne du grand n’importe quoi. Il me faudra m’habituer j’imagine, ou trouver comment régler mon appareil – que je ne maitrise pas le moins du monde, un jour je saurai à quoi servent tous ces boutons.

Je préfère, de bien loin, le hibou, mais il est plaisant malgré tout. Je l’aime bien et je ne m’attendais pas à me frotter à ses mots là – la fatigue toujours, la fatigue tient un discours décousu que je ne maitrise pas.

J’étais quelqu’un. Il y a encore une seconde j’étais quelqu’un.

Je flottais dans les vents et je regardais les océans, je filais dans les cieux sans bagages, libre de rides soucieuses. Les rêves me conduisaient, je ne distinguais ni le ciel ni la terre, ni le temps ni les sens. Les silences emplis de fierté me traversaient et j’étais tout à ma joie de la simple existence – comme la plume sur l’oiseau qui se détache et se balance, ivre de liberté. Je l’étais, ivre. La chaleur d’un regard me tenait, royal et délicat comme la rosée. Aurait-on pu voir une vie plus gracieuse, plus élégante, que ma naissance ? Il en aurait fallu de la folie, pour croire que cela ne durerai pas. Les routes me chatouillaient de joie, saluant mon passage coloré. Elles soulevaient mon désir par vague et la moindre caresse déclarait sa flamme à l’Univers.

Une virgule. J’étais une virgule dans l’humanité, celle que l’on devine tant elle brille et je relevais la tête sur l’Existence. Je me trouvais dans l’exact instant de l’illusion qui fait soulever des montagnes.

Et puis la folie des Hommes, tenace, qui amène la peur dans les cœurs – mais comment survivent-ils à tant de larmes ?

Je n’ai pu ouvrir les yeux. Je me tiens là, parfaitement immobile.

Saisi en plein vol.

Quand tu ouvriras ta main, je ne serai qu’un chagrin planté dans ta peau.
Un de plus.

 

Nanowrimo is coming

Nanowrimo is coming

arbre1

 

Il y eut ce jour où je reçu de ses mains mon premier Halloween, si fragile. Je le garde précieusement dans un placard toute l’année de peur de le briser, et les bougies viennent à l’éclairer pour Samain. Ses yeux verts dans les miens, il m’a assuré que la mort ne nous séparerait pas et je pense qu’il avait tort – ou alors il me savait sorcière. Ce sont mes mots qui le gardent en vie, mes mots et ces quelques Halloweens qui ouvrent les Portes jusqu’à lui. Jusqu’à l’arbre.

 

Le nanowrimo, tout le monde annonce sa venue – il n’est plus possible de passer à côté de l’évènement. Le monde en parle et quand Le Monde En Parle c’est que c’est d’importance – enfin parfois. Ce dont on parlerait presque moins, c’est de Halloween. Et je suis frappée que le Nanowrimo se superpose ainsi à cette fête, que l’écriture se lance à minuit à l’instant où les Portes s’ouvrent entre les mondes en cette fête de Samain. A travers la planète bruisseront les mots d’histoires et de légendes, de monstres et de sorcellerie, de magie et de fantômes, laissant ainsi la libre expression à l’existence des mythes, à ce passage d’entre-deux. Un soir de magie, quelle concordance incroyable…
Halloween vient de « All Hallows Eve » qui signifie « le soir de tous les saints ». Je reste étonnée par le manque d’engouement en France pour cette fête de Samain, qui est pourtant de notre culture proche. Mon âme de sorcière plonge en son cœur, chaque année. Dès demain nous entrons hors du temps trois jours avant trois jours après, et la méditation l’écriture prendra toute la place.

Il est d’usage d’éteindre les feux de cheminée et d’en rallumer un nouveau qui protègera des démons tout au long de l’année, et de boire de l’hydromel. Je n’ai pas de cheminée, je ne bois que du thé mais les rituels ne manquent pas en cette soirée où les fantômes viennent nous parler. Nous avons fabriqué quelques décorations, des luminaires, une citrouille sera bientôt creusée et monstrifiée et quand les enfants seront couchés je fermerai les yeux sur les morts qui ont taillés ma vie et ce que je ferai ne sera pas transmis ici – mais dans d’autres temps j’aurais été brûlée comme sorcière. Je ne me déguise pas pour effrayer les esprits, je préfère les laisser venir et les écouter.

Cette existence de tous ces Mondes participe à mon écriture, et je crois en la force des mots de cette année – cela s’appelle aussi se voiler la face. Je me suis préparée autant que possible, mais je pêche beaucoup dans cette pratique. Les enfants, les douleurs, la fatigue et cet amoncellement d’idées dans la tête font de moi un être particulièrement brouillon. J’ai beau essayer, je n’y arrive pas. J’ai plus d’excuses valables que de raison, je dois surtout me rendre à l’évidence : j’ai une écriture bordélique. Mais j’y crois. Alors ça finira bien par donner quelque chose.

Le mois qui vient devrait donc peu me voir, si je réussis mon pari d’écrire ce roman ou à tout le moins des nouvelles. Pour m’aider, j’ai tenté de planifier le roman – avec l’échec que l’on connait – et j’ai regardé à m’entourer de ce dont je vais avoir besoin : logiciels (word, etc), inspiration (photos, musique, livres), musique (existence à part entière qui fait flotter les mots devant mes yeux), mon carnet que j’ai noirci de pattes de mouche, les HE pour les tendinites et le casque pour m’isoler est posé sur mon bureau. Et puis un petit tableau excel pour voir mon retard s’accumuler – l’optimisme à ses limites quant à la réussite de ce projet, 50 000 mots en un mois est un graal dingue.
Mais donc. Nous avons travaillé avec LeChat à traduire ce dossier trouvé – je refuse tout lien avec Google, et excel se plie différemment aux mathématiques – les formules et l’anglais d’un fichier Stats pour le Nanowrimo. Au choix, il m’aidera à voir comment progresser ou m’enfoncera dans les affres de l’échec. N’hésitez pas à le récupérer pour vous, s’il vous semble utile !

En trois mots – parce qu’un seul laisserait croire que je suis capable de concision – je suis prête.
Je. Suis. Pas. Prête.